J'étais Dora Suarez - Robin Cook

Publié le par Jean Dewilde

J'étais Dora Suarez - Robin Cook

Quelle meilleure introduction que celle de l’auteur lui-même ? « …S’il est vrai que parfois j’entre en désespoir (et c’est vrai), c’est le défi du roman noir tel que je le vois. Je peuple mes livres de gens gaspillés qui ne comprennent pas pourquoi ils doivent descendre la pente sans une plainte. Mes livres sont pleins de gens qui, sachant qu’ils ont été abandonnés par la société, la quittent de façon si honteuse pour elle qu’elle ne fait jamais mention d’eux. Et c’est pourquoi J’étais Dora Suarez n’est pas seulement un roman noir, et qu’il va encore plus loin, pour devenir un roman en deuil. »

Pour mémoire, il s’agit ici de Robin William Arthur Cook et non de Robin Cook dont les enquêtes ont pour cadre le milieu médical et hospitalier. Robin Cook publie en 1983 « Il est mort les yeux ouverts », prix Mystère de la critique en 1984. Avec ce titre, il inaugure un cycle consacré à l’Usine, surnom donné au commissariat de Poland Street où, dans le service des décès non éclaircis, un sergent anonyme travaille seul sur des affaires dont tout le monde se fout. Comme tout doit porter un nom officiel dans la police, ce service est le A 14 et le bureau dans lequel officie notre sergent est le 205.

Un événement bien plus personnel et d’un tragique absolu est la mort de sa fille Dahlia, âgée de 9 ans, poussée sous un bus par sa femme, Edie, parce que la petiote avait chapardé une tablette de chocolat dans les rayons d’un supermarché. Elle était folle, il le savait.

Dans J’étais Dora Suarez, notre sergent, révoqué pour avoir frappé un collègue, est rappelé par sa hiérarchie incarnée par « la Voix » pour enquêter sur un massacre, les meurtres à coup de hache d’une octogénaire Betty Carstairs et de sa locataire, une jeune femme répondant au nom de Dora Suarez, dossiers A14/87472 et A14/87471. A court de personnel, « la Voix » lui précise que personne ne tient particulièrement à le revoir mais qu’elle n’a personne d’assez obstiné à mettre sur cette affaire. Il peut néanmoins compter sur le concours de l’inspecteur Stevenson, qui s’occupe d’un autre meurtre commis moins d’une demi-heure après la mort de Carstairs et Suarez. En l’occurrence, le meurtre d’un truand, Felix Roatta. Un lien pourrait relier les deux affaires.

Ce roman est d’une noirceur absolue et pourtant d’une grande humanité. Que retient donc la vox populi des crimes hyper médiatisés, de préférence d’une barbarie et d’une cruauté sans nom qui s’étalent dans nos quotidiens et remplissent les prétoires ? Le nom des victimes ou celui des meurtriers ? Biffez la mention inutile.

A partir du journal intime de Dora découvert dans le fatras de l’appartement, notre sergent va petit à petit reconstruire un pan de vie de la jeune femme et nous faire partager la détresse, le désespoir et la dégradation physique irrémédiable qui ont rythmé sa vie jusqu’au soir de son assassinat. Au travers de ce journal, nous approcherons une femme sensible, intelligente, lucide, immensément reconnaissante à Betty avec laquelle elle a partagé cet appartement glauque, nu, théâtre de l’horreur et de la cruauté d’un homme et des hommes.

Car l’objectif de Robin Cook se situe bien là : donner vie à ces anonymes dont personne n’a strictement rien à faire sinon arrêter leur meurtrier car quand même, cela fait désordre. Leur donner la parole pour qu’elles ne tombent pas dans l’oubli.

Un roman qui nous rappelle que l’honorable société est responsable des monstres qu’elle engendre et qui se développent en son sein ; ces êtres meurtris, blessés, abandonnés qui finissent par anéantir, pulvériser, ôter la vie à d’autres êtres meurtris, blessés et laissés pour compte.

Un roman dur, très dur, certaines scènes, fruit de l’obscénité des hommes, sont à la limite du supportable. Mais elles existent, tant il est vrai que l’imagination des hommes en matière d’horreur est intarissable.

Il me paraît évident que la nécessité et l’urgence ont commandé Robin Cook dans l’écriture de ce roman « en deuil », comme il le décrit lui-même.

A celles et ceux qui me demanderont si j’ai aimé ce roman, je répondrai que c’est un livre qui m’a marqué profondément et à jamais.

J’étais Dora Suarez

Titre original : I was Dora Suarez

Traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias

Rivages/Noir

264 pages

Publié dans polars anglais

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Commenter cet article

Claire 19/02/2014 21:02

bien bien

The Cannibal Lecteur 12/02/2014 21:01

Hello ! Ce livre est dans ma wish-list depuis un certain temps !! Je me dois de le découvrir, il m'a été plus que chaudement recommandé... ;)

Merci pour la chronique !

jean 13/02/2014 11:21

Comme tu l'as lu, une recommandation chaleureuse de plus. Merci pour ton commentaire.

La Petite Souris 12/02/2014 16:10

encore une magnifique chronique !! C'etait le premier roman qsue tu lisais de lui Jean ?

La Petite Souris 12/02/2014 16:44

je pense que ca doit être un probleme de configuration, mais étant parti depuis longtemps d'overblog, je t'avoue que je me rappelle plus trop. tu devrais envisager d'aller sur wordpress c'est gratos aussi et moins prise de tête ! :)

Jean 12/02/2014 16:33

Coucou Bruno,
Non, ce n'est pas mon premier Robin Cook; J'ai lu "Les mois d'avril sont meurtriers", "Quelque chose de pourri au Royaume d'Angleterre", "Quand le soleil s'éteint". Un tout grand bonhomme. Je profite de l'occasion pour te demander si tu sais pourquoi les commentaires des internautes apparaissent en grisé pour ne pas dire qu'ils sont illisibles. Amitiés.

Vincent 12/02/2014 15:21

Bienvenue au club, mon bon Jean... Une très belle chronique que tu nous sers là... On ne sort pas indemne d'une telle lecture, très dure, mais en même temps très forte. Une étape marquante dans le parcours de Robin Arthur Cook...

Jean 12/02/2014 16:23

Merci, mon ami Vincent,
Une lecture forte, tu emploies le mot juste. Un écrivain sensationnel dans tous les cas.