Des noeuds d'acier - Sandrine Collette

Publié le par Jean Dewilde

Des noeuds d'acier - Sandrine Collette

Vous êtes sans nul doute très nombreux à avoir lu ce roman hallucinant, un premier roman qui plus est, récompensé par le « Grand Prix de littérature policière 2013 ». Les chroniques sur « Des nœuds d’acier » ont abondé et foisonné chez mes amis bloggeurs. Alors, une chronique de plus, pourquoi faire ? Ceux qui me connaissent savent que je lis lentement et que je chronique peu. Alors pourquoi ? Tout simplement parce que je me remets à peine de cette lecture effroyable et terrifiante.

Et pourtant, les histoires de séquestration au fond des bois ou pas, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé. Mais là, bon sang, mais là…mes petites mains tannées et crevassées avaient bien du mal à tourner les pages, tout crispées qu’elles étaient. Il ne faut décidément pas aller loin pour vivre l’enfer. Avril 2001,

Théo, quarante ans, sort de prison, dix-neuf mois fermes. La foule, les gens, tout ça lui fout les boules et il atterrit dans une maison qui fait « chambre d’hôtes » dans un trou perdu, coupé de tout. Forêts inextricables, vallées encaissées, plateaux désertiques. Pas de réseau pour les téléphones portables. Même les cartes d’état-major ne sont pas à jour. Théo a décidé de retrouver la forme et, bien conseillé par Madame Mignon, la propriétaire, se lance dans des randonnées de plus en plus longues et épuisantes. La nature est superbe, il ne rencontre âme qui vive, jusqu’au jour où…Un coup terrible derrière la tête, le trou noir. Quand il reprend conscience dans une obscurité totale, il réalise que son poignet est prisonnier d’un bracelet métallique et pesant, relié au mur par une chaîne. Sa panique croît encore, ses pieds aussi sont enchaînés entre eux.

Bienvenue chez les vieux ! Deux frères, deux vieillards, robustes et noueux. Ils ne sont ni méchants ni cruels, ils sont fous à lier, c’est pire et de loin. Méthodiquement, ils font faire de Théo leur esclave. Pas ou peu de nourriture, peu ou pas d’eau, cogné, rossé, battu et roué de coups, Théo perd vite son statut d’être humain. Les vieux ne l’appellent-ils pas d’ailleurs « le chien » ?

Au début, oui, avant de se contenter de le siffler…

Ils sont imprévisibles, les deux frères, lunatiques aussi. Et quand Théo croit en avoir amadoué un pour obtenir une cuisse de poulet déjà rongée jusqu’à l’os par leurs dents gâtées et jaunies, c’est l’autre qui la lui reprend. Ne jamais croiser leur regard, baisser les yeux, toujours.

Il n’y a rien de plus terrible que l’espoir. Parce que Théo espère, parfois, de moins en moins à mesure des jours et des mois qui passent mais parfois, oui, il se remet à espérer. Et l’espoir le rend dingue, l’avilit, le rend vil, méprisable et soumis.

J’ai refermé « Des nœuds d’acier » ébahi, sous le choc et avec soulagement. Mes nerfs à moi aussi ont été mis à rude épreuve. Et si j’avais été Théo, hein ? Moi aussi, j’aime me balader seul, dans des endroits que je connais mal, peu fréquentés. Purée, en aurais-je encore envie, oserais-je encore franchir le cap ?

Chacun de nous a dans sa mémoire, bien ancrés, quelques livres qui nous ont marqués au fer rouge. En ce qui me concerne, « Des nœuds d’acier » vient s’ajouter à la liste.

Pour en terminer, j’ai envie de dire à celles et ceux qui n’auraient pas encore lu cette histoire effarante que l’on aimerait croire appartenir à d’autres temps : lisez-là ! Il est bon et utile de se rappeler ce que l’homme peut être pour ses semblables.

Il fallait une plume pour raconter…l’inracontable. Sandrine Collette démontre qu’elle a un talent fou, une écriture incisive, les mots justes et l’économie des mots, un don pour décrire sans tomber dans le voyeurisme et le sanguinolent.

Des nœuds d’acier

Sandrine Collette

Le Livre de Poche (29 janvier 2014)

264 pages

Publié dans Le noir français

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C
Ah Jean comme tu me fais plaisir.<br /> Que ne rencontrai-je l'écho de ta chronique dans mon petit cœur.<br /> Coup de coeur indéniable pour moi ce titre de Sandrine Collette. <br /> Et figures toi que j'ai eu un même coup de cœur pour son deuxième opus. <br /> Bien voilà tout est dis...&quot;Promenons nous dans les bois....pendant que...lalala...&quot;
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C
Mais quel plaisir de te lire mon cher Jean ... d'autant plus avec ce titre qui a été mon premier coup de cœur de l'année 2013 !!! Un roman d'une effroyable intensité au résultat puissant ... Une lecture émotionnellement forte que j'ai englouti !!! Ravie que nos ressentis soient si proches ... Amitiés, mon cher Jean ...
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J
Coucou Carine,<br /> Merci beaucoup d'avoir laissé un commentaire, cela fait toujours plaisir. Comme tu le dis, un même ressenti pour un roman singulier et parfaitement maîtrisé. Bises à toi.