Un long moment de silence - Paul Colize

Publié le par Jean Dewilde

Un long moment de silence - Paul Colize

Parfois, j’éprouve une pointe de honte, un zeste de remords, une once de mauvaise conscience. Moi, lecteur, je vous bouffe un roman de près de 500 pages en une bonne dizaine de jours, disons quinze, pour être tout à fait honnête. Un roman qui, de sa conception à son emballage définitif a exigé de l’auteur des milliers d’heures de travail. C’est ingrat, reconnaissons-le.

Je connais un peu Paul Colize et je sais qu’il consacre, bien avant de coucher les premiers mots sur son Mac, une grande partie de son temps en recherches et déplacements sur les différents lieux où il a choisi de planter et de développer son intrigue. Cela se sent et donne une immense crédibilité à l’ensemble. Cela témoigne aussi de l’énergie et de la passion qui l’ont animé tout au long de l’élaboration de « Un long moment de silence ». J’ai lu, je ne sais plus où, qu’il se disait lessivé après avoir remis l’épreuve finale à son éditeur. Je crois pouvoir comprendre sans en mesurer l’intensité.

Avant de vous parler du roman lui-même – que puis-je d’ailleurs en dire sinon : lisez-le ! – j’aimerais insister sur la faculté extraordinaire que l’auteur possède à passer d’un registre à l’autre. Il a beau aimer se balader dans différents paysages littéraires, encore faut-il en être capable. Et il maîtrise, le bougre.

Entre Back up, unanimement plébiscité et L’avocat, le nain et la princesse masquée que je n’ai pas encore lu mais dont je sais qu’il s’agit d’un roman plus « léger », voici un roman sombre, très noir. Paul Colize est à la fois architecte et horloger. Architecte car il bâtit une intrigue complexe de manière lumineuse, en chapitres courts, le lecteur ne se sent jamais dérouté ou perdu. Quel plaisir ! Horloger par son fabuleux sens de l’équilibre. Une écriture riche mais dépouillée, chaque mot semble avoir été pesé, soupesé avant de revendiquer et mériter sa place dans le texte. Cela confère au récit une efficacité redoutable et une tension constante tel le mécanisme d’une montre, le balancier d’une horloge. Du grand art.

L’auteur n’est pas qu’un virtuose de la narration et un expert du mot juste. De la première à la dernière page, l’émotion est bien là, tantôt contenue, tantôt explosive, oscillant entre haine, révolte, colère, vengeance, justice, amour et apaisement.

Je sens votre impatience poindre et sourdre accompagnée d’une réflexion primaire : « Ouais, mais ça raconte quoi, à la fin ? » La quatrième de couverture dans la version éditée chez Folio policier nous dévoile ceci :

2012. À la fin de l'émission où il est invité pour son livre sur la "Tuerie du Caire", un attentat qui a fait quarante victimes dont son père en 1954, Stanislas Kervyn reçoit un coup de téléphone qui bouleverse tout ce qu'il croyait savoir. 1948. Nathan Katz, un jeune Juif rescapé des camps, arrive à New York pour essayer de reconstruire sa vie. Il est rapidement repéré par le Chat, une organisation prête à exploiter sa colère et sa haine. Quel secret unit les destins de ces deux hommes que tout semble séparer ?

« Un long moment de silence » a remporté le prix Landerneau polar en 2013.

Je termine cette chronique en vous conseillant hardiment la lecture de ce très, très grand roman. D’autant que paru dans sa version Folio policier, il vous en coûtera un peu moins de huit euros. Ce n’est pas plus cher que d’engager un tueur tchétchène pour vous débarrasser de quiconque vous pourrit la vie au quotidien.

Un long moment de silence

Paul Colize

Folio (20 mai 2014) ou La manufacture de livres (14 mars 2013)

Publié dans polars belges

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Commenter cet article

Cathy 04/07/2014 16:13

Un très très grand roman, je suis bien d'accord avec toi Jean. Ce Paul colize est un très très grand monsieur.

Jean (jackisbackagain) 05/07/2014 12:28

Tu te fais trop rare, Cathy, mais comme tu réapparais toujours au bon moment, ça me va. Bises.