Dressé pour tuer - Tchingiz Abdoullaïev

Publié le par Jean Dewilde

Dressé pour tuer - Tchingiz Abdoullaïev

Un honnête polar sans autre prétention que celle de divertir, c’est tout au moins mon sentiment en refermant ce troisième roman de Tchingiz Abdullaïev après « Une cible parfaite » et « Le fardeau des idoles » également parus aux éditions de l’Aube.

L’intrigue est somme toute assez simple. Une série d’attentats vise un ministre du gouvernement russe, en l’occurrence le ministre des finances, Artiom Serguéïévitch Polétaïev (j’ai tapé le nom en entier, c’est excellent pour l’agilité des doigts). Celui-ci échappe de justesse à un premier attentat, seuls son chauffeur et son garde du corps périssent dans l’explosion de sa voiture. Les forces de sécurité s’interrogent : comment le ministre a-t-il pu sortir indemne d’un attentat qui a toutes les caractéristiques d’un acte préparé minutieusement par un professionnel ?

Quoiqu’il en soit, ce n’est sans aucun doute que partie remise. Une deuxième tentative a lieu le même jour en fin de journée, déjouée elle aussi par un exceptionnel concours de circonstances. Cette tentative, par contre, relève plus de l’empressement et de l’improvisation. Alors, quid, deux commanditaires ?

Une certitude s’impose : on veut assassiner Artiom Serguéïévitch Polétaïev avant qu’il ne prononce son discours à la Douma. L’enjeu : l’adoption du budget par les parlementaires, les conséquences : budget recalé, le gouvernement saute. Il faut donc protéger Polétaïev à tout prix. Le contre-espionnage russe n’est pas chaud à l’idée de faire appel à Drongo, russe, ex-agent du KGB (rebaptisé FSB), reconverti en privé. N’est-ce pas faire aveu d’incompétence que de faire appel à cet homme, franc-tireur qui a ses propres méthodes ?

Voilà un polar qui fait la part belle à l’action et au suspense, c’est trépidant, ça bouge dans tous les sens, ça explose, ça tire, ça exécute, ça torture un tantinet. On s’aime un peu aussi. L’auteur a eu l’excellente idée de scinder son roman en trois parties, plus précisément en trois journées, mercredi, jeudi et vendredi, jour du discours de Polétaîev à la Douma. C’est bien vu. Structure simple pour un polar qui l’est tout autant. Un excellent scénario pour le septième art, ce polar étant bien plus visuel que littéraire. Je suis quasi certain que vous vous demandez quand et quelles nuances je vais apporter à mon appréciation globalement positive. C’est maintenant !

Ce livre serait annoncé comme un polar visant les ados, je serais assez d’accord - oui, nos chères petites têtes blondes ne lisent plus, je sais. Je dis ça pourquoi ? Non, je ne manque pas de respect pour les jeunes : il y a des ficelles grosses comme des haubans qui pourraient passer auprès d’un lectorat moins averti mais qui ne peuvent résister une nanoseconde à notre œil acéré de polarovores. Et c’est assez dérangeant en ce sens que l’auteur pense nous piéger par la force d’une habile pirouette mais en réalité, nous restons plantés dans le tarmac de l’aéroport de Bakou, dans l’impossibilité de décoller avec lui.

Il s’agit donc bien d’un pur divertissement comme je l’ai écrit au tout début de cette chronique. Rien de plus, rien de moins. Un petit mot sur l’auteur : Tchingiz Abdullaïev est né le 7 avril 1959 à Bakou et est l’actuel secrétaire de l’union des écrivains azerbaïdjanais.

Dressé pour tuer

Tchinguiz Abdullaïev

Traduit du russe par Robert Giraud

Éditions de l’Aube, 2014

425 pages

Publié dans polar azerbaïdjanais

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