Metzger voit rouge - Thomas Raab

Publié le par Jean Dewilde

Metzger voit rouge - Thomas Raab

Il est de retour pour mon plus grand bonheur. Voici le deuxième volume traduit en français des aventures de Willibald Adrian Metzger. La série en comporte six à ce jour. Après Metzger sort de son trou, voici Metzger voit rouge.

http://jackisbackagain.over-blog.com/2013/11/metzger-sort-de-son-trou-thomas-raab.html

Pour celles et ceux qui n’ont pas eu la chance ou qui n’ont pas fait le pas d’aller au-devant de notre restaurateur de meubles anciens, voilà une belle opportunité de rectifier le tir. C’est en effet un régal que de patauger avec Willibald dans le cloaque bouseux du racisme primaire qui sévit dans le club de foot local « Kicker Saurias Regis ».

Metzger est amoureux. Amoureux de Danjela Djurkovic, croate et fan de foot. Un amour paisible non consommé dans la chair ; un amour partagé et exprimé avec une grande économie de mots, Metzger étant totalement tétanisé à l’instar d’un nouveau-né plongé dans les eaux glacées des fonts baptismaux par un druide engoncé dans une toge amidonnée. Cependant, c’est bien cet amour inconditionnel qui amène Metzger à assister à la rencontre de football opposant les deux clubs de la ville. Le gardien des « Kicker Saurias Regis » est noir, importation du Ghana. Kwabana Owuso, tel est son nom. Il faut préciser qu’il est le gardien suppléant remplaçant le super gardien teuton Stefan Kreuzberger, blessé à l’aine. Malgré des parades de toute grande classe, on entend dans les rangs des supporteurs locaux des « Rent’cheu toi, négro », « Vo jouer avec une noix d’coco, po avec un ballon d’foot » ou encore « Renvoyez l’négro là où il fait noir, y s’entira comme cheu lui. »

Au retour des vestiaires, c’est un Kwabana Owuso livide qui reprend sa place entre les perches ; pour très peu de temps, il se couchera une dernière fois sur le ballon pour ne plus se relever. Metzger est atterré. Il ne comprend pas comment sa Danjela chérie trouve quelque intérêt dans cette manifestation sportive guignolesque. Et encore moins quand le sujet de son désir inexprimé se retrouve dans un coma profond après avoir été rouée de coups de battes et de gourdins par des ultras pour s’être montrée trop curieuse quant au décès du portier ghanéen. Alors, oui, Metzger voit rouge !

Pour un temps, il va abandonner la restauration de buffets Biedermeier et commodes du XVIIIe à vingt-six tiroirs. Chaussé des ses vieux souliers paternels en cuir peau de porc, il va enquêter ! Et quand Metzger enquête, on peut s’attendre au pire. Car il a des intuitions qu’il aime à partager avec son ami Eduard Pospischill, commissaire, lequel s’acharne tantôt à les étouffer dans l’œuf tantôt les reprend à son compte tout en sommant Metzger de laisser tomber. Mais Willibald est un têtu de la tête, un obstiné du cervelet. Alors, quand l’amour, son amour, son grand, immense et unique amour passe tout le bouquin entubée de tous côtés, enturbannée d’une burka médicale, il va son chemin, Willibald, chaussures en cuir pied de porc ou pas.

Willibald Adrian Metzger est un homme d’habitudes, ses journées, il les passe entre son appartement et son atelier. C’est un élément essentiel pour bien comprendre la personnalité du bonhomme. Il exècre tout ce qui peut l’amener à sortir de son sacro-saint quotidien. Alors, là, il ne sait pas ce qui l’attend mais il aurait mieux fait de mettre sur la porte de son atelier « Fermé pour raisons amoureuses et enquête y afférent ».

Ce deuxième volume m’a enchanté, les quelques réserves que j’avais émises à propos de « Metzger sort de son trou » envolées. Elles tenaient d’ailleurs en très peu de choses, à savoir que notre anti-héros retrouvait ses camarades de lycée, terminale B promo 1980. Cela nous valait une salve de patronymes allemands auxquels nous sommes peu familiarisés. Moins de personnages ici mais lesquels !

L’important n’est sans doute pas la résolution de l’enquête mais plutôt le ton du roman qui oscille entre tendresse, humour subtil (les digressions philosophico humoristico willibaldiennes sont irrésistibles) et coups de gueule poussés à l’encontre d’une société qui ne sait plus où elle va, qui fonctionne à l’odorat, celui de l’argent-roi.

Une grande et belle réussite que ce roman servi par une couverture magnifique et par une traduction remarquable signée Corinna Gepner.

Osez faire le pas, ce roman noir vous rendra H-E-U-R-E-U-X !

Metzger voit rouge

Der Metzger sieht rot

Traduit de l’allemand (autrichien) par Corinna Gepner

Carnetsnord 2014

Éditions Montparnasse

Publié dans polars autrichiens

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Commenter cet article

trafic organique 13/11/2014 18:47

On en veut encore traité de cette manière. Merci.

Jean (jackisbackagain) 15/11/2014 13:57

Merci beaucoup pour ce commentaire qui me fait plaisir.

Vincent 12/11/2014 17:47

Salut Jean!!!
Je ne connais pas encore cet auteur. Après avoir lu ta chronique, il va falloir que je me décide à faire sa connaissance un de ces jours. Je prends note sur ma longue liste de souhaits.
Amitiés.

Jean (jackisbackagain) 15/11/2014 13:56

Mon ami Vincent,
Rentrer dans l'univers de Willibald, c'est un peu comme retirer ses pantoufles avant de fouler le tapis persan de de ta belle-mère.Je ne sais pas pourquoi j'écris ça mais il y certainement une bonne raison. La bise, mon pote.