Les neuf cercles - R.J. Ellory

Publié le par Jean Dewilde

Les neuf cercles - R.J. Ellory

Ma rencontre littéraire avec Roger Jon Ellory n’a pas vraiment commencé sous les meilleurs auspices. Je me souviens très bien avoir acheté Vendetta lors de sa sortie en 2009 en grand format chez un libraire qui a fermé boutique depuis. Je me souviens l’avoir lu sans grand enthousiasme et l’avoir refermé sans regret. J’ai été sourd aux appels du pied de beaucoup d’entre vous qui me criaient de me ruer sur Seul le silence, paru en 2008. Et je ne l’ai toujours pas lu. Je reconnais volontiers avoir fait preuve d’enfantillage lorsque j’ai appris, comme vous tous, que le gaillard écrit sous le couvert de pseudonymes, des critiques élogieuses sur ses propres romans et des critiques forcément mauvaises sur les œuvres de ses collègues. C’était en 2012 ; cela m’a énervé. Puis le magazine Lire révèle que le bougre est un membre actif de l’église de scientologie. C’était en 2013. Cela m’a braqué.

Nous voici début 2015 et son dernier roman Les neuf cercles me tombe dans les mains. Avant d’en commencer la lecture, je me suis juré de faire table rase, de partir d’une page blanche, de gommer mes a priori. Bien m’en a pris. La magie a opéré et voilà que je vous propose une chronique de mon désormais pote R.J. Ellory. Je ne vais pas vous casser les pieds plus longtemps avec mes considérations interpersonnelles mais je me dois de dire que la vie de ce sujet britannique (né en 1965 à Birmingham) est très loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Faites un détour sur Wikipédia pour vous en persuader si nécessaire.

Comme je suis traducteur de formation – pas de profession – la toute première chose quand j’ouvre un roman traduit est d’aller voir le titre original. En l’occurrence, Les neuf cercles sont la traduction de The Devil and the River. Chacun appréciera. Les neuf cercles font évidemment écho à la traversée périlleuse des Enfers qu’accomplit le personnage de Dante dans la Divine Comédie (librairie Oxygène).

Après cette longue mise en bouche, venons-en à l’intrigue : 1974 : De retour du Vietnam, John Gaines accepte le poste de shérif de Whytesburg, petite bourgade de l’état du Mississipi. Nous ne sommes pas très loin de la Louisiane, de la magie noire et des rites vaudous. Nous sommes le mercredi 24 juillet 1974 et le corps de Nancy Delton, jeune fille disparue mystérieusement à l’âge de 16 ans, est extrait de son linceul de vase au bord de la rivière. Vingt ans après…Le corps remarquablement conservé mais pas intact ; un entaille longue et profonde lui barre le sternum, grossièrement recousue avec de la corde. Le médecin légiste découvre que le cœur a été ôté et remplacé par un panier contenant la dépouille d’un serpent.

Les bruits vont évidemment très vite. Et la petite communauté de Whytesburg ne peut faire face à un événement aussi tragique, aussi chargé émotionnellement. Le shérif Gaines l’a parfaitement compris. Quelques jours après que la vase a libéré le corps de Nancy, Gaines découvre qu’un ancien de la Seconde Guerre mondiale loge dans une cabane non loin de Whytesburg. Entre 50 et 55 ans, le lieutenant Mike Webster livre suffisamment d’éléments à Gaines pour que celui-ci l’inculpe d’homicide et l’incarcère. A vouloir aller trop vite, Gaines a négligé les procédures et le lendemain, un dénommé Matthias Wade vient au commissariat apporter 5000 $, montant de la caution fixée pour la libération de Webster. Il ne faudra pas attendre vingt-quatre heures pour voir la cabane de Webster incendiée. A l’intérieur, le cadavre du lieutenant calciné, décapité et amputé d’une main. Bienvenue en enfer !

John Gaines, hanté par ses souvenirs et ses cauchemars du bourbier vietnamien, a accepté le poste de shérif pour une seule raison : le job lui assure un cadre, une structure, un emploi du temps fixe et régulier. Cette stabilité, il le sait, l’empêche de sombrer dans la folie. Il est aussi le seul à pouvoir s’occuper de sa mère, atteinte d’un cancer.

Gaines est un homme doté de bon sens. Le simple bon sens. Qui, mieux que lui qui en a tant vu dans la jungle asiatique peut comprendre les ressorts et mécanismes de l’âme humaine ? La réponse tombe sous le sens : personne. Il n’est pas un héros, n’en a pas l’étoffe ; mais il est le seul à pouvoir traquer les forces du mal et c’est bien elles qu’il doit affronter dans cette histoire sombre, sordide, fétide jusqu’à l’écœurement. Il est habité par cette certitude absolue que seule la découverte de la vérité lui permettra de sortir indemne de ce magma de violence, de vérités enfouies et de secrets inavouables.

J’ai aimé cette intrigue qui possède son propre moteur, son propre tempo, lent mais inéluctable. Les événements, les révélations s’enchaînent et s’emboîtent comme des poupées russes.

R.J. Ellory nous propose une galerie de personnages dont aucun n’est lisse, dont chacun a sa part d’ombre, une ombre plus ou moins allongée. Cette capacité à créer des personnages complexes, tourmentés et usinés par l’existence est impressionnante. Car, en définitive, nous possédons tous notre part d’ombre, notre jardin secret. Les personnages créés par R.J. Ellory en sont d’autant plus réels, plus crédibles, humains simplement.

J’espère avoir réussi à vous donner envie de lire ce splendide roman noir. Et je vous laisse avec cette phrase magnifique dont la paternité fait débat : Seuls les morts ont vu la fin des guerres.

Excellente lecture !

Les neuf cercles

The Devil and the River

R.J. Ellory

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau

Éditions Sonatine 2014

Publié dans polars anglais

Commenter cet article

Jean (jackisbackagain) 20/02/2015 17:05

Hello Vincent,
Mais oui, il m'a fallu un petit bout de temps pour me débarrasser de ces parasites dans mon cerveau. Je comprenais d'autant moins la démarche du bonhomme qu'il est pétri de talent et qu'il n'a nullement besoin de saborder ses collègues écrivains pour faire son trou et quel trou. Je suis fier de moi, na ! Amitiés.

Bookscity0507 19/02/2015 19:42

Un avis très objectif, pourquoi pas je note

Jean (jackisbackagain) 20/02/2015 17:16

Bonjour à Bookscity0507 que je n'ai pas le plaisir de connaître, du moins pas encore.
Simplement pour vous dire qu'un avis n'est jamais objectif, mon impression de lecture étant bien évidemment unique. Je peux passer complètement à côté d'un polar à cause d'un état d'esprit qui n'est pas favorable et le lire à un autre moment et le trouver super. Amitiés.

Cathy 19/02/2015 19:10

Je n'ai pas réussi à dépasser la scientologie, je ne pourrais plus le lire de la même façon, j'ai laissé tomber. La bise !

Jean (jackisbackagain) 20/02/2015 19:05

Tu n'as fait ni dans la dentelle ni dans le détail. Il ne s'en porte pas plus mal, le bougre.

Cathy 20/02/2015 19:03

Une question que je me suis posée quand j'ai bloqué sur Ellory. Il a fait les frais de tout ce que je ne sais pas.

Jean (jackisbackagain) 20/02/2015 17:11

Coucou Cathy,
Ta franchise est à ton honneur et je le pense vraiment. Je me fais un, instant l'avocat du diable: toi qui lis beaucoup et entre autres des auteurs anglo-saxons, sais-tu lesquels sont des scientologues ? Non, bien sûr. Des bises à toi.

Vincent 19/02/2015 15:55

Salut l'ami Jean. J'ai souri en lisant tes considérations avant chronique, et je suis bien content que tu aies dépassé tes réticences premières pour aller à la rencontre de ce roman, très bon, même si je peux lui reprocher, après mûre réflexion, quelques redondances.
La bise mon ami.