Piégé - Lisa Moore

Publié le par Jean Dewilde

Piégé - Lisa Moore

Juin 1978. David Slaney s’évade de prison. En cavale, il n’a qu’un seul but : retrouver Brian Hearn, son ancien complice, pour monter la plus grande opération de contrebande de cannabis jamais vue au Canada. Monter une telle opération, cela signifie traverser le pays en stop, s’embarquer sur un voilier et mettre le cap sur la Colombie, les femmes, la liberté. Tout ce qui manque intensément à un homme qui n’a pour seul horizon que les quatre murs de sa cellule. Perplexe dans un premier temps, étonné de la facilité avec laquelle les éléments s’imbriquent pour favoriser son entreprise, Slaney s’interroge peu à peu sur l’identité de celui à qui il doit cette chance qui lui sourit avec une telle générosité. Et pourtant…

Le premier pari de l’auteur, harponner et ferrer le lecteur depuis l’évasion de Slaney jusqu’au dénouement final, est formidablement réussi. Enfin, je ne sais pas si c’était un pari pour Lisa Moore mais il est de bon ton de reconnaître que la quatrième de couverture et le titre du livre, sans équivoque, n’est pas de nature à instaurer un suspens insoutenable. Et de toute façon, le lecteur passe très vite dans le camp de ceux qui savent ce que Slaney ignore. Une petite phrase à la page 356 dit ceci : « Les meilleures histoires, songea-t-il, sont celles dont on connaît la fin dès le début » Mais quoi alors ? On sait tout dès la première page ? Je vous réponds : ben ouais, et alors…

Prêtez attention à la très belle couverture : on y voit un rapace au-dessus d’un arbre frappé par la foudre qui fixe quelque chose ou…quelqu’un, oiseau de mauvaise augure ?

David Slaney est un mec sympathique, un type attachant dont on se demande s’il ne s’est pas trompé d’idéal et d’ami. Il est jeune, 25 ans, pas même violent. Il s’évade après avoir purgé quatre ans de prison pour avoir tenté d’introduire en Nouvelle-Écosse une cargaison de marijuana en provenance de Colombie. Convaincu que les erreurs les plus graves sont les plus faciles à commettre…, convaincu qu’il a tiré les leçons de l’échec de cette première tentative, il ne pense qu’à remettre l’ouvrage sur le métier et à retourner en Colombie. Désarmant, ce Slaney. Disons-le simplement, il n’a en rien l’étoffe d’un narcotrafiquant. Je le voyais mieux assurer l’importation sans risque de ponchos ou d’instruments de musique colombiens typiques.

Mais comme il le dit, il a dix bonnes raisons de retenter le coup dont celle-ci : « …S’il se rangeait, cela voudrait dire qu’ils l’avaient brisé ».

Slaney est aussi quasi le seul à prendre tous les risques. Ses retrouvailles avec Hearn ne durent qu’une nuit, une nuit de défonce au début de laquelle il apprendra de la bouche de Hearn que le bateau sera piloté par Cyril Carter, un ivrogne et ancien pensionnaire de Waterford, établissement où il a été admis et soigné pour dépression nerveuse. Il devra se coltiner en plus la toute jeune maîtresse de Carter, prénommée Ada.

Les signes avant-coureurs et autres alarmes d’un désastre annoncé ont beau se frayer un chemin dans le liquide céphalo-rachidien de Slaney, il ne les voit ni ne les entend ou les néglige. Il a cependant l’opportunité de tourner la page, de renoncer. Ainsi, Jennifer, son ancien amour qui s’est mariée pendant qu’il était en prison lui hurle au visage qu’elle est prête à le suivre avec sa petite fille, Crystal pour autant qu’il abandonne son projet. Apparemment, l’amour est impuissant, lui aussi.

La vie de David Slaney est-elle un gâchis ? Ne répondons pas avec trop d’empressement, il a été jusqu’au bout de son entreprise complètement dingue et hallucinante et c’est là sans doute un des thèmes du roman : l’importance d’aller au bout de ses rêves et la capacité d’en assumer les conséquences, quelques qu’elles soient.

L’écriture de Lisa Moore est formidable ; elle imprègne à son récit un tempo parfaitement en adéquation avec les faits qu’elle nous narre. Elle campe des personnages magistraux, simples ou complexes, qui ont tous en commun de traîner pas mal de casseroles derrière eux. Et puis, ce sens de l’observation qui donne lieu à de splendides descriptions sans jamais alourdir la narration.

Enfin, je souhaite mettre en avant la traduction de Claudine Vivier qui a effectué un vrai travail littéraire. Curieusement, j’ai beau tourner le bouquin dans tous les sens, je ne vois nulle part le titre original anglais.

Piégé

Lisa Moore

Traduit de l’anglais (Canada) par Claudine Vivier

Éditions Denoël (2014)

Publié dans polars canadiens

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Jean (jackisbackagain) 04/04/2015 16:24

Hello Pierre,
Dans le même ordre d'idées, je t'invite à lire ma chronique de "L'homme de la montagne". Je te dis cela car j'ai mis le lien de ta chronique, bien différente de la mienne. Ah, les livres, que d'émotions parfois tellement contradictoires ! La bise.

Pierre FAVEROLLE 04/04/2015 08:36

Que te dire mon ami, que j'ai commencé cette lecture en cette fin de semaine, et qu'elle ne m'a pas passionné du tout. Je reconnais que c'est bien écrit, que c'est finement observé ... mais ce n'est probablement pas le genre de lecture que je recherche, je pense. Je te souhaite un bon week-end pascal, même si tu ne t'appelles pas Pascal ! Amitiés