Dieux de la pluie - James Lee Burke

Publié le par Jean Dewilde

Dieux de la pluie - James Lee Burke

James Lee Burke est né à Houston (Texas) le 5 décembre 1936. Deux fois récompensé par l'Edgar, couronné Grand Master par les Mystery Writers of America, lauréat en France du Grand Prix de littérature policière (1992) et deux fois du Prix Mystère de la Critique (1992 et 2009), James Lee Burke est le père du célèbre policier louisianais Dave Robicheaux.

Tout amateur de polar et roman noir qui se respecte connaît James Lee Burke. Son détective, Dave Robicheaux, est certainement le plus célèbre et hante la vingtaine de romans qui le mettent en scène, parmi lesquels le splendide « Dans la brume électrique » (parution originale : 1993) dont Bertrand Tavernier a réalisé un long métrage avec Tommy Lee Jones, « La nuit la plus longue » (parution originale : 2007), « Dernier Tramway pour les Champs-Élysées » (parution originale : 2003) et bien d’autres.

Mais un autre personnage récurrent fait son apparition dans ce « Dieux de la pluie » que James Lee Burke remet en selle trente-huit ans après sa dernière apparition dans « Déposer glaive et bouclier » (parution originale : 1971). Il s’agit de Hackberry Holland, shérif dans un coin paumé du Texas.

Aidé de son adjointe Pam Tibbs, Hackberry Holland représente la loi dans une petite ville du Texas. Hanté par les souvenirs de la guerre de Corée et de son épouse défunte, il enquête sur les meurtres de neuf femmes, immigrées clandestines, dont les cadavres viennent d'être déterrés derrière une église. Parallèlement, un vétéran d'Irak, impliqué dans ces crimes, tente d'échapper à des tueurs à gages. Parmi eux, "le Prêcheur", exécuteur habité d'un haut sens moral qui échappe au contrôle de ses commanditaires.

Un roman de James Lee Burke est tout le contraire d’un page-turner. Les paysages y sont durs, désolés, frappés de canicule, hostiles, les hommes s’adaptent à cet environnement écrasant, irrespirable, fait de roches, poussière mais aussi de ciels aux couleurs flamboyantes. Inutile de se presser, les organismes ne résisteraient pas. Même quand rien ne se passe, tout le monde souffre, hommes, bêtes et machines. Alors, quand l’indicible se produit, il faut souffrir plus encore. Car ces jeunes femmes asiatiques exécutées froidement avant d’être enterrées au bulldozer étaient sans doute en séjour illégal, étaient peut-être destinées au commerce de la chair mais elles étaient essentiellement des mules. Dès lors, dans un monde peuplé de monstres, est-il inconcevable de penser qu’elles ont été enterrées pour mieux être déterrées et vidées ?

C’est autour de cette tragédie que se développe l’intrigue et que s’articulent les personnages qui ont tous cette densité et cette consistance qui sont tellement importante à mes yeux. Il est parfois plus facile entre guillemets de créer un salaud somptueux qu’un homme bon sous tous les rapports. Et des salauds, il y en a. A charge pour Hackberry Holland, veuf, ex-alcolo, vétéran de la guerre de Corée de tenter de rétablir un équilibre précaire, aidé en cela par Pam Tibbs, son adjointe, qui pourrait largement être sa fille.

Vous ferez connaissance avec Pete Flores, ex-GI revenu d’Irak avec une vilaine cicatrice rose boursouflée et sa copine Vikki Gaddis, chanteuse de country, fille épatante.

Nick Dolan, le propriétaire juif d’un strip club entre Austin et San Antonio qui a quitté la Nouvelle Orléans après le passage de l’ouragan Katrina. Son épouse, Esther, un sacré bout de femme.

L’agent fédéral Clawson, un mec détestable dont l’arrogance et la suffisance vont lui coûter une sortie prématurée (non, je ne vous livre pas un élément majeur).

Et puis, parmi tous les fêlés du bulbe qui peuplent le roman à défaut de l’égayer, il y en a un qui les supplante tous, qui boxe dans une catégorie qu’il reste à inventer, j’ai nommé « Le Prêcheur ». Comme annoncé sur la quatrième de couverture, « Le prêcheur est peut-être fou, mais c’est l’un des méchants de Burke les plus inspirés – The New York Times).

Le peu de lumière et d’humour qui filtrent au travers des pages, ce sont les femmes qui vont l’amener. Je ne vous en dis pas plus mais je me suis régalé de quelques scènes. Que ferions-nous sans elles ?

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup, beaucoup aimé ces Dieux de la pluie qui semblent avoir déserté pour toujours le Texas mais pourquoi reviendraient-ils arroser l’Enfer ?

Dieux de la pluie

Rain Gods

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Mercier

Éditions Payot & Rivages

Rivages/Thriller

Publié dans polars américains

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Commenter cet article

Vincent 19/03/2015 19:02

Mon bon Jean,
Voila une chronique qui me fait regretter de ne pas avoir accordé plus d'attention à la famille Holland. J'ai lu "La rose du Cimarron" avec Billy Bob Holland il y a une dizaine d'années. Il faut que je me fasse la saga de Hackberry Holland, donc...
Par contre, pour la série hors Robicheaux, je suis presque à jour. Je les ai tous lus, hors le dernier...
La bise, l'ami...