L'heure des fous - Nicolas Lebel

Publié le par Jean Dewilde

L'heure des fous - Nicolas Lebel

J’ai eu le bonheur de rencontrer Nicolas à la Foire du Livre de Bruxelles. Quasi à l’ouverture, le samedi matin, quand ce n’était pas encore l’heure des fous. J’étais accompagné de notre concierge masqué sans lequel je n’aurais pas su que je croisais l’auteur d’un polar qui attendait son tour sur la deuxième étagère de ma bibliothèque vitrée – j’en ai une seconde qui ne l’est pas.

Chez moi, ce sont les livres qui prennent des numéros et qui font la queue. L’avantage des livres sur les hommes, c’est qu’ils ne gueulent pas, n’insultent pas, ne jurent pas, n’essaient pas de gagner une place, ils attendent, inflexibles et résignés. Certains sont plus flexibles que d’autres mais cela tient davantage au matériau de la couverture qu’à un quelconque trait de caractère.

C’est donc ainsi que je serrai la pogne de Nicolas. En quelques minutes à peine, j’ai décrété qu’il était jovial, rieur, intéressant, intelligent et d’une grande simplicité. Il était logique dès lors que rentré chez moi, je bouleverse la file d’attente et que je sorte les fous.

Premier roman, coup de maître. Quand on voit la (sur)abondance de polars dans certaines librairies dont beaucoup, soyons de bon compte, sont sans grand intérêt, je ne peux que me réjouir de voir un jeune auteur se désolidariser et prendre des chemins de traverse. A l’instar d’un Jérémie Guez (Balancé dans les cordes, Du vide plein les yeux,…), qui nous offre des polars somptueux bien éloignés des sentiers battus, Nicolas Lebel fait de même dans une toute autre veine. J’ai pensé à Fred Vargas, l’intrigue policière se nourrissant d’ingrédients historiques et aussi parce qu’il pose le même regard sur ses personnages, un regard fait tout à la fois de distance et de bienveillance. Je ne vous concède qu’un tout petit morceau de l’intrigue qui ne vous avancera à pas grand-chose, pour ne pas dire à rien :

Un SDF est poignardé à mort sur une voie ferrée de la gare de Lyon. « Vous me réglez ça. Rapide et propre qu’on y passe pas Noël », ordonne le commissaire Matiblout au capitaine Mehrlicht et à son équipe. Mais ce qui pouvait passer comme un simple règlement de comptes entre SDF se complique quand le cadavre révèle son identité.

Les enquêteurs vont pénétrer dans un bois de Vincennes que même les clients des prostituées renoncent à fréquenter, au cœur du dédale de l’illustre Sorbonne, dans les arrière-cours des bistrots parisiens pour livrer finalement une course contre la montre sous les rues de la capitale, dans les égouts qui regorgent de vie de toute sorte.

Un mot des personnages car ils sont épatants. Le capitaine Daniel Mehrlicht est un fan des sudokus force 9 ou 10, un inconditionnel des répliques d’Audiard que son téléphone portable émet de manière aléatoire, fume comme un volcan islandais. Il est court sur pattes, a les yeux globuleux et toute ressemblance avec un batracien n’est pas purement fortuite. Le capitaine Mickaël Dossantos, adepte des arts martiaux, incollable en droit pénal, estampillé « sac de sport en bandoulière », le lieutenant Sophie Latour qui a la phobie des flash mobs et pour compléter le trio, le lieutenant stagiaire Ménard, tête de turc du capitaine Mehrlicht.

Imagination, audace, humour, trois ingrédients que l’auteur a pétris, malaxés, dosés pour nous offrir un texte lumineux, résolument drôle, téméraire et instructif. Ainsi, saviez-vous que le fusil Chassepot, du nom de son inventeur, Antoine Alphonse Chassepot, fut un fusil de l’armée française mis en service en 1866 sous Napoléon III ? Non, bien sûr. Moi non plus,.

Quand je parle d’audace et même de culot, c’est cette formidable capacité à inventer des personnages forts, le capitaine Mehrlicht en est assurément le fleuron ; audace car il n’est pas de bon ton de nos jours de mettre au centre du récit un mec qui fume comme un pompier, partout et qui emmerde tout le monde. Osé et réussi car je mets au défi de trouver un lecteur qui ne s’attache pas à ce petit homme à tête de grenouille. Audace aussi car écrire un roman où l’humour suinte à chaque page n’est pas à la portée de tous. J’ai ri franchement et pas qu’une fois.

Cela n’empêche pas l’auteur d’aborder la thématique des SDF, sans lourdeur, presque sans y toucher mais avec une justesse de ton qui fait mouche.

A l’heure où j’écris ces quelques mots, beaucoup d’entre vous auront probablement lu le second roman de l’auteur, Le jour des morts dans lequel on retrouve les protagonistes de ce premier opus. Ce n’est pas mon cas et je m’en réjouis mais bon sang j’ai été vachement mal inspiré de n’avoir même pas pensé à demander à Nicolas de me dédicacer Le jour des morts.

Ruez-vous sur ce roman qui vous fera un bien… fou.

L’heure des fous

Nicolas Lebel

Marabooks Poche

343 pages

Publié dans polars français

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Commenter cet article

Jean (jackisbackagain) 14/03/2015 15:01

Coucou Geneviève,
C'est un très beau compliment que tu me fais. Il me fait grand plaisir.
Je te dis merci pour le lien que je vais m'empresser d'activer pour aller fureter.

Collectif Polar 14/03/2015 07:25

Supar avis, j'adore.
J'ai choisi ce titre pour être un des 1 des coups de coeur 2013 du collectif.
Parce, si comme toi j'étais douée pour en parler, j'en aurai fait une aussi belle chronique.
J'en profite pour te mettre le lien vers nos coups de coeur ;)
http://b14-sigbermes.apps.paris.fr/userfiles/file/Bibliographies/CDC-2013/CDC-2013.html#20