L'homme de la montagne - Joyce Maynard

Publié le par Jean Dewilde

L'homme de la montagne - Joyce Maynard

Et voilà. Je me retrouve dans un abîme de perplexité et je n’aime pas ça. La raison en est probablement le fait que j’ai lu ce roman sans déplaisir mais aussi sans émotions attendant toujours ce petit quelque chose qui aurait emporté mon adhésion et qui n’est jamais venu.

Été 1979, Californie du Nord. Rachel, treize ans et sa sœur Patty, onze ans ont devant elles deux mois de vacances. Elles habitent dans un lotissement assez vieillot qui répond au doux nom de La cité de la Splendeur matinale. Le Golden Gate Bridge n’est pas bien loi, quinze kilomètres à peine. La montagne, en particulier le mont Tamalpais est leur jardin, elles en connaissent chaque recoin. Leurs parents ont divorcé. Elles vouent un amour et une admiration sans bornes à leur père, l’inspecteur de police Torricelli. C’est pourtant lui qui est parti cinq ans auparavant, les laissant avec leur mère qui s’est recroquevillée comme une huître et qui n’accorde à ses deux filles qu’une attention toute relative. Mais les deux adolescentes ont un tel pouvoir d’imagination qu’elles ne s’ennuient jamais. Elles inventent à l’infini. Leur terrain de jeu, la montagne va pourtant se transformer en un sanctuaire. Cet été-là, un meurtre est commis, suivi par d’autres. Les victimes sont toutes de sexe féminin. L’enquête est confiée au père des deux fillettes, l’inspecteur Torricelli.

Sur fond d’intrigue policière, Joyce Maynard explore une très large gamme de thèmes. L’adolescence, l’éveil des sens et de la sexualité, une période de la vie où le moindre minuscule événement prend des dimensions extraordinaires, où les émotions physiques et psychiques sont ressenties cent fois décuplées, où l’amour et la cruauté aussi cohabitent en parfaite symbiose. La période de tous les possibles, l’impossible n’existant pas puisque les limites peuvent être étirées à l’infini.

La narratrice, c’est Rachel, la sœur aînée. Trente ans après les faits, devenue une écrivain célèbre, elle raconte ce qui s’est vraiment passé au cours de ce dramatique été 1979. Sa complicité avec sa sœur Patty, une relation quasi fusionnelle, leur éloignement alors que Rachel connaît ses premiers émois amoureux et délaisse ainsi Patty, à charge pour cette dernière de tracer seule sa route. Elle raconte la longue descente aux enfers de ce père, véritable icône, un être sans égal, leur fierté absolue. Ce policier séduisant qui verra progressivement son aura se déliter, au fur et à mesure que les meurtres se multiplient et que son impuissance à les résoudre devient criante.

Il y a un peu de tout dans ce roman et c’est ce trop de tout qui m’a tenu à l’extérieur de l’intrigue et de ses personnages. Il est utile de préciser que L’homme de la montagne n’est pas à trouver au rayon polars de votre libraire. Vous le trouverez en littérature « blanche ». J’aurais fort bien compris ce choix s’il n’y avait eu qu’un meurtre et que l’élucidation de celui-ci apparaisse en filigrane. J’aurais clairement perçu que la trame du livre n’était pas centrée sur cela mais bien sur l’évolution des deux sœurs au travers de leur adolescence. C’est nettement plus difficile quand vous avez affaire avec un tueur en série qui collectionne les cadavres et qui prend forcément beaucoup de place. A certains moments, je me suis senti dans la peau des personnages du « Club des Cinq », à d’autres dans un polar très moyen. Un peu comme si Joyce Maynard n’avait pu se résoudre à choisir.

En définitive, Rachel va tenter elle-même, trente ans après, de confondre le vrai meurtrier puisqu’au moment où leur père a été dessaisi de l’affaire, un mec un peu bas de plafond s’est accusé de tous les meurtres, ce qui arrangeait bien les services de police, les autorités judiciaires et la vox populi.

Ce qui ajoute un peu à ma confusion, c’est la différence entre le titre anglais et le titre français. Le titre original « After Her » devient « L’homme de la montagne », deux axes de lecture très différents.

La lecture étant éminemment subjective et tant mieux, je vous mets ci-dessous le lien de la chronique de mon excellent ami Pierre Faverolle que ce bouquin a bouleversé et ému.

https://blacknovel1.wordpress.com/2015/03/18/lhomme-de-la-montagne-de-joyce-maynard-editions-philippe-rey/

L’homme de la montagne

Joyce Maynard

Titre original : After Her

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Françoise Adelstain

Éditions Philippe Rey

Publié dans polars américains

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Jean (jackisbackagain) 26/02/2016 11:44

Bonjour Cloé,
Je te dis merci pour ce commentaire, pas parce qu'il va dans le sens de ma chronique mais parce que compter une nouvelle abonnée, ça se fête ! Amitiés.

Chloé.N 25/02/2016 15:27

Je suis tout à fait d'accord avec cette chronique.
J'ai aussi trouvé dommage que le livre ne "bouge" que vers les dernières pages.

Pierre FAVEROLLE 06/04/2015 12:24

Salut mon ami Jean, ton avis est très intéressant, et je comprends parfaitement ton point de vue. comme tu le dis, deux lectures différentes d'un même livre, c'est rare. Cela prouve aussi que ce livre ouvre beaucoup de champs d'interprétation, et réussit (ou pas) à toucher le lecteur. En tous cas, j'aime beaucoup ton argumentation. Amitiés

Jean (jackisbackagain) 11/04/2015 17:40

Mon cher Pierre,
Qu'ajouter à ton commentaire qui est celui d'un sage ? Amitiés.

Jean (jackisbackagain) 03/04/2015 17:53

Mon ami Vincent,
Non, non, je ne suis pas trop déboussolé par ce déménagement, quoique....
Quand je lis la chronique de Pierre - je ne sais pas si toi, tu l'as lu, le livre et/ou la chronique - il est clair que nous n'avons pas fait la même lecture du même livre. Je ne trouve pas cela tellement surprenant et c'est aussi ce qui rend la lecture passionnante. Pour la police, je partage ton avis, nos yeux même affûtés ont leur âge. Amitiés.

Vincent 03/04/2015 17:28

Eh bien, mon ami Jean, serait-ce le déménagement qui te perturbe au point de ne point aligner deux pensées cohérentes?
Ce sont des choses qui arrivent, et qu'on est bien en peine d'expliquer. Des fois, on passe à côté d'un roman, sans savoir pourquoi.
Et pour ton nouvel habillage, j'aime beaucoup: Clair, sobre, il va à l'essentiel. Peut-être une police de caractères plus grosse? Pour moi, ça fait un peu "juste"...
La bise l'ami, toujours un plaisir de te lire...