Trait bleu - Jacques Bablon

Publié le par Jean Dewilde

Trait bleu - Jacques Bablon

J’ai déjà vu défiler pas mal de chroniques sur ce premier et court roman de Monsieur Jacques Bablon et j’aurai été fort malheureux de ne pas pouvoir y ajouter mon grain de sel. Car, en vérité, je vous le dis, Trait bleu ne sera pas seulement une de mes lectures majeures de l’année 2015 mais entrera au son des trompettes et du clairon…Vous voulez un tuba aussi ! Va pour le tuba !...au panthéon de mes livres cultes. Que vous ne sachiez pas combien de livres y sont nichés n’a aucune espèce d’importance.

Je ne rechigne pas à vous offrir la quatrième de couverture qui, j’en rigole déjà, est aussi la première page du livre.

« Tout a commencé quand on a retrouvé le corps de Julian McBridge au fond de l'étang que les Jones avaient fait assécher pour compter les carpes. Ils auraient plutôt eu l'idée de repeindre leur porte de grange ou de s'enfiler en buvant des Budweiser et c'était bon pour moi. McBridge n'était pas venu ici faire trempette, ça faisait deux ans que je l'avais balancé là par une nuit sans lune avec un couteau de chasse planté dans le bide. 835 carpes et 1 restant de McBridge. Les Jones avaient un cadavre sur les bras, ils ont commencé à se poser les questions qui vont avec… »

En cent cinquante et une pages, l’auteur nous offre un polar somptueux, abouti, il ne manque rien. Le héros du livre en est le narrateur anonyme. Ne cherchez pas où les faits se passent, ce n’est pas écrit ; inévitablement, nos regards se tournent vers les États-Unis. Pourquoi pas ? Mais la Creuse, la pampa argentine ou les steppes turkmènes le font aussi.

Le début du livre voit notre héros emprisonné pour un crime qu’il a avoué. Il est libéré peu de temps après, l’autopsie du cadavre retrouvé avec les carpes ayant révélé que le coup de couteau n’était pas la cause de la mort. Le McBridge, c’est Iggy, son meilleur pote qui l’a flingué !

A partir de cette révélation qui lui vaut de recouvrer la liberté, notre homme se retrouve à l’épicentre d’un séisme ou dans l’œil d’un cyclone. Il n’a de prise sur rien, les événements lui tombent sur la tête comme les glands d’un chêne en automne, il est envoyé dans les cordes des quatre coins d’un ring sans même s’être rendu compte qu’il y est monté. La liberté, c’est bien mais ce n’est pas pour autant qu’on est dispensé de recevoir des coups sur la gueule. Cependant, c’est plus acceptable quand on sait pourquoi…

La vie est pleine de surprises, des bonnes et des mauvaises et on ne sait jamais si on a tiré les bonnes cartes ou non. Moi, j’aurais tendance à dire, dans mes bons jours, qu’au final, ça finit par s’équilibrer. Et il est heureux que l’on ne sache pas d’avance ce que le destin nous a concocté. Il est rarement bénéfique d’aller voir l’envers du miroir. Ainsi, si votre miroir vous renvoie « les canicules m’emballent », de grâce, ne soyez pas tentés d’aller voir de l’autre côté…

Cette petite perle de littérature noire peut se lire au premier degré et on se fend la pipe mais il serait dommage d’ignorer le second degré. En effet, outre le côté franchement drôle, désopilant et décalé de l’histoire, l’auteur a clairement manifesté l’envie de glisser tout en nuance et en subtilité des thèmes aussi universels que l’amour, la tendresse, l’amitié, le mensonge, la violence imbécile. Il nous parle aussi de ces gens qui, sous le couvert de bonnes intentions, vous précipitent dans la merde la plus noire. Et de son amour pour la nature, notre narrateur est accroc à la pêche à la cuillère, une truie et une poule sont deux personnages forts du roman.

Voilà, vous en savez assez. Le dernier mot, je le laisse à l’éditeur qui en une phrase a probablement écrit la meilleure chronique qui soit sur ce fabuleux Trait bleu.

On est embarqué dans ces pages comme si on descendait les rapides d'une rivière en furie sur une pirogue sans pagaie, ballotté, effaré, douché, concentré, mais vivant… Si vivant! Superbe!

Trait bleu

Jacques Bablon

Éditions Jigal 2015

Publié dans polars français

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Jean (jackisbackagain) 30/04/2015 14:23

Bruno mon mulot,
Bien sûr que je trouve...pour répondre à ton interrogation. Et de fait, quand je lis ta chronique et les péripéties que tu détailles, on pourrait s'attendre à un bouquin de 500 pages. Et c'est là la marque de l'auteur, avoir ramassé en 150 pages sans être superficiel pour un sou la panoplie des sentiments qui nous occupent et nous guident. Un livre remarquable en tous points, rien à jeter, pas même à la poule et à la truie. La bise, mon ami.

La Petite Souris 29/04/2015 18:02

Quand je lis une belle chronique comme celle ci, je sais pourquoi je t'appelle mon roi Jean !! ;) Le hasard fait que je publie la mienne ce soir, aurais je l'outrecuidance de considerer que nous sommes deux grands esprits pour nous rencontrer ainsi autour de ce roman ? En tout, un petit bijou de ce bouquin, comme quoi avec des ingrédients simple, sans patos et sans effet spectaculaire , on peut faire un roman qui marque l'imaginaire de son lecteur pour longtemps ! tu trouves pas ? ;)

Collectif Polar 29/04/2015 15:38

Ben dis moi, excellent billet pour ce non moins excellent roman survolté. :)

Jean (jackisbackagain) 29/04/2015 16:18

Je n'ai que rarement l'occasion de relire un bouquin, faute de temps. Celui-ci va prendre une place sur ma table de chevet. Merci, Geneviève et il m'aurait étonné que tu ne l'aies pas déjà lu. Mais comment fais-tu ? Tu as deux cerveaux, quatre mains ?

Vincent 29/04/2015 14:56

Ce roman figurait déjà dans ma liste de souhaits depuis un petit moment. Et l'alléchante chronique que tu en fais devrait accélérer la procédure d'achat. Bonne pioche des Éditions Jigal, encore une fois.
La bise, l'ami.

Jean (jackisbackagain) 29/04/2015 15:17

Mon ami Vincent, tu vas prendre un pied d'enfer avec ce bouquin.
Un énorme coup de coeur, vraiment et j'espère avoir vite l'occasion de me confronter une nouvelle fois à cet auteur dont j'ai oublié de mentionner que c'était son premier roman.
Amitiés.