Burn-out - Didier Fossey

Publié le par Jean Dewilde

Burn-out - Didier Fossey

Si je vous dis que l’auteur a fait toute sa carrière dans la Police Nationale, cela signifie qu’il connaît parfaitement la maison poulaga. De nos jours, qui ignore encore la signification de cet anglicisme burn-out ? Je vous en donne une parmi mille autres :

Le burn-out est le résultat de l’accumulation continue de stress.
Il représente l’épuisement de nos ressources physiques, mentales et émotionnelles.
Il s’installe progressivement, même s’il peut donner l’impression de survenir
d’un coup.

C’est un syndrome que l’auteur développe avec une colère contenue dans ce polar mené tambour battant. En observateur privilégié, il met l’accent en avant-propos du livre sur le nombre croissant de suicides parmi les fonctionnaires de police. Les chiffres font peur.

Paris, avril 2014.

Une série de vols d’objets d’art a lieu dans les cimetières parisiens. Lors d’une énième nuit de planque, un policier se fait assassiner. Peu d’indices. Ses deux collègues présents sur place n’ont rien vu. Boris Le Guenn, chef de groupe de la B.A.C. au 36, Quai des Orfèvres, est saisi de l’affaire. Malgré un manque criant d’effectifs, il devra gérer cette enquête et les enquêtes concomitantes en plus de la descente progressive et brutale aux enfers d’un de ses hommes. Le temps passe, les vols se multiplient, les pistes minces comme l’épaisseur d’un parchemin, le danger rôde.

Pour travailler à la brigade criminelle, mieux vaut être célibataire et aimer ça. Quand un homicide tombe sur le râble des flics de la Crim, adieu veau, vache, cochon, couvée. Une affaire criminelle les engloutit, les happe, les tire vers le fond et de repos, il n’est question que lorsqu’elle trouve sa résolution. Dans l’intervalle, leurs femmes les ont quittés et/ou ont trouvé mieux ailleurs, leurs mouflets se débrouillent fort bien tout seuls. Leur famille, ce sont les collègues, même si certains sont chiants et leur raison de vivre ou de mourir consiste à mettre hors d’état de nuire des criminels qui ont pour la plupart une hygiène de vie bien supérieure à la leur. Leurs femmes ou compagnes restent là où ils leur disent de rester, ne mouftent pas de peur de prendre une raclée. Ils sont reposés, n’ont pas de paperasse à rédiger, pas de procédure à respecter. Ils sont à la pointe de la technologie, possèdent un armement dernier cri.

Bosser sur un homicide pour les limiers de la Crim signifie être au taquet, trimer la tête dans une cocotte-minute, mal manger, peu et mal dormir, planquer dans des bagnoles pourries des heures durant, filocher, agiter des indics douteux, l’inventaire n’est pas exhaustif. Avoir les nerfs solides pour encaisser les frustrations, les échecs, les brimades des collègues et les engueulades qui viennent d’en haut, retrouver l’espace de quelques heures la femme que vous délaissez et qui, au mieux vous fait la tronche, au pire, fait comme si vous n’étiez pas là sans compter les gosses que vous ne voyez pas grandir et qu’il est loin le temps où ils disaient avec fierté à leurs petits condisciples : « mon papa est policier ».

Et si leur vie ressemble parfois à l’enfer sur terre, celui-ci se déclenche réellement quand un des leurs se fait butter. Manuel Etchegarray, gardien de la paix du 20ème arrondissement, en planque avec deux collègues, est retrouvé avec un tournevis en plein cœur alors qu’il était allé satisfaire un besoin naturel dans une allée du cimetière du Père Lachaise. C’est le Major Franck Evrard, 25 ans de B.A.C. nuit qui a retrouvé le corps à l’agonie de son collègue allongé sur une pierre tombale. Il n’aura de cesse de retrouver les auteurs de l’assassinat.

Parallèlement, le Capitaine Guillaume Farès connaît une terrible désillusion amoureuse. Fragilisé, il perd le contrôle de lui-même, n’a plus qu’une idée en tête, identifier l’amant de sa Valérie, les massacrer tous les deux et se faire péter le caisson dans le foulée. Il ne donne plus signe de vie au boulot. La position de son supérieur, Boris Le Guenn, qui cherche à tout prix à le protéger et surtout à le retrouver devient intenable. A fortiori quand le portable de Guillaume qui ne répond plus aux appels de ses collègues, cesse d’émettre pour de bon.

Didier Fossey nous livre un polar réaliste, d’une grande authenticité et d’une sincérité qui fait mouche. Si la pénibilité du travail de policier de terrain y est décrite dans tous ses aspects, pour autant ce n’est ni un plaidoyer ni un cri du cœur, pas de pathos larmoyant. Burn-out est avant tout un polar bien balancé, qui cogne et qui fait mal. Certains pourraient avancer que le déroulement et le dénouement de l’intrigue sont assez prévisibles. Ce n’est pas faux. Pour ma part, je me suis senti bien à l’aise dans cette position d’observateur qui voit se profiler la fin, dramatique et inéluctable. Didier Fossey, je pense, n’avait pas comme projet de jouer sur des retournements de situation qui laissent le lecteur coi et bouche bée jusqu’à la dernière page. Son propos est ailleurs comme je l’ai expliqué plus haut.

Sachez que Burn-out est son quatrième roman, les deux premiers Traque sur le Web (2010) et Ad Unum (2011) ont été réédités par les Éditions Flamant Noir en 2015. Nas Drovié (2014) a paru aux Éditions L’Atelier Mosésu.

Le mot de la fin : un très bon polar solide et percutant qui, au travers de l’intrigue, secoue, dérange et pose des questions brûlantes. Un auteur que j’aurai énormément de plaisir à suivre.

Burn-out

Didier Fossey

Flamant Noir Éditions 2015

Publié dans polars français

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Jean (jackisbackagain) 12/05/2015 12:35

N'hésite pas à aller lire la chronique de notre grand ami Pierre qui en dit beaucoup de bien lui aussi. Claude Le Nocher en a écrit également une chronique. Ah, ces listes d'attente ! La bise mon ami.

Vincent 11/05/2015 16:00

Chouette chronique, mon bon Jean. Tu me tentes diablement, encore une fois... Je prends note de ce titre, à intégrer dans la liste d'attente...
Amitiés.