Coeurs solitaires - John Harvey

Publié le par Jean Dewilde

Coeurs solitaires - John Harvey

Avec ce titre, l’auteur anglais entame la célèbre série dont le personnage récurrent s’appelle Charlie Resnick, inspecteur de police de Nottingham. Je vous donnerai l’ordre chronologique de la série à la fin de cette chronique.

John Harvey n’a pas composé un personnage de super héros en la personne de Charlie Resnick qui, comme son nom peut l’indiquer, a des origines polonaises auxquelles il reste attaché. Charlie est un quadragénaire divorcé, amateur de bon vin et de jazz, ses quatre chats portent des prénoms de célèbres jazzmen : Dizzy (Gillespie), Miles (Davis), Pepper (Art) et Bud (Powell). Il est incapable d’enfourner un sandwich sans saloper sa cravate, sa chemise ou son pantalon voire les trois à la fois. Il n’est pas sportif et n’est pas en bonne condition physique. Policier intègre, très ouvert et sensible aux réalités sociales désastreuses de l’époque – ce premier opus a été écrit en 1991 à la fin des années Thatcher – Resnick mène sa barque et son enquête de manière assez intuitive ; cependant, il ne manque pas de rigueur, est méthodique, peut être bourru, à la limite de la mauvaise foi. Mais quelle est l’intrigue de ces Cœurs solitaires porté au (petit) écran en 1992 par Bruce MacDonald avec Tom Wilkinson pour incarner l’inspecteur Charlie Resnick ?

Une jeune femme répondant au nom de Shirley Peters est retrouvée assassinée. Il y a suffisamment de témoins pour affirmer que son ex, un certain Tony MacLish, a proféré des menaces de mort à l’encontre de la jeune femme. Ces éléments donnent à penser que l’on a affaire à un crime passionnel et qu’en arrêtant Tony MacLish, l’affaire est résolue en deux coups de cuillère à pot avant même que l’enquête ne démarre réellement. Ces certitudes volent en éclat quand le cadavre massacré et violé d’une seconde jeune femme est retrouvé dans le jardin de sa maison, alors même que le dénommé MacLish est incarcéré. Il apparaît que les deux victimes n’avaient aucun lien entre elles si ce n’est que toutes deux cherchaient l’âme sœur par le truchement de la rubrique locale des cœurs solitaires. L’enquête s’annonce dès lors infiniment plus compliquée.

Et l’inspecteur Resnick n’a pas que ça à faire. Il est un témoin-clé dans une sombre histoire de pédophilie qui le bouffe, le mine et le ronge. Et comparaître au tribunal pour y subir interrogatoire, contre-interrogatoire, le met au supplice. Dans ce maelström, il fait la connaissance de l’assistante sociale Rachel Chaplin ; entre ces deux-là, des sentiments vont naître.

Ce premier opus combine à la fois ce que les Anglo-Saxons appellent le police procedural, c’est-à dire un roman qui suit au plus près l’enquête de police, ses fausses pistes, ses développements, ses enquêtes de proximité, ses longues heures de décryptage de différentes données, ses planques et un regard désenchanté, celui de l’inspecteur Resnick sur une société qui se délite, qui va à vau l’eau et sur laquelle il n’a plus prise. Dans un entretien accordé à L’Express le 7 janvier 2002, l’auteur déclare : « En réalité, je m'intéresse davantage aux gens qu'aux intrigues. Je déplore les histoires où les victimes ne sont que cela et rien d'autre. On doit avoir des raisons de s'intéresser à elles, tout comme on doit comprendre pourquoi les mauvais se comportent comme ils le font. »

Au-delà de l’intrigue dont le dénouement est effectivement décevant et que l’on voit venir de très loin, ce roman inaugural est l’occasion de mettre en place des personnages et des lieux que l’on va retrouver dans les épisodes suivants, au nombre de dix. Les voici dans l’ordre tels que je les ai trouvés sur l’excellentissime blog actu du noir de Jean-Marc Laherrère.

Cœurs solitaires (Lonely hearts, 1989) Riv/N n°144. (1993)

Les Etrangers dans la maison (Rough Treatment, 1990) Riv/N n°201. (1995)

Scalpel (Cutting Edge, 1991) Riv/N n°228. (1995)

Off Minor (Off Minor, 1992) Riv/N n°261. (1997)

Les années perdues (Wasted Years, 1993) Riv/N n°299. (1998)

Lumière froide (Cold Light, 1994) Riv/N n°337. (1999)

Preuve vivante (Living proof, 1995) Riv/N n°360. (2000)

Proie facile (Easy Meat, 1996) Riv/N n°409. (2001)

Eau dormante (Still Water, 1997) Riv/N n°479. (2003)

Derniers sacrements (Last Rites, 1998) Riv/N n°527. (2004)

Pour être complet, du moins en ce qui concerne la saga Resnick, j’avais chroniqué le cinquième de la série, Les années perdues que j’avais énormément apprécié. Je vous mets le lien ci-dessous.

http://jackisbackagain.over-blog.com/article-les-annees-perdues-john-harvey-111173734.html

Comme la maison ne recule devant aucun sacrifice, vous trouverez ci-dessous le lien de la chronique de Pierre (Blacknovel) sur les Cœurs solitaires.

https://blacknovel1.wordpress.com/2014/08/23/john-harvey-coeurs-solitaires-rivages-noir/

Cœurs solitaires

Lonely Hearts

John Harvey

Traduit de l’anglais par Olivier Schwengler

Rivages/Noir

Publié dans polars anglais

Commenter cet article

Jean (jackisbackagain) 22/07/2015 13:39

Hello Pierre,
Je sais bien que tu as adoré ce polar. C'est d'ailleurs à cause de toi (sourire) que je l'ai lu avec un enthousiasme conférant presque à l'exaltation. En as-tu lu d'autres de la série Resnick ? Amitiés, mon tout bon.

Pierre FAVEROLLE 22/07/2015 21:13

Salut Jean, j'ai du en lire 3 ou 4 autres. Et puis, je me suis arrêté ... il faudrait que je reprenne ! Amitiés

Pierre FAVEROLLE 21/07/2015 21:06

J'ai adoré ce roman ! Car ces personnages sont tellement vivants. Et tu sais l'importance que j'accorde aux personnages ! Amitiés

Vincent 21/07/2015 16:50

Bonjour l'ami Jean,
Il me semble avoir lu cet opus il y a déjà un certain temps. Plus récemment, j'ai lu "Lumière froide" qui ne m'a pas enthousiasmé plus que ça. John Harvey est un auteur qui fait un boulot honnête, mais à mon avis ne révolutionne pas le genre... Amitiés.

Jean (jackisbackagain) 21/07/2015 17:05

Bonjour Vincent,
Je partage aussi ton avis. "Les heures perdues" m'avaient plu davantage que ces "Coeurs solitaires" dont on dit énormément de bien, de ci, de là. Trop, à mon sens. Je m'en vais de ce pas lire ta chronique de Victor Del Arbol. Amitiés.