La filière afghane - Pierre Pouchairet

Publié le par Jean Dewilde

La filière afghane  - Pierre Pouchairet

Avant de parler du roman proprement dit, j’estime essentiel de vous faire part des quelques lignes de l’auteur dans sa présentation au début de l’ouvrage. Le texte a été terminé en octobre 2014, soit bien avant les événements qui ont secoué la France en janvier de cette année. L’auteur déclare avoir été confronté à un véritable cas de conscience et avoir un temps songé à renoncer purement et simplement à publier ce livre ; pour finalement arriver à la conclusion, à tort ou à raison, que ce livre était une fiction et devait être lu comme telle.

Pouchairet connaît son sujet sur le bout des ongles. Ancien commandant de la police nationale, chef de groupe aux stups, attaché de sécurité intérieure à Kaboul puis au Kazakhstan, son parcours professionnel l’autorise de facto à nous offrir via cette filière afghane un polar percutant, glaçant, remarquablement construit et documenté. Quelle qu’elle soit, la réalité dépasse souvent la fiction, entend-on très souvent ou tout au moins la rejoint-elle. Pierre Pouchairet nous plonge aux racines du mal sans jamais en rajouter mais aussi sans aucune concession. Au-delà d’une intrigue serrée et maîtrisée de bout en bout, j’ai appris énormément de choses et j’adore cela. Certes, certains diront peut-être : « A quoi bon lire un polar qui nous parle de terrorisme, de radicalisme, de drogue, bref, de tout ce que l’on entend tous les jours ? » Ma réponse toute personnelle est qu’en comprenant la façon dont les choses se passent, on sort de l’ignorance et savoir permet peut-être et partiellement de s’extraire du seul côté passionnel, sensationnel et angoissant dont les médias nous abreuvent. Sans plus tarder, la quatrième de couverture :

« Alors que la France est la cible d’actes terroristes, Gabin, Marie et leurs collègues de la PJ enquêtent sur des dealers qui opèrent dans une cité de Nice.
Après l’identification d’un réseau structuré et multicarte, les investigations vont remonter jusqu’en Afghanistan.
Là-bas, entre le retrait des forces internationales et la succession d’Hamid Karzai, une page est en train de se tourner dans une ambiance délétère.
Et c’est dans un climat de suspicion et de corruption généralisée doublé d’une violence aveugle que le flic niçois va découvrir les liens entre trafic de drogue et terrorisme !
De Nice
à Kaboul, du Helmand aux Pyrénées s’engage alors, pour Gabin et son équipe, une traque impitoyable pour éviter le pire… »

L’auteur a vécu et bossé à Kaboul, la capitale afghane. L’atmosphère et la tension qui y règnent, il les restitue avec sobriété et talent. Et il ne fait pas bon y vivre. Armé et sur ses gardes est élémentaire mais ne suffit pas, il est conseillé d’avoir ses propres hommes de confiance encore qu’ils puissent être achetés d’un instant à l’autre, la sécurité est une notion toute relative.

Une des grandes qualités de l’auteur réside indéniablement dans le fait qu’il énonce et dénonce les choses comme elles sont, il appelle un chat un chat. Vous apprendrez ainsi que les jeunes, candidats au départ vers ces pays exotiques où le paintball est réservé exclusivement aux nourrissons de moins de six mois, sont bien davantage séduits par Daesh que par Al-Qaïda. Al-Qaïda n’a plus vraiment le vent en poupe, c’est pour les vieux.

Ce qui nous paraît tellement complexe, les mécanismes du financement du terrorisme, de la drogue et des armes, Pierre Pouchairet nous démonte cela très simplement et très clairement. Il fustige aussi le rôle de religieux musulmans en France dont le rôle dans la radicalisation des jeunes en manque de repères est déterminant. Et n’allez pas croire que ces dignitaires religieux représentants d’un certain islam agissent à titre gratuit.

Est-ce pour dédramatiser quelque peu son propos que l’auteur nous invite à une prise d’otages très visuelle dans un train que des terroristes immobilisent sur le pont de Cassagnes dans les Pyrénées-Orientales ? Cet épisode peu vraisemblable donne une touche de légèreté et un côté « Tintin » à l’ouvrage mais cela fait du bien.

Puisque l’objectif de cette chronique est de vous donner envie de lire ce polar trempé dans une actualité tragique et qui n’appartient malheureusement pas au passé, je conclurai en disant que je ne peux m’empêcher de croire que derrière l’auteur et l’écrivain, il y a un homme en colère. Pierre Pouchairet n’écrit-il pas : « Ce livre est dédié aux policiers afghans et à la lutte inégale qu’ils mènent quotidiennement contre les trafiquants de drogue et le terrorisme. Rappelons-nous qu’un millier d’entre eux est tué chaque année. »

Si vous souhaitez des informations plus détaillées sur l’auteur, vous les trouverez sur l’excellent blog Le chien jaune http://www.lechienjaune.fr/Pierre-POUCHAIRET.html

La filière afghane

Pierre Pouchairet

Éditions Jigal 2015

pont de Cassagnes

pont de Cassagnes

Publié dans polars français

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Commenter cet article

Collectif ,Polar Ge 02/07/2015 18:03

J'ai adoré le premier une terre pas si sainte.
Celui-ci est lui aussi aussi percutant.
Et tu restitue parfaitement son propos.
Merci Monsieur Jean :)

Jean (jackisbackagain) 02/07/2015 18:11

Coucou Geneviève,
C'est ma première rencontre avec cet auteur. Je n'ai donc forcément pas lu "Une terre pas si sainte", pas encore du moins. Effectivement, j'ai le sentiment qu'il y a une sorte de colère rentrée chez l'auteur. Je me réjouis de te voir en septembre pour la délibération. Des bises.

Vincent 02/07/2015 16:19

Mon ami Jean, voila encore une superbe chronique pour un bouquin qui semble-t-il rallie tous les suffrages. Cette maison Jigal propose décidément un catalogue d'auteurs de qualité. Ce livre figure dans ma liste de souhaits...
Amitiés.

Jean (jackisbackagain) 02/07/2015 18:21

Mon ami Vincent,
C'est vrai que l'auteur a pas mal bourlingué, a occupé des postes et assumé des responsabilités dans des domaines et des contrées dans lesquelles je n'irais pas en vacances. Et comme il a ce don en plus pour mettre tout cela en musique, ça devient vraiment très intéressant. La bise.