Du sang sur l'autel - Thomas H. Cook

Publié le par Jean Dewilde

Du  sang sur l'autel - Thomas H. Cook

Dire que j’ai un a priori bienveillant quand je commence la lecture d’un polar/roman noir de Thomas H. Cook n’est certainement pas exagéré. J’assume pleinement ce parti pris, cet enthousiasme débridé, cet attachement aveugle. A ma décharge, le bonhomme m’a toujours comblé.

Après Les feuilles mortes dont je n’ai pas rédigé de chronique, mon blog n’existant pas encore, Interrogatoire http://jackisbackagain.over-blog.com/article-interrogatoire-thomas-h-cook-107149633.html et Les instruments de la nuit http://jackisbackagain.over-blog.com/2014/08/les-instruments-de-la-nuit-thomas-h-cook.html, Du sang sur l’autel est ma quatrième rencontre avec l’auteur et c’est peu de le dire, un nouveau rendez-vous d’une densité et d’une qualité exceptionnelles.

Je précise que Du sang sur l’autel n’est pas le dernier né de Thomas H. Cook. Édité en 1983, une première édition de cet ouvrage est parue en 1985 chez Gallimard, dans la collection « Série Noire ». La présente traduction qui date de 2012 est à mettre à l’actif des Éditions Points. Sauf erreur de ma part, chronologiquement, c’est donc le deuxième roman écrit par l’auteur.

Cook plante son intrigue à Salt Lake City, capitale de l’Utah. Et quand on parle de Salt Lake City, vous pensez spontanément à quoi ou à qui ? Les mormons, bien sûr qui composent à la louche 45% de sa population. La ville fut d’ailleurs fondée en 1847 par 148 pionniers mormons.

La majorité des rues de la ville sont dénommées en fonction de leur localisation par rapport au temple mormon de Temple Square. La rue située immédiatement au sud du temple s'appelle South Temple Street. La suivante se nomme 100 South et ainsi de suite. Le même principe vaut pour les trois autres points cardinaux. Ainsi l'intersection située à deux blocs de maisons à l'est et trois blocs au sud de Temple Square prend pour nom 200 East 300 South. (source : Wikipedia).

Ce long préambule pour vous que vous puissiez bien cerner le milieu et l’atmosphère dans lesquels va se retrouver plongé Tom Jackson, inspecteur à la Criminelle qui n’en a rien à faire des « mormoneries ». Jackson a débarqué un beau jour en provenance de New York mais qu’est-il venu faire ou chercher dans cette ville étrange où la criminalité, en comparaison à la Grosse Pomme, est proche du niveau de la mer ? Il fait équipe avec Carl Redmon, un flic mormon rigoriste tantôt accessible, tantôt complètement hermétique. Vous pourriez d’ailleurs rapidement le prendre en grippe voire le considérer comme un suspect potentiel dans le déferlement de violence qui va s’abattre sur la ville.

La première victime est une prostituée noire retrouvée étranglée dans un motel. Pas de quoi fouetter la sensibilité mormone des huiles de la police. Et comme le dit son équipier Carl Redmon : « …C’était une prostituéeÉcoute, je sais que tu n’y crois pas, mais on récolte ce qu’on sème, mon ami ». La deuxième victime est un certain Lester Robert Fielding, journaliste, abattu d’une balle à bout portant dans les garages du Southwest Magazine. Ce meurtre suscite à peine plus d’émoi car même s’il respectait le jour du Seigneur, Fielding n’était pas, lui non plus, un fervent adorateur de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Les choses prennent une tout autre tournure quand sont découverts dans les montagnes avoisinantes les corps sans vie d’une jeune étudiante, Jennifer Dale Warren, et de Donald Olsen, un membre éminent de la communauté, un haut dignitaire de l’Église, un père de famille irréprochable et blablabla et blablabla…Tous deux poignardés et leurs cadavres suffisamment proches l’un de l’autre pour faire naître des rumeurs. Le chef de la police, Sam Marshall et le chef des inspecteurs, Charlie Philby, font clairement comprendre à Tom et Carl, frère Redmon pour la circonstance que « …Nous cherchons à nous assurer qu’un homme honorable n’est pas calomnié inutilement après sa mort. Est-ce que ça ne paraît pas raisonnable ? »

C’est dans ce contexte mormonesque que Tom Jackson va poursuivre l’enquête, seul ou presque. Il est têtu, obstiné et ne craint pas de frapper à des portes qui ne s’ouvrent pas ou qui ne s’entrebâillent qu’avec réticence et mépris. C’est un besogneux, certains le qualifieraient de franc-tireur mais Tom Jackson ne veut qu’une chose : découvrir le meurtrier, quel qu’il soit, au risque de bousculer et de mettre sans dessus dessous les susceptibilités des membres mormons haut placés de Salt Lake.

Tom Jackson porte en lui un lourd secret. S’il a quitté New York, c’est qu’il n’a pas pas pu faire autrement ou qu’un autre choix aurait eu des implications qu’il ne désirait pas. « Il avait simplement quitté New York, comme on fuit une scène de souffrance, de corruption et de déception insupportable… ». C’est un homme seul, habité par la peur, profondément traumatisé, bercé par des phrases de son mentor new yorkais Gentry qui reviennent comme un mantra :

« Le seul moyen d’en sortir, Tom, c’est de serrer les dents en attendant que la peur passe. »

« Ne te laisse jamais graisser la patte….Comme ça, tu n’auras pas à sentir ton estomac se retourner quand on viendra frapper à ta porte au milieu de la nuit. »

« Tu veux faire de tout une chose nouvelle, TomMais le problème, c’est que tout est déjà très vieux. »

« Écoute…rappelle-toi que ta prochaine affaire sera peut-être ton millième crime, mais pour la victime, c’était le tout premier. »

Du sang sur l’autel, c’est le combat d’un homme contre lui-même, c’est aussi la lutte d’un homme en quête de vérité au sein d’un milieu qui lui est hostile, un milieu où l’hypocrisie, les stéréotypes, le paraître, les bonnes manières et la réputation vous assurent l’immunité, voire la rédemption. C’est un texte magnifique porté par un homme fragilisé mais d’une détermination à toute épreuve. Thomas H. Cook, au travers des quatre romans que j’ai lus jusqu’ici, m’a baladé dans des histoires totalement différentes, il n’y a pas de personnage récurrent chez lui, mais ces quatre romans ont beaucoup en commun, pour l’essentiel des personnages formidablement humains par leurs faiblesses, leurs tourments, leurs secrets parfois tellement durs à porter, des personnages qui pourraient être vous, moi, notre voisin. Thomas H. Cook excelle dans son rôle de chef d’orchestre et il confirme, si besoin en était, qu’il est un immense écrivain. Respect, Mister Cook.

Du sang sur l’autel

Titre original : Tabernacle

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Madeleine Charvet

Éditions Point 2012

Publié dans polars américains

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Commenter cet article

Vincent 23/08/2015 11:19

Ah mon ami Jean, quelle chronique!!! Tu dis si clairement tout le bien que je pense de ce bouquin et de cet auteur...
Beau travail, comme d'hab...
Amitiés.

Jean (jackisbackagain) 23/08/2015 12:33

Un grand merci, Vincent, je vais maintenant me pencher sur ta chronique de ce même roman. Amitiés.

Richard 21/08/2015 21:47

Un des rares romans de Cook que je n'ai pas lu. Tu as réussi à convertir un converti !
Amitiés

Jean (jackisbackagain) 22/08/2015 11:06

Richard, il me reste le plaisir d'en découvrir plus que toi. Un romancier de très haut vol.

Pierre FAVEROLLE 21/08/2015 17:31

Salut mon ami Jean (Le Belge !). Je n'ai pas lu celui ci mais je l'ai dans la version Série Noire (offert par mon ami Unwalkers d'ailleurs). Va falloir que je le ressorte ! Je ne savais même pas qu'il était sorti chez Points, c'est te dire ! Amitiés

Jean (jackisbackagain) 22/08/2015 11:09

Ah, mon ami Pierre, c'est par hasard que je suis tombé dessus dans un magasin de seconde main. Mais comme tu l'as en Série Noire, il ne te reste plus qu'à le lire.