Little bird - Craig Johnson

Publié le par Jean Dewilde

Little bird - Craig Johnson

Avec cet époustouflant et très noir Little bird, Craig Johnson inaugure un cycle mettant en scène comme point d’ancrage récurrent et principal le shérif Walt Longmire, un homme profondément marqué par le décès de sa femme que nous ne connaîtrons pas puisqu’elle a succombé à une sale maladie avant l’entame de ce premier opus.

Je ne saurais que trop vous conseiller de commencer par le commencement…Car dans ce premier épisode, nous faisons connaissance avec une galerie de personnages dont on devine qu’on les retrouvera dans les épisodes qui suivront celui-ci et ce premier opus, outre une intrigue tragiquement splendide, est aussi l’occasion de cerner leurs caractères, découvrir leurs personnalités et bon sang, il n’y a pas un personnage qui en manque ! Nous sommes dans le Wyoming, dans le comté d’Absaroka, la nature y est superbe, magnifiée par l’auteur mais les conditions de vie sont dures.

Melissa Little bird est une Cheyenne du Nord ; trois ans plus tôt, elle a été emmenée dans une cave pour y être violée à la chaîne par quatre adolescents qui se fichaient éperdument qu’elle souffre du syndrome d’alcoolisme fœtal. Si le verdict du juge fut impitoyable et sans appel, les condamnations, elles, furent presque symboliques. Quoi qu’il en soit, les quatre jeunes, libérés sous caution, n’auront pas croupi un seul jour en prison. Trois ans plus tard, le corps de Cody Allen Pritchard, est retrouvé, salement amoché…. «…Quand on le voyait de dos, on aurait dit que quelqu’un avait foré un trou parfaitement rond entre ses omoplates ; de face, c’était comme si on lui était passé au travers avec une diligence… ». Pritchard était l’un des quatre adolescents et l’un des prévenus le plus arrogant et méprisant lors du procès au même titre que son copain Jacob Esper. Le doute ne plane pas très longtemps, quelqu’un a décidé de rendre justice. Et commencer par Pritchard est tout sauf un hasard. D’autant que peu de temps passe avant que l’on ne retrouve, en pleine tempête de neige, le cadavre de Jacob Esper, tout aussi dévasté…. « Il était appuyé contre la roue arrière de son camion et son visage était figé dans une expression incrédule. Il y avait une petite déchirure au centre de sa veste Carhartt, et il était entouré d’un liquide congelé de couleur brunâtre...Ce n’était pas le peine que je me soucie de son dos, qui était réduit à un amas solidifié étalé sur le flanc du camion sale… ».

Vous aurez fait la soustraction vous-mêmes, il en reste deux. Une certitude voit le jour : seul un tireur d’élite est capable de descendre un homme à une distance aussi lointaine. Bien évidemment, dans un état où les chasseurs sont aussi nombreux que le gibier, cela représente pas mal de candidats.

Quels personnages vais-je sortir du lot pour vous donner l’envie de découvrir l’univers de Craig Johnson ? J’ai l’embarras du choix, croyez-moi. Walt Longmire est un shérif en fin de mandat, voeuf et qui a de réelles difficultés à vivre bien, seul. Une hygiène de vie qui laisse franchement à désirer, malbouffe, malboire, manque d’exercices, une maison dans laquelle les travaux semblent s’être arrêtés avec le décès de Martha, son épouse. « …Il restait encore un peu de travail dans cette maison. Les cloisons existaient mais la plupart étaient à claire-voie, et quand on allumait les ampoules nues, la lumière passait entre les planches et dessinait des lignes sur le sol. L’installation électrique n’était pas terminée, alors j’avais quatre doubles circuits branchés sur le compteur et tout partait de là. La plomberie était fonctionnelle, mais c’était le rideau de douche qui me servait de porte pour la salle de bain… ». Il a une fille, Cady, avocate à Philadelphie et qui n’intervient pas dans ce premier volume. Longmire est un homme tempéré qui affiche une bonhommie et un embonpoint bien réels. Il penche nettement en faveur du dialogue pour arbitrer les menus conflits qui émaillent la vie quotidienne de ses administrés. Il a suffisamment de tact, de délicatesse et surtout de respect pour pouvoir gérer les communautés blanche et amérindienne – cheyenne - qui coexistent et cohabitent sur le territoire dont il a la charge. Sous son allure débonnaire et nonchalante se cache un homme déterminé, capable d’entrer dans une colère noire. C’est aussi un vétéran du Vietnam.

Je ne peux pas ne pas vous parler de son adjointe, Victoria Moretti ; ses yeux ont la couleur du vieil or, elle a un sacré caractère, jure comme un charretier et est ultra compétente, experte en balistique entre autres. La relation qui s’instaure entre elle et son mentor ressemble de près ou de loin, tout dépend des moments, à la relation entre un père et sa fille. Je suis fan.

Le meilleur ami de Walt Longmire est Henry Standing Bear, un indien cheyenne, propriétaire du bar Red Pony. Ils sont amis depuis l’école primaire et lui aussi a fait le Vietnam.

Je voudrais rassurer celles et ceux qui craindraient de se retrouver avec une sorte de western moderne dans les mains. Non, il s’agit d’un vrai polar qui m’a captivé, fasciné par moments. L’émotion est au rendez-vous, les personnages sont extraordinaires, les dialogues sont formidables, le tout baignant dans des paysages exceptionnels. Allez, un petit bémol : la tendance de Walt Longmire à faire de l’humour en toutes circonstances peut agacer et…les pages de mon livre se sont détachées.

Je vous donne rendez-vous dans un certain temps pour vous parler de la suite, c'est-à-dire dans l’ordre Le camp des morts, l’Indien blanc, Enfants de poussière, Dark Horse, Molosses, Tous les démons sont ici.

Little Bird

Titre original : The Cold Dish

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sophie Aslanides

Éditions Gallmeister

422 pages

Publié dans polars américains

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Commenter cet article

Ricky 27/09/2015 01:32

Et bien, je partage votre enthousiasme car j'ai lu tous les bouquins de Craig Johnson avec un égal plaisir! Son héros Walter et son ami Standing Bear forment un duo des plus détonnants! À lire sans faute!

Jean (jackisbackagain) 29/09/2015 13:50

Bonjour Ricky,
Je constate que vous avez pris une fameuse avance sur moi, ce qui n'est pas pour me déplaire. Et je suis très heureux de lire que vous les avez tous lu avec le même plaisir. Amitiés.

Vincent 25/09/2015 16:05

Mon ami Jean,
Je vois que Craig Johnson a su te toucher avec les aventures de Walt Longmire et Henry Standing Bear. Le volume suivant "le Camp des morts", est tout aussi bon. Je compte bien lire "L'indien blanc" dans les prochaines semaines...
C'est toujours un plaisir de te lire...
Amitiés.

Jean (jackisbackagain) 25/09/2015 18:55

Chouette alors car je prévois de le lire avant la fin de l'année. Amitiés.

La Petite Souris 20/09/2015 16:10

Jean c'est toujours un régal et un bonheur de te lire ! ;)

Jean (jackisbackagain) 20/09/2015 16:13

Mon souriceau, tu es d'une belle indulgence à mon égard. J'ai rarement eu l'impression d'écrire une chronique aussi faiblarde, comme quoi...Je t'envoie mon meilleur morceau de gruyère, tiens !