Un temps de chien! Pascal Jahouel

Publié le par Jean Dewilde

Un temps de chien! Pascal Jahouel

Roman policier mais pas que…

La plupart d’entre vous connaissent bien cette petite phrase qui apparaît sur les couvertures des polars labellisés Éditions Lajouanie. Il peut aussi y avoir des variantes telles que : roman pas policier mais presque…

En cette première semaine de janvier, par un froid sibérien, le lieutenant *Bertrand-Hilaire Lejeune (on ne choisit pas son blaze) bat le pavé et erre dans les rues de Rouen, grimé en vieille femme. Ce déguisement grotesque doit lui permettre d’identifier et de mettre hors d’état de nuire les membres d’une bande d’arracheurs de sacs à main. Ce n’est ni par grandeur d’âme ni pour venir en aide à la vieillesse malmenée qu’il se les gèle du matin au soir, espérant une hypothétique agression sur sa personne. Non, l’ordre vient de plus haut, de tout en haut et c’est le commissaire Chassevent, son supérieur aviné qui lui a transmis son ordre de mission, non sans se délecter. Mais, cher lecteur, conviens-en, une accumulation de fémurs brisés n’est pas de nature à donner une image efficace de la police locale et puis, plus prosaïquement, on n’arrache pas les sacs des p’tites vieilles, cela ne se fait pas.

*BHL vient d’alpaguer son premier voyou lorsque son portable sonne et que Chassevent lui ordonne de laisser choir et de rappliquer à fond de train pour cause de nouvelles priorités. En l’occurrence, un banal accident domestique dû selon toute vraisemblance au mauvais fonctionnement d’un système de chauffage ; le tueur silencieux, le monoxyde de carbone. Alors, va-t’en savoir pourquoi, notre Bertrand-Hilaire Lejeune flaire le meurtre déguisé en accident et en toute logique ordonne l’autopsie du défunt répondant au patronyme de Tudor Lupu, citoyen roumain.

J’ai de la compassion pour BHL mais là, il cherche les emmerdes. D’autant que les vols à l’arraché continuent de plus belle et que le cadavre d’un autre Roumain, Laslo Rotaru, est retrouvé mort sans que l’on puisse ergoter même un tant soit peu sur les causes du décès : abattu d’une balle à bout portant. Les événements vont s’emballer : si BHL veut à tout prix garder son Roumain pour lui, ce dont tout le monde se fout éperdument, il n’en va pas de même pour le sieur Rotaru dont on soupçonne qu’il pourrait faire partie d’un réseau de prostitution international. Paris dépêche donc un inspecteur de la Criminelle qui se verra très vite affublé du sobriquet « La Fistule ». Son séjour à Rouen sera bref mais marquera les esprits.

Le lieutenant Bertrand-Hilaire Lejeune est la clé de voûte du roman. Mais il ne serait pas tout à fait complet sans la merveilleuse caisse de résonance que lui impose le commissaire Chassevent. Ces deux-là forment malgré eux un duo irrésistible et jubilatoire. Leurs passes d’armes, leurs joutes verbales sont des moments de pur bonheur. Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager le sourire qui barre mon visage en évoquant ces quelques considérations de BHL à l’égard de son supérieur, le commissaire Chassevent. ... « Aussi paradoxal que cela puisse paraître, pour qui pratique cet ours mal léché, il est acté que le néo nœud gordien de Chassevent prend source dans son altruisme. Dit comme ça, cela frise l’abscons. Mais ce primate a bel et bien découvert dévotement l’ivresse du « don de soi ». Ainsi il a fait vœu de servitude à la République et ses enfants. »… « Son projet est d’ailleurs sur les rails. Ce plouc s’est fait élire, à la faveur du suffrage et de la sottise tout autant universelle des électeurs, 2ème adjoint au maire sans étiquette de son patelin. Ce philanthrope en peau de lapin est en charge depuis, et ça ne s’invente pas, des « affaires culturelles et des cérémonies officielles ». L’un pourrait-il exister sans l’autre ? Non, trois fois non. Cette relation amour/haine s’adoucit rarement mais cela arrive, en fonction des nécessités de chacun. N’oublions pas qu’ils ont en commun un amour immodéré pour les boissons hautement alcoolisées et dans ce domaine précis, Chassevent a une bonne bouteille d’avance en ce sens qu’il est constant dans l’effort.

Dans cette escapade rouennaise, vous croiserez des personnages brossés avec savoir, capables de donner la réplique à BHL, ce qui, je vous l’assure, n’est pas à la portée du tout venant. Je me suis amusé comme un petit fou en lisant ce roman policier mais pas que…et le pas que…ce sont les flèches acérées décochées par l’auteur à l’encontre notamment des bobos écologistes : « …Sycophantes extrêmes, ces schizophrènes, fans absolus de Yan Arthus Bertrand, stigmatisent sans relâche les pays émergents. Ils pensent ainsi s’absoudre de leurs péchés originaux, dont leur grosse teutonne diesel à quatre roues motrices n’est pas le moindre ». Et quand il évoque une grande jardinerie-animalerie, ça donne ça : « …Sur la gauche, j’aborde l’allée qui dessert la subdivision « bestiaux en tous genres » du grand bric-à-brac. Et là, je n’y coupe pas. C’est le choc. Sauf le respect dû à Sapiens, je touche du doigt son infamie et sa bestialité. Toute son anthropophagie est mise en exergue dans cette jungle factice. L’entière sauvagerie humaine, dans ce qu’elle a de plus rance, est sous mes yeux à pied d’œuvre... ». « …Les pilafs se décolorent en fracassant leurs ailes sur les barreaux des volières géantes maculées d’excréments. Ils évoquent par leurs sifflements, la liberté aux plus étroits du bonnet. Je crois y déceler moi le blues des opprimés… ».

Ces courts extraits ne sont pas représentatifs de l’immersion argotique dans laquelle vous baignerez avec allégresse. La langue est fleurie, inventive, le vocabulaire peut étonner par des mots « oubliés », comme les légumes, c’est fort à la mode.

Je vous laisse avec deux expressions de BHL qui me ravissent : Pour dire qu’il n’en a rien à faire, BHL préférera « Moi, je m’en bats les steaks » et pour évoquer la tenue d’une jeune chef de gang, il dit : « Jupe courte plissée écossaise à ras la salle de jeux, collant orange et pull en V vert pomme, elle a une excentricité typiquement japonisante. »

Un temps de chien ! est le quatrième opus des aventures de Bertrand-Hilaire Lejeune. Pour ma part, non seulement j’ai découvert un auteur qui m’a complètement séduit mais il me reste trois aventures de BHL à lire sans compter celles à venir et ça, ça me rend de fort bonne humeur.

Ne manquez surtout pas l'avis de Pierre de Black Novel, c'est ici:

Roman policier mais pas que…

La plupart d’entre vous connaissent bien cette petite phrase qui apparaît sur les couvertures des polars labellisés Éditions Lajouanie. Il peut aussi y avoir des variantes telles que : roman pas policier mais presque…

En cette première semaine de janvier, par un froid sibérien, le lieutenant *Bertrand-Hilaire Lejeune (on ne choisit pas son blaze) bat le pavé et erre dans les rues de Rouen, grimé en vieille femme. Ce déguisement grotesque doit lui permettre d’identifier et de mettre hors d’état de nuire les membres d’une bande d’arracheurs de sacs à main. Ce n’est ni par grandeur d’âme ni pour venir en aide à la vieillesse malmenée qu’il se les gèle du matin au soir, espérant une hypothétique agression sur sa personne. Non, l’ordre vient de plus haut, de tout en haut et c’est le commissaire Chassevent, son supérieur aviné qui lui a transmis son ordre de mission, non sans se délecter. Mais, cher lecteur, conviens-en, une accumulation de fémurs brisés n’est pas de nature à donner une image efficace de la police locale et puis, plus prosaïquement, on n’arrache pas les sacs des p’tites vieilles, cela ne se fait pas.

*BHL vient d’alpaguer son premier voyou lorsque son portable sonne et que Chassevent lui ordonne de laisser choir et de rappliquer à fond de train pour cause de nouvelles priorités. En l’occurrence, un banal accident domestique dû selon toute vraisemblance au mauvais fonctionnement d’un système de chauffage ; le tueur silencieux, le monoxyde de carbone. Alors, va-t’en savoir pourquoi, notre Bertrand-Hilaire Lejeune flaire le meurtre déguisé en accident et en toute logique ordonne l’autopsie du défunt répondant au patronyme de Tudor Lupu, citoyen roumain.

J’ai de la compassion pour BHL mais là, il cherche les emmerdes. D’autant que les vols à l’arraché continuent de plus belle et que le cadavre d’un autre Roumain, Laslo Rotaru, est retrouvé mort sans que l’on puisse ergoter même un tant soit peu sur les causes du décès : abattu d’une balle à bout portant. Les événements vont s’emballer : si BHL veut à tout prix garder son Roumain pour lui, ce dont tout le monde se fout éperdument, il n’en va pas de même pour le sieur Rotaru dont on soupçonne qu’il pourrait faire partie d’un réseau de prostitution international. Paris dépêche donc un inspecteur de la Criminelle qui se verra très vite affublé du sobriquet « La Fistule ». Son séjour à Rouen sera bref mais marquera les esprits.

Le lieutenant Bertrand-Hilaire Lejeune est la clé de voûte du roman. Mais il ne serait pas tout à fait complet sans la merveilleuse caisse de résonance que lui impose le commissaire Chassevent. Ces deux-là forment malgré eux un duo irrésistible et jubilatoire. Leurs passes d’armes, leurs joutes verbales sont des moments de pur bonheur. Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager le sourire qui barre mon visage en évoquant ces quelques considérations de BHL à l’égard de son supérieur, le commissaire Chassevent. ... « Aussi paradoxal que cela puisse paraître, pour qui pratique cet ours mal léché, il est acté que le néo nœud gordien de Chassevent prend source dans son altruisme. Dit comme ça, cela frise l’abscons. Mais ce primate a bel et bien découvert dévotement l’ivresse du « don de soi ». Ainsi il a fait vœu de servitude à la République et ses enfants. »… « Son projet est d’ailleurs sur les rails. Ce plouc s’est fait élire, à la faveur du suffrage et de la sottise tout autant universelle des électeurs, 2ème adjoint au maire sans étiquette de son patelin. Ce philanthrope en peau de lapin est en charge depuis, et ça ne s’invente pas, des « affaires culturelles et des cérémonies officielles ». L’un pourrait-il exister sans l’autre ? Non, trois fois non. Cette relation amour/haine s’adoucit rarement mais cela arrive, en fonction des nécessités de chacun. N’oublions pas qu’ils ont en commun un amour immodéré pour les boissons hautement alcoolisées et dans ce domaine précis, Chassevent a une bonne bouteille d’avance en ce sens qu’il est constant dans l’effort.

Dans cette escapade rouennaise, vous croiserez des personnages brossés avec savoir, capables de donner la réplique à BHL, ce qui, je vous l’assure, n’est pas à la portée du tout venant. Je me suis amusé comme un petit fou en lisant ce roman policier mais pas que…et le pas que…ce sont les flèches acérées décochées par l’auteur à l’encontre notamment des bobos écologistes : « …Sycophantes extrêmes, ces schizophrènes, fans absolus de Yan Arthus Bertrand, stigmatisent sans relâche les pays émergents. Ils pensent ainsi s’absoudre de leurs péchés originaux, dont leur grosse teutonne diesel à quatre roues motrices n’est pas le moindre ». Et quand il évoque une grande jardinerie-animalerie, ça donne ça : « …Sur la gauche, j’aborde l’allée qui dessert la subdivision « bestiaux en tous genres » du grand bric-à-brac. Et là, je n’y coupe pas. C’est le choc. Sauf le respect dû à Sapiens, je touche du doigt son infamie et sa bestialité. Toute son anthropophagie est mise en exergue dans cette jungle factice. L’entière sauvagerie humaine, dans ce qu’elle a de plus rance, est sous mes yeux à pied d’œuvre... ». « …Les pilafs se décolorent en fracassant leurs ailes sur les barreaux des volières géantes maculées d’excréments. Ils évoquent par leurs sifflements, la liberté aux plus étroits du bonnet. Je crois y déceler moi le blues des opprimés… ».

Ces courts extraits ne sont pas représentatifs de l’immersion argotique dans laquelle vous baignerez avec allégresse. La langue est fleurie, inventive, le vocabulaire peut étonner par des mots « oubliés », comme les légumes, c’est fort à la mode.

Je vous laisse avec deux expressions de BHL qui me ravissent : Pour dire qu’il n’en a rien à faire, BHL préférera « Moi, je m’en bats les steaks » et pour évoquer la tenue d’une jeune chef de gang, il dit : « Jupe courte plissée écossaise à ras la salle de jeux, collant orange et pull en V vert pomme, elle a une excentricité typiquement japonisante. »

Un temps de chien ! est le quatrième opus des aventures de Bertrand-Hilaire Lejeune. Pour ma part, non seulement j’ai découvert un auteur qui m’a complètement séduit mais il me reste trois aventures de BHL à lire sans compter celles à venir et ça, ça me rend de fort bonne humeur.

Ne manquez surtout pas la chronique de Pierre de Black Novel :

https://blacknovel1.wordpress.com/2015/11/04/un-temps-de-chien-de-pascal-jahouel-editions-lajouanie/

Un temps de chien !

Pascal Jahouel

Éditions Lajouanie (août 2015)

Un temps de chien !

Pascal Jahouel

Éditions Lajouanie (août 2015)

Publié dans polars français

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Commenter cet article

Jean (jackisbackagain) 04/12/2015 16:56

Salut Pierre,
Comme tu le dis, l'ensemble des parutions Lajouanie se démarquent des polars traditionnels et c'est un grand mérite de cet éditeur qui fait la part belle à des auteurs pas fort connus mais qui ont tous en commun beaucoup de talent. D'où une variété dans les écritures, dans les thèmes et de très beaux objets aussi. C'est ta chronique à la base qui m'avait donné envie de lire ce titre. Merci. Amitiés;

Pierre FAVEROLLE 04/12/2015 06:34

Salut mon ami Jean le Belge, voici une sacrée chronique qui donne envie de lire. Et merci pour le lien qui fonctionne dans la deuxième partie du billet. Car tu as copié deux fois ton billet. A bientôt

Bob 03/12/2015 17:56

Salut Jean,
Je suis assez porté sur les branquignoleries et du coup ça me tente. Oui mais voilà, je fais souvent le difficile dans ce domaine. Faudrait que j'expérimente... Amitiés.

Jean (jackisbackagain) 04/12/2015 16:39

Salut Bob,
Je ne connais pas ton niveau d'exigence mais ce polar mais pas que...devrait largement te combler. Une belle plume, une intrigue sympa, des personnages redoutables. Amitiés.
PS Arrête de faire ton difficile !!!

Vincent Garcia 03/12/2015 16:47

Mon ami Jean, que voilà une chronique rafraîchissante et réjouissante! Tu me tentes fort là, et il n'y a pas l'ombre d'un doute, cet auteur viendra bientôt peupler mes étagères.
Style décalé et plein d'humour, verbe innovant... Voilà qui devrait me combler d'aise.
La bise ...

Jean (jackisbackagain) 04/12/2015 16:35

Vincent,
Ce roman est épatant et si tu as lu la chronique de l'ami Pierre, effectivement, ce bouquin est pour toi. Le seul problème c'est que les étagères ne connaissent qu'un verbe: se peupler. Se dépeupler, elles ne savent pas ce que cela veut dire. Amitiés.