Jeu d'ombres - Ivan Zinberg

Publié le par Jean Dewilde

Jeu d'ombres - Ivan Zinberg

Comté de Hood River, Oregon.

Mardi 24 juin 2014, 10h23.

« Notre pyromane n’a tué personne la nuit dernière. Il s’est contenté d’exhumer un corps qui pourrissait sous des tonnes de terre depuis des lustres. Puis il l’a fait flamber, tout simplement. ». Tel est le verdict du médecin légiste. Pour le lieutenant Paul Lorenzo et les sergents Willemson et Park commence une enquête éprouvante et particulièrement tortueuse.

Paul Lorenzo est l’un des personnages marquants de ce thriller implacable et irrésistible. Lorenzo est un homme dévasté, sa femme Sarah et deux de ses enfants, Alison et Justin ont perdu la vie le samedi 8 octobre 2011, fauchés par une Aston Martin qui venait d’être volée par un Afro-Américain de dix-huit ans. Le bolide s’est encastré dans la vitrine d’un cinéma faisant huit morts, dix blessés graves. Seul Miles, le cadet de la famille, trois ans, s’en est sorti miraculeusement indemne. A charge pour Paul de s’occuper désormais seul du garçonnet. Le policier brillant a laissé la place à un homme terrassé par le chagrin avec l’alcool pour béquille.

Université de Seattle, État de Washington

Lundi 23 juin 2014, 13h 55.

Scott Borland s’apprête à passer l’épreuve finale de zoologie, décontracté, sans stress puisqu’il connaît son résultat à l’avance, A+, la meilleure note possible. Trois ans qu’il les collectionne. Scott Borland n’est pas un étudiant brillant, mais tout bonnement un tricheur à l’ingéniosité inouïe, un as de l’informatique, un hacker de haut vol. Observer, épier, écouter. C’est ainsi qu’à son insu il va devenir le témoin privilégié du meurtre du professeur Robert Thompson, catapulté au premier rang d’une affaire criminelle.

Le capitaine John Fleming est en charge de l’affaire Thompson. Cent quarante kilos pour un mètre quatre-vingts. Diabétique et bourré de cholestérol. Par miracle, il ne fume pas. Cette affaire tombe mal, très mal. Nous sommes à moins d’un an des élections et il est le favori pour emporter la mairie de Blaketown…à condition d’élucider ce meurtre qui ressemble à une exécution méthodique et qui exclut les scénarios basiques. Pourtant, vingt-quatre heures après la découverte du corps supplicié du professeur, Fleming n’a rien : pas de mobile, pas de témoin, pas d’indice. Le seul élément qui pose réellement question est la disparition de deux collègues et amis du professeur Thompson ; ils s’appellent Malcom Miller et Glenn Wilk et ni l’un ni l’autre ne présentent le profil d’un meurtrier en cavale. L’impasse. Dès lors, quand il reçoit un mail signé S lui proposant son aide, Fleming n’a plus trop l’embarras du choix.

Du côté de l’Oregon et de Paul Lorenzo, l’enquête sur le cadavre incendié progresse plus vite : il s’agit du peintre Joseph Karl Ziegler disparu trois ans et demi plus tôt inventeur d’un courant artistique d’inspiration gothique, le CRASH. Sur le corps calciné, les policiers ont également retrouvé une pièce d’identité au nom de Martin Bosc disparu le même jour que le célèbre peintre. En allant interroger la tante de Martin, Lorenzo découvrira, dans la chambre qu’il occupait, un véritable culte voué au peintre sous forme d’articles de journaux, de photos, de pages internet et de notes manuscrites. « Un admirateur doublé d’un adepte. Voilà ce qu’était Bosc pour le peintre Ziegler. Un fan absolu qui collectionnait tout sur son idole et jalousait sa passion dans le secret d’un petit coffret ». Admirateur et fan mais jusqu’où ? Entre en scène la psychiatre Anouk Stern qui comptait Martin parmi ses patients.

Et qui est Jack, ce tueur froid, implacable et inidentifiable qui obéit à des voix ?

Tout au long de cette traque qui s’étale du lundi 23 juin 2014 au lundi 30 juin 2014, l’enquête se développe alternativement dans les États de Washington et de l’Oregon pour trouver son presque dénouement à Seattle, capitale du premier État nommé.

Une des grandes forces de ce Jeu d’ombres réside dans la capacité de l’auteur à créer des personnages forts et crédibles. Tous sont obsédés par quelque chose ou quelqu’un avec, pour certains d’entre eux, le poids supplémentaire d’une énorme culpabilité. Pour Lorenzo, la perte de sa femme et de deux de ses enfants, pour Fleming, l’obsession de la mairie de Blaketown, pour Anouk Stern, l’obsession de retrouver Martin Bosc qui fut son patient avant de disparaître des écrans radar il y a plus de trois ans et d’expérimenter sur lui ses recherches inlassables sur les troubles de la personnalité glissante (TPG), pour Martin Bosc l’obsession de prendre possession de la personnalité de son icône, le peintre Ziegler.

Dieu ou un autre sait que je suis particulièrement exigeant dès lors qu’il s’agit de thrillers. Ivan Zinberg a réussi à m’embrigader dans cette intrigue terrifiante et d’une très grande originalité. Certains esprits pas forcément chagrins répliqueront qu’un hacker menant l’enquête de police par courriels et texto interposés relève de la plus haute fantaisie et que cela ne se peut pas. Je peux entendre l’objection et je réponds que c’est dans la manière de mettre en place ce partenariat que l’auteur réussit à nous le rendre parfaitement crédible.

Je devine certains sourcils arqués à la lecture des troubles de la personnalité glissante (TPG). Sur ce point, je suis assez d’accord, je n’aurais pas été opposé à un peu moins de théories et considérations psychiatriques qui allongent inutilement le récit.

Le dénouement, j’en suis certain, divise. Épatant ? Folklorique ? Tiré par les cheveux ? Pour ma part, je botte en touche en disant - et cela va surprendre tous les fans de thrillers – qu’il ne me paraît pas le plus important. L’auteur avait différents choix. L’option qu’il a choisie en vaut une autre.

Chapeau bas à Ivan Zinberg qui a réussi à me garder avec lui tout au long de cette intrigue qui flirte avec les cinq cents pages. A noter aussi qu’est sorti il y a peu, en novembre 2015, Etoile morte aux éditions Critic.

Jeu d’ombres

Ivan Zinberg

Éditions Critic (2014)

Publié dans polars français

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Commenter cet article

Bob 31/01/2016 17:19

Salut Jean,
Ce n'est pas trop ma pitance ce genre-là et j'ai horreur des longueurs inutiles mais tu as semblé aimer être pris au piège du récit. Je n'ai jamais lu cet auteur et je pense que j'attendrai un peu avec tout ce que j'ai à me mettre sous la dent.

muriel 31/01/2016 15:24

A lire donc étoile morte mon coup de coeur 2015

Jean (jackisbackagain) 31/01/2016 15:30

Merci, Muriel, pour ton commentaire quasi instantané. Je le note bien évidemment. Qu'as-tu pensé de "Jeu d'ombres" si tu l'as lu bien sûr ?