Au-dessus des horizons verticaux - Olivier Maurel

Publié le par Jean Dewilde

Au-dessus des horizons verticaux - Olivier Maurel

Derrière ce titre pour le moins étrange se déroule un roman flamboyant, baroque, crépusculaire, lyrique, violent, outrancier,…J’arrête là l’énumération des qualificatifs qui me viennent spontanément à l’esprit. Un très léger soupçon de fantastique qui adoucit, si peu, quelques scènes pas piquées des hannetons. Olivier Maurel que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam nous propose une intrigue extraordinaire avec des personnages extraordinaires. Ses Horizons verticaux portent assurément la patte d’un tout grand et subjuguent par son originalité, sa folie, sa maîtrise. Un bouquin bluffant, décoiffant, une tuerie, au propre comme au figuré.

En tête des chapitres, nous avons droit à une citation provenant de l’apocalypse selon Saint-Jean. Hé bien, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’écrit pas dans la dentelle, le Jean. Pas vraiment un poète, le mec.

Zac Bechler est commandant de la Crim’ ; Vous aurez du mal à le croire après avoir lu ce qui suit : 45 ans, c’est Noël, il est seul et c’est son anniversaire. A l’exception du cou, des mains et des bras, son corps est entièrement recouvert de tatouages réalisés à l’encre de chine noire. Il picole à la vodka, n’a pas envie de rire…depuis longtemps, depuis le matin de ses dix ans où à son réveil, il a trouvé sa mère abattue de trois balles dans la tête, sa petite sœur étouffée sous un oreiller et son père qui s’est suicidé après son double forfait. Pour quelle raison son père l’a épargné ? Il ne le saura jamais.

Franck Thibault, son second, n’a pas la tâche facile ; il ne peut bien sûr en aucun cas remplacer Paul Martinez, le seul ami de Zac, exécuté de quatre balles tirées à bout portant dans la tête par un mafieux bulgare, Sergueï Stetchkov. Bien que sérieusement blessé lui-même, Zac a réussi à toucher Stetchkov avant de lui rouler dessus en voiture, marche avant, marche arrière, seize fois au total, lui sectionnant pratiquement les jambes ; les chirurgiens ont achevé – proprement – le travail et Stetchkov n’est plus désormais qu’un homme-tronc, une limace. Et pourtant, il a réussi à se tirer de l’hôpital dans lequel il avait été admis alors que des gardiens de la paix étaient de faction devant sa chambre.

Pour que vous ne puissiez pas me reprocher de vous avoir caché des choses, je noircis encore un peu le tableau : la fille de Zac, Lucie, a échappé à la mort de justesse. Enlevée par Stetchkov, violée et torturée, celui-ci l’a balancée, inconsciente dans la Seine. Des passants courageux puis la brigade fluviale l’ont sauvée de la noyade. Depuis, elle est plongée dans un sommeil artificiel dans un hôpital parisien. Zac vient la voir deux fois par jour. Sa femme et la mère de Lucie, Guadalupe, est une Mexicaine rencontrée dix-sept ans plus tôt. Elle n’a pas supporté la vie parisienne et est retournée vivre à Mexico sans préavis un matin de décembre.

A ce stade, je mets ma main au feu que pas mal d’entre vous arrêteront de me lire. Je les entends déjà : « Trop, c’est trop ». Je contre-attaque : c’est précisément ce trop, cet excès de tout et dans tout qui rend la lecture de ce roman ingérable, comestible et savoureuse. Quarantino n’est pas loin, les frères Coen non plus.

Une épidémie fait rage un peu partout dans le monde ; point d’Ebola ou de Zica, une épidémie que d’aucuns considèreraient comme salvatrice puisqu’elle frappe des truands, des tueurs à gages et des terroristes un peu partout dans le monde. Toutes les victimes sont trouvées atrocement mutilées. Sur chaque scène de crime, un médaillon représentant un crucifix en or et une sorte d’épitaphe mystique : « J’accepte le châtiment qui m’a conduit au-dessus des horizons verticaux ». Un coup terrible pour Zac, projeté en une nanoseconde trente-cinq ans en arrière, en ce funeste jour où sa famille a été massacrée. Cette même épitaphe, ce même message laissé par son père en guise d’explication. Un vide s’ouvre, une interrogation s’impose : son père était-il l’assassin ?

Il est toujours extrêmement désagréable de jouer dans un jeu dont on ne connaît pas les règles et a fortiori de jouer quand on n’en a pas envie. De réaliser qu’on est perdant à tous les coups quel que soit le pion qu’on avance. La sensation pesante que l’adversaire, invisible, vous balade pile là où il veut que vous alliez. De n’être qu’une marionnette, un pantin, un chien dans un jeu de quilles. Zac Bechler s’accommodera de ce rôle ingrat, il n’a pas le choix.

Si la lecture est une invitation au voyage, ce dont je suis intimement convaincu, Au-dessus des horizons verticaux vous emmènera loin, très loin.

Tout ce que vous avez besoin de savoir sur l’auteur et le livre, vous le trouverez sur le site de La Boutique du Polar : http://www.laboutiquedupolar.com/bookshop/polar-et-romans-policiers/63-le-dernier-roman-de-olivier-maurel-aux-dessus-des-horizons-verticaux-est-sur-la-boutique-du-polar-a-prix-reduit-9782370470621.html

Et ne manquez en aucune façon les propos passionnants que l’auteur a tenus sur le divan du concierge masqué, j’y ai appris entre mille et une autres choses que nous retrouverons Zac Bechler dans une nouvelle enquête. Et ça, c’est une excellente nouvelle !

http://www.concierge-masque.com/2016/01/07/au-dessus-des-horizons-verticaux-de-olivier-maurel-chez-lajouanie-edition/

Au-dessus des horizons verticaux

Olivier Maurel

Éditions Lajouanie 2015

Publié dans polars français

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J
Mon ami Vincent,
Je me suis laissé emporter par cette intrigue qui a tout pour te plaire, j'en mets ma main au feu. L'allusion à Quarantino et les frères Coen est tout à fait de mise. La question qui me hante est la suivante: comment Olivier Maurel en est-il arrivé à imaginer cette intrigue unique, qui ne ressemble à rien d'autre ? Il n'est pas impossible que je le luis demande, tiens ! Déjà bonne lecture.
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V
Mon cher Jean,
Cette démesure est vraiment tentante. Et la comparaison que tu fais avec Tarantino et Coen, deux cinéastes que j'adore, me conforte dans ce sens.
Je vais me mettre en quête de ce petit bijou.
La bise, l'ami...
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