Cavales - Marie Vindy

Publié le par Jean Dewilde

Cavales - Marie Vindy

Le 12 janvier 2013, je vous livrais ma chronique d’ Une femme seule paru chez Fayard Noir en 2012.

http://jackisbackagain.over-blog.com/article-une-femme-seule-marie-vindy-114308795.html

Je la terminais en souhaitant ne pas devoir attendre trop longtemps avant de refaire un bout de chemin avec elle. C’est chose faite avec ce formidable et attractif Cavales dans lequel j’ai retrouvé non sans émotion quatre personnages découverts dans Une femme seule. Marianne Gil, écrivain, nom de plume Marianne Nelson, le capitaine Francis Humbert, qui assure le commandement du groupe criminalité organisée et itinérante à la section de recherches de Dijon, Sylvie, la meilleure amie de Marianne et Alexandre Ladro, adjudant-chef et second d’Humbert, surnommé « Le Grand » en raison de son mètre quatre-vingt-quinze sous la toise.

Humbert s’apprête à prendre quinze jours de congé auprès de Marianne dans leur propriété nouvellement acquise de la Loge-Suzon, en Bourgogne. Il n’aura même pas le temps de poser ses valises. Le braquage d’un Super U tourne mal. Un policier est abattu d’une balle en pleine tête. Les malfaiteurs cagoulés ont pris la fuite à bord d’une Seat que l’on retrouve incendiée.

Solène est enseignante, elle doit se rendre à un conseil de classe. A dire vrai, elle n’en a pas ou plus la force. Elle souhaite tout oublier, son mari Jean-Claude Viart, son fils Arnaud Viart, 19 ans et qu’on l’oublie, elle aussi. Au volant de sa voiture, elle erre sur les routes de Bourgogne. Son destin, il n’y a pas d’autres mots, va croiser celui de Mathieu, l’un des auteurs du braquage raté.

Au-delà de l’enquête policière proprement dite, Marie Vindy nous plonge dans ces zones d’ombre où le noir n’est pas tout à fait noir et le blanc pas tout blanc. Tout comme dans Une femme seule, le lecteur est pris à la gorge dès les toutes premières pages. Impossible d’échapper à l’emprise des événements brutaux et dramatiques qui frappent la Côte d’Or. Et pourtant, rien de plus banal malheureusement qu’un braquage, les faits divers en sont remplis. La mort d’un policier en service commandé change la donne et pas seulement pour les enquêteurs pressés par leur hiérarchie, elle-même sommée par le politique de résoudre cette affaire dans les délais les plus brefs. La mort d’un flic change aussi la donne pour le malfrat qui l’a abattu. D’une part, il sait qu’il a toutes les polices de l’hexagone à ses trousses et, d’autre part, il a pleinement conscience qu’il va prendre la peine maximum.

L’enquête policière s’avère beaucoup plus difficile que prévu. Elle se complique, j’ai plutôt envie de dire qu’elle s’enrichit sous la plume de l’auteure. Car comment imaginer que ce policier tué dans l’exercice de ses fonctions et auquel on s’apprête à rendre un vibrant hommage officiel et solennel ait pu se montrer un mari violent ? Comment empêcher Nathalie Joly, veuve en colère et mère de deux jeunes enfants de se confier à Noëlle Rondot, rédactrice du Bien Public ? Ou vaut-il mieux la laisser s’exprimer dans le journal local ? Comment expliquer que les mains courantes pour violences conjugales déposées par cette femme soient restées sans suite et sans réponse ? L’adjudant Betty Solvana , vingt-deux ans aujourd’hui, mère à dix-sept, a élevé sa fille seule et dans son esprit, les hommes ont tous quelque chose de celui qui l’a laissée en plan avec un môme. C’est très naturellement qu’elle se rapproche de cette femme pour laquelle elle éprouve empathie et compassion.

Autre magnifique portrait de femme, celui de Solène Viart. Pour Francis Humbert et son équipe, il ne fait aucun doute, elle est l’otage de celui que l’on identifiera plus tard comme étant Mathieu Morisset, vingt-quatre ans et déjà un fameux pedigree de délinquant. Les caméras de surveillance d’une station-service ne mentent pas, on y voit clairement Morisset monter dans la voiture de Solène Viart. Mais bon sang, il leur en faudra du temps aux enquêteurs pour prendre au sérieux la déposition du mari de Solène, Jean-Claude Viart qui très vite a signalé la disparition de sa femme. Maire de La Loge-Suzon, c’est un type aviné avec une propension à l’agressivité. Il se comporte bizarrement au point d’éveiller la curiosité des enquêteurs ; inquiet dans un premier temps, il semble bien trop vite s’accommoder de la disparition de son épouse et de son statut de mari abandonné.

Solène est bien aux mains du jeune braqueur. Une relation étrange s’installe entre elle et son ravisseur. Elle pourrait largement être sa mère et il semble qu’il ne lui veuille aucun mal. Si le jeune Mathieu joue sa peau, l’enjeu n’est pas le même pour Solène. Comme elle ne sait pas exactement la raison pour laquelle il est poursuivi, elle n‘est pas inquiète à l’excès ; n’y voyez pas l’expression du syndrome de Stockholm, Solène est tout simplement une femme perdue, au bout du rouleau ; elle en a eu assez d’être insignifiante, d’être toujours là où on l’attend sans compter pour personne. Elle ne pense même pas à s’échapper. Pour faire quoi ? Elle ne sait pas ce que les mots liberté et indépendance veulent dire, qu’en ferait-elle de cette liberté, elle n’a pas appris à s’occuper d’elle-même.

Je n’oublie pas Marianne, la compagne d’Humbert ; dans Cavales, elle est essentiellement un point de fixation pour Humbert lors de ses très rares visites à la Loge-Suzon, enquête oblige. Je ne veux pas m’attarder sur elle dans cette chronique ; femme complexe, sensible, fragile, déterminée, faites sa connaissance dans Une femme seule, cela ne peut que vous faire du bien.

Marie Vindy confirme dans cet ouvrage tout son talent à bâtir et maîtriser une intrigue criminelle. Elle a l’imagination et la rigueur. J’ai lu une enquête quasi en temps réel avec ses incertitudes, le stress qu’elle génère, la fatigue et l’épuisement, l’espoir aussi. Et surtout et en cela Marie Vindy est une auteure engagée, elle met en scène avec une sincérité et une justesse formidables des femmes dont les destins se brisent au mieux contre les murs de l’indifférence, au pire contre le silence complice de ceux qui devraient les protéger.

Vous ne connaissez pas Marie Vindy, je vous conseille vivement de lire sa biographie et quelques extraits de l’entretien qu’elle a accordé à Marie-Claire Lhomme, c’est ici :

http://www.marievindy.com/biographie/

Je conclus cette chronique par un clin d’œil à l’auteure que je remercie de remercier Nathalie Sarlin qui, je cite, « …a eu la bonne idée de m’envoyer la photo d’une voiture en feu… ».

Cavales

Marie Vindy

La Manufacture de Livres 2014

Publié dans polars français

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B
Salut Jean,
Alors que Marie Vindy était présente à notre salon du polar, je n'ai pas encore découvert son univers et je le regrette. Elle a bien précisé lors d'un débat qu'elle s'appuyait toujours sur un fait divers. Et de plus étant chroniqueuse judiciaire ses fictions sont très proches du réalisme. Tu as renforcé mon envie de la lire. Amitiés.
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J
Salut Bob,
Effectivement, cette enquête est construite comme une vraie enquête policière, ce qui rend Cavales tout à fait passionnant. En plus, elle aborde des thèmes qui lui sont chers mais sans trémolo ou pathos. Ce sont des coups de gueule ô combien nécessaires. Comme je commence à connaître un peu tes goûts, je te conseillerais de lire cet opus qui me semble mieux te correspondre. Amitiés.
V
Bonjour l'ami Jean,
J'avais lu "Une femme seule", de cette même auteure, qui s'est avéré d'une lecture pas désagréable, et qui n'a pas déclenché chez moi un enthousiasme excessif. L'intrigue et le cadre étaient tout à fait bien traités, mais j'avais trouvé son héros le Capitaine Humbert un tantinet agaçant. Peut-être que la lecture de ce deuxième roman amènerait une perspective différente... A suivre..
Amitiés.
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J
L'ami Vincent,
Humbert pouvait donner cette impression mais, à sa décharge, approcher Marianne n'était pas chose aisée. Dans "Cavales", ils se voient fort peu, les nécessités de l'enquête contraignant Humbert à dormir dans la caserne la plupart du temps. Amitiés.