Rouge écarlate - Jacques Bablon

Publié le par Jean Dewilde

Rouge écarlate - Jacques Bablon

Après le formidable Trait bleu : http://jackisbackagain.over-blog.com/2015/04/trait-bleu-jacques-bablon.html, Jacques Bablon nous revient avec un deuxième polar qu’on attendait avec au moins autant d’impatience que le printemps. Rouge écarlate que cela s’appelle et comme les couleurs se déclinent à l’infini, cet auteur atypique n’a pas fini de nous envoyer des claques.

Comme dans Trait bleu, l’intrigue peut se passer n’importe où, l’auteur refusant de l’enfermer dans un cadre géographique donné ; J’entends déjà des voix qui s’élèvent et s’exclament « Oui, mais il faut quand même un climat propice à la culture des fraises ! ». Dois-je répondre ? Non.

Joseph Salkov vit seul, on le devine bougon ; un peu étrange aussi dans la mesure où il préfère dire aux gens que sa femme Alicia l’a plaqué et est partie pour un autre plutôt que de dire qu’elle est morte soudainement d’un AVC. Ça lui semble moins dur. Il connaît les noms latins de tout ce qui pousse sur son lopin de terre, héritage d’Alicia. Depuis sa mort, il a tout laissé pousser et a développé la phobie des tiques, ces saloperies qui peuvent vous fourguer la maladie de Lyme, gare au pli de l’aine. Ses relations avec ses voisins, Marcus et Rosy Gulbis étaient excellentes mais voilà, Marcus, bien involontairement, a écrasé en faisant marche arrière le chien de Joseph, un jeune boxer joueur répondant au nom de Rex ; depuis lors, Joseph a des envies de meurtre. Le couple a un garçon de six ans, Angelo. Rosy et Joseph, malgré leur grande différence d’âge – Joseph aurait pu être son père - ont été un temps amants mais le soufflé est retombé.

Joseph a une fille, Salma, la trentaine saine ; au moment où nous faisons sa connaissance, elle fait son jogging et passe en courant le long d’un champ où des femmes font la cueillette des fraises ; enivrée par l’odeur, elle s’arrête, elle n’aurait pas dû.

En matière d’étrangeté, Marcus Gulbis n’a rien à envier à son voisin. Il est comptable dans une usine de bouffe en conserve. « Ça pue. Boulettes de viande en sauce, c’est le produit phare. » A-t-il raison de soupçonner sa maîtresse d’être à la solde de mystérieux Coréens ? Est-il tout simplement parano ? Le fait est que la famille Gulbis se fera massacrer, seul le petit Angelo en réchappe miraculeusement. Joseph a entendu les détonations, il les a comptées, cinq au total ; il s’est précipité chez ses voisins et a découvert le carnage. Mais après ? Quelle tique l’a piqué ? Il rentre chez lui, ensache quelques fringues et son Beretta et trouve refuge dans un bois de pins. Dans son empressement, il a oublié d’éteindre le gaz sous la cuisinière avec les conséquences que vous devinez. La plus bénigne est qu’il a complètement cramé ses cookies, l’intermédiaire est que sa maison est partie en fumée et la plus grave est qu’il est désormais le suspect numéro un dans une affaire de meurtre. On ne peut pas tout à fait donner tort à l’inspecteur Schifano de penser que Joseph est l’auteur de ce quasi triple assassinat. Il sera arrêté et interrogé. A la question de l’inspecteur :

« Sur qui avez-vous tiré, monsieur Salkov ? », Joseph répond :

« Sur un lave-linge. Le même jour, j’ai voulu tuer un chien qui en enculait un autre, mais il m’a mordu. Trois jours après, sur un poisson. J’ai tiré dans l’eau les deux coups d’avant, parce que j’ai commencé par le rater. » Déconcertant, notre Joseph.

Le témoignage tardif d’une voisine qui déclare avoir vu Joseph la veille du meurtre partir en voiture avec Rosy le matin et revenir le soir amène tout naturellement l’inspecteur Schifano à l’interroger à nouveau. Sûr de tenir son homme, le policier se frotte déjà les mains.

« - Vous avez passé la journée avec Rosy Gulbis ?

- Oui, je l’aimais. Ma première intention était d’étrangler Rosy pendant le voyage parce que je n’étais pas arriver à bander la fois où elle m’avait dit que les rats avaient grignoté le tuyau de gaz… »

Schifano se retient de hurler. Heureusement pour sa santé mentale, une autre piste se dessine, plus concrète, plus plausible et surtout vérifiable.

L’histoire de Salma Salkov, la fille de Joseph, je ne vous en pipe mot. Le fait est que père et fille sont impliqués jusqu’au cou dans des affaires qui les dépassent complètement. Et si Salma semble mieux armée pour s’extirper du guêpier dans lequel elle s’est fourrée, ce n’est pas le cas de Joseph qui perd pied ; il est submergé par l’émotion et la culpabilité : il a pensé tuer Marcus parce que celui-ci avait écrasé son petit chien, Marcus est mort, il voulait étrangler Rosy, Rosy est morte et il a même songé à tuer le petit Angelo, Angelo est mort, du moins le pense-t-il. A-t-il une influence néfaste sur les événements ? Il en est convaincu.

J’ai retrouvé dans ce deuxième opus ce qui m’avait enchanté dans Trait bleu. Une intrigue sortie d’on ne sait où, un style percutant, des personnages décalés, fragiles, vulnérables. Et en filigrane des thèmes importants tels que la solitude, l’exploitation de l’homme par l’homme, l’amour, un certain sens du courage aussi. Plus qu’un polar, un roman qui nous parle de la vie et qui fait un bien fou.

Toutes les informations que vous souhaitez obtenir sur le nouveau Jacques Bablon se trouvent sur La Boutique du Polar : http://www.laboutiquedupolar.com/bookshop/polar-et-romans-policiers/155-rouge-ecarlate-de-jacques-bablon-est-sur-la-boutique-du-polar-des-centaines-de-livres-romans-policiers-thriller-un-polar-fulgura-9791092016604.html

Rouge écarlate

Jacques Bablon

Éditions Jigal 2016

Publié dans polars français

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Pierre FAVEROLLE 13/03/2016 18:01

Très bientôt el lecture, mon acher ami Jean le Belge ! Amitiés

Jean (jackisbackagain) 13/03/2016 18:16

Ta petite intrusion me fait grand plaisir, mon cher Pierre. Rouge écarlate est assez irrésistible, je trouve, et ton avis ainsi que celui de l'ami Claude vaudront la peine d'être lus, je le sais. Amitiés.

Claude LE NOCHER 13/03/2016 16:58

Je vais bien sûr le lire, mon cher Jean !
J'avais adoré "Trait bleu", qui figure dans mon Top 15 de l'an dernier.
Amitiés.

Jean (jackisbackagain) 13/03/2016 18:19

Bonjour l'ami Claude,
J'avais effectivement vu la belle place de Trait bleu dans ton top 15 et c'est amplement mérité. Amitiés.