A l'ombre des patriarches - Pierre Pouchairet

Publié le par Jean Dewilde

A l'ombre des patriarches - Pierre Pouchairet

Après La filière afghane, http://jackisbackagain.over-blog.com/2015/07/la-filiere-afghane-pierre-pouchairet.html , récompensé par le Prix Interpol’Art 2015, l’auteur nous propose une descente aux enfers dans cette région du monde où la violence et les affrontements sont quotidiens. Israël, Palestine, Cisjordanie, bande de Gaza, colons juifs, Hébron, Ramallah, Naplouse, autant d’endroits et de noms familiers… à l’oreille. Soyons honnêtes, pour beaucoup d’entre nous, cela fait belle lurette que nous n’y prêtons plus attention. Pour tester vos connaissances géopolitiques, rien ne vaut une carte muette ; mon ignorance m’a sidéré. Si vous êtes joueurs…

Guy et Danny, deux inspecteurs de la police judiciaire israélienne, sont chargés de l’enquête sur le meurtre d’une Européenne dont le cadavre est retrouvé en plein quartier arabe à Jérusalem-Est. Tous deux sont d’origine française. Dany, 36 ans, n’est en Israël que depuis huit ans. Issu d’une famille juive pied-noir, il a rejoint sa mère à Tel Aviv à la mort de son père, terrassé par une crise cardiaque. Guy, pied-noir également, de près de dix ans l’aîné de Dany, est arrivé en Israël avec ses parents lorsqu’il était encore adolescent. Ils bossent ensemble depuis pas mal de temps et sont amis.

Maïssa Thabet, trente-cinq ans, capitaine de police, a la double nationalité : française par sa mère, palestinienne par son père, ancien ministre et membre historique du Fatah. Elle est désignée pour enquêter sur l’enlèvement de son amie, Valérie Blanchard.

Mike Harrison, sujet britannique, la cinquantaine, est le directeur D’EUPOL COPPS (EU Co-ordinating Office for Palestinian Police Support) ; de prime abord, un type sympa, sportif, le contact facile et dont le travail consiste essentiellement en un job de représentation entres dîners mondains et cocktails d’ambassades. Il a pour maîtresse sa collaboratrice Valérie Blanchard, une Française de près de trente ans.

Voilà pour trois de personnages principaux.

Vous tenez entre les mains un roman exceptionnel et c’est extrêmement rare que j’utilise cet adjectif ; il est exceptionnel dans la mesure où l’auteur réussit à nous immerger corps et âme dans un quotidien qui n’est que drames et tragédies ; il le fait sans manichéisme aucun, sans parti pris, simplement ; au travers d’intrigues criminelles, il nous montre à quel point la haine gangrène les relations entre les communautés israélienne et palestinienne, juive et arabe. Haine sans cesse alimentée et exploitée par les extrémistes de tous bords. Un cadavre de femme européenne découvert dans un quartier arabe de Jérusalem, pourquoi enquêter puisque les coupables sont tout désignés d’une part et que cela arrange bien du monde d’autre part ?

Pierre Pouchairet vit aujourd’hui à Jérusalem et possède une parfaite connaissance des forces en présence ; il connaît Gaza, il connaît la Cisjordanie, il connaît Hébron et les enjeux nauséabonds qui président aux destinées des deux peuples.

Dans ce contexte d’hypocrisie et de cynisme généralisés, on s’accroche comme on peut aux basques de Guy et Danny, les deux policiers israéliens et de Maïssa Thabet, la capitaine de police palestinienne. Ces trois-là sont ce qu’on appelle des bonnes personnes ; elles nous permettent de tenir la tête hors de l’eau à la lecture de ce récit glaçant et terrifiant. C’est en elles que le lecteur place un chouia d’espoir. Mais qu’est-on en droit d’espérer, est-il raisonnable et sensé d’entretenir un espoir, aussi ténu soit-il ?

L’auteur nous apporte un démenti cinglant et nous enfonce un peu plus encore la tête dans les eaux de la Mer Morte.

J’écrivais en début de chronique le désintérêt de beaucoup d’entre nous pour cette partie du monde. Avec ce polar/roman noir très sombre, très pessimiste et remarquablement instructif, Pierre Pouchairet réussit à nous refiler ce sentiment de tension permanente, de danger imminent où la vie de chacun peut basculer à tout moment ; la mort ne dort jamais, rôde sans cesse et si vous ne savez pas pourquoi elle vous choisit, le pire, c’est que ceux qui vous la donnent ne le savent pas non plus.

Un polar immense, un polar indispensable, un polar intelligent et tellement lucide, un roman magnifique parce que la laideur peut être très belle, à posséder dans toute bibliothèque digne de ce nom. Merci, Monsieur Pouchairet !

Pour de plus amples informations sur A l’ombre des patriarches, je vous renvoie vers la boutique du polar : http://www.laboutiquedupolar.com/bookshop/polar-et-romans-policiers/156-pierre-pouchairet-et-son-dernier-roman-a-lombre-des-patriarches-est-sur-la-boutique

Vous voulez mieux connaître l’auteur, rendez-vous sur son site : http://pierrepouchairet.com/

A l’ombre des patriarches

Pierre Pouchairet

Édtions Jigal 2016

Publié dans polars français

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Commenter cet article

Jean (jackisbackagain) 23/04/2016 15:05

Mon mulot à moi,
Pas facile tout de même que la vie de rongeur. Escalade tous les soirs pour aller au pieu, je ne t'envie pas. Je n'ai pas lu "Une terre pas si sainte" dans lequel on faisait connaissance avec les deux flics israéliens Guy et Danny et avec Maïssa Thabet, la capitaine de police palestinienne. On les retrouve tous les trois ici et crois-moi, tu risques fort de dégringoler de ta pile ! Moi, je ne dis rien mais s'il y a bien une lecture qui peut prévaloir sur une autre, c'est celle-ci. Amitiés.

La Petite Souris 21/04/2016 19:16

j'avais adoré " la filière afghane", et là mon saloupiot tu me mets méchamment l'eau à la bouche ! j'ai accumulé un tel retard dans mes lectures que j'escalade tous les soirs ma pile pour pouvoir accéder à mon plumart. je vais quand même essayer de le lire très bientôt !! j'ai vraiment hâte de retourner là bas, sur ces terres si violentes ! Amitiés

Jean (jackisbackagain) 17/04/2016 13:14

Hé Bob,
Je comprends ce que tu veux dire par docu-fiction. Dans ce nouveau roman, outre sa connaissance impressionnante des lieux et des gens, l'intrigue policière est vachement bien foutue, un suspense prenant et de bon aloi et un final qui m'a cloué le bec et laissé interdit. Une dimension romanesque qui faisait sans doute défaut dans La filière afghane. Un gros coup de coeur. Amitiés.

Bob 16/04/2016 14:27

Salut Jean,
Je n'avais pas été envoûté par son "Filière..." le trouvant trop docu-fiction. Par contre sa maîtrise du sujet y est parfaite. J'avoue que tu me donnes envie de tenter l'expérience.
Amitiés.

Vincent 16/04/2016 10:03

Mon ami Jean,
J'ai déjà un roman de Pierre Pouchairet dans ma PAL, "Une terre pas si sainte", et ce que tu me dis de l'écriture de ce monsieur m'incite à le faire remonter de quelques crans dans la file d'attente. Grâces vous en soient rendues, à toi et à ta belle chronique.
Amitiés...

Jean (jackisbackagain) 17/04/2016 13:21

Mon ami Vincent,
Je n'ai pas lu le titre que tu cites, impossible donc pour moi de comparer. Ce dont je suis absolument certain, c'est que l'auteur a superbement mixé le contexte politico-religieux et une triple enquête criminelle. Du grand art, selon moi. Amitiés.