Quartier rouge - Simone Buchholz

Publié le par Jean Dewilde

Quartier rouge - Simone Buchholz

Quelle belle découverte que ce Quartier rouge ! Premier polar traduit en français d’une série qui en compte cinq. Et je ne vous cache pas mon enthousiasme à la perspective de retrouver le procureur Chastity Riley, femme adorable, fragile, à la sensibilité à fleur de peau.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je me dois de remercier mes amis bloggeurs Pierre Faverolle et Claude Le Nocher sans lesquels je serais sans doute passé à côté d’un moment de pur bonheur. Vous trouverez les liens vers leurs chroniques respectives au bas de celle-ci.

Le roman s’ouvre sur une scène de crime : le corps dénudé d’une jeune fille est découvert au bord de l’Elbe à Hambourg. Elle porte une perruque sous laquelle il n’y a plus ni peau ni cheveux. L’affaire échoit à Chastity Riley, 38 ans, procureur. Elle n’a pas eu la vie facile, notre héroïne. Sa mère, allemande, est partie vivre aux États-Unis, et son père, américain, vit ou plus exactement a vécu en Allemagne, à Francfort précisément. La nuit de son vingtième anniversaire, Chastity est rentrée chez elle pour trouver son père, la tête posée sur son plan de travail dans une mare de sang, son pistolet à terre et dans sa main gauche un papier sur lequel il a écrit qu’il en a assez de vivre et lui demande de ne pas lui en vouloir. Elle ne lui en a pas voulu. Depuis cette nuit, Chastity a des problèmes de tension et des vertiges.

Chastity passe peu de temps dans son bureau qu’elle a en horreur. « …Il est moche, poussiéreux, et je ne peux pas réfléchir là-dedans ». « …Il faut vraiment que je réaménage cette pièce. Ça ne peut pas continuer ainsi. En général, les femmes sont douées pour aménager des espaces de travail agréables. Pourquoi suis-je la seule à ne pas y arriver ? C’est rageant ».

Il ne faudra que peu de temps pour qu’un autre meurtre soit commis. Toujours au bord de l’Elbe, le corps d’une deuxième jeune fille, nue, assise dans un fauteuil pliant de metteur en scène. Comme la première victime, elle est coiffée d’une perruque d’un blond platine hollywoodien. Dois-je vous dire qu’elle aussi a été scalpée ?

Il est grand temps que je vous présente le voisin de palier de Chastity. Klatsche est un ancien cambrioleur que sa naïveté et une balance ont envoyé en taule, certes pas pour longtemps mais neuf mois, c’est déjà beaucoup. Depuis lors, il panique dès qu’il se retrouve derrière une porte fermée. Assez logiquement, il a ouvert un service de serrurerie et son affaire est on ne peut plus florissante. Chastity en a peur, une peur incontrôlable. Six mois plus tôt, il s’est retrouvé dans son lit. Comme le dit Chastity : « …Non pas que l’expérience m’ait déplu, bien au contraire : ça m’a complètement déboussolée. Durant des jours entiers, j’ai été incapable de réfléchir, de dormir et de travailler. Ma réaction m’a fait peur, et je n’ai pas de place pour la peur dans ma vie. De plus, le saligaud a quinze ans de moins de moi… ». De fil en aiguille, Klatsche est devenu le maître-crocheteur ou docteur ès serrures officieux de la police, ce que certains collègues bougons de Chastity voient d’un assez mauvais œil.

Alors qu’elle fait une longue balade sur l’une des plages d’Hambourg, Chastity distingue à une trentaine de mètres une forme allongée, inerte. Il s’agit bien d’un troisième corps de femme que le tueur affublé cette fois d’une perruque rose ; les longs cheveux synthétiques sont étalés sur la grève ; la victime est grande, athlétique.

La meilleure amie de Chastity, la seule au demeurant, s’appelle Carla. Un concentré de joie de vivre, cette Carla, Mademoiselle-je-croque-la-vie-à-pleines-dents. Elle s’époumone à jouer les entremetteuses pour Chastity, à lui orchestrer des rendez-vous avec des mecs prétendument fantastiques, rendez-vous qu’elle saborde allègrement de différentes manières : elle n’y va pas, se saoule ou se conduit de toutes les façons incongrues possibles.

Je n’oublie pas le commissaire Faller, une figure résolument paternelle pour notre héroïne. Mais Faller est fatigué, au bout du rouleau, le spectre de la retraite est tout proche.

Que de qualités dans ce polar ! J’ai succombé au charme de cette procureur totalement atypique. Elle boit, elle fume, elle supporte avec ferveur le club de foot de Sankt Pauli qui évolue en troisième division, elle est toujours disponible pour consoler sa Carla et croyez-moi, les occasions ne manquent pas tant les amours de sa seule amie sont tumultueuses. Mais surtout, elle dégage une aura et un charisme extraordinaires. A l’exception de Holleriet, le responsable de la scientifique qui l’exaspère, elle apprécie ou plutôt aime tous ses collègues qui le lui rendent merveilleusement bien. Apprécier n’est pas le terme exact, elle les aime vraiment, elle éprouve pour chacun d’eux une tendresse particulière. Toute en paradoxes, ce petit bout de femme qui doit largement dépasser le mètre quatre-vingt-dix. Fragile, vulnérable, sensible, elle crève l’écran comme on dit en langage cinématographique.

L’originalité et la force de ce polar ne résident pas uniquement, vous l’aurez compris, dans l’intrigue criminelle ; l’auteure a l’immense talent de créer des personnages à ce point vivants et touchants que chaque lecteur s’en fera une représentation physique et mentale assez proche de ce qu’ils pourraient être dans la vraie vie.

La ville d’Hambourg est un personnage à part entière. Je n’y ai jamais mis les pieds mais Simone Buchholz par la voix de son héroïne Chastity en assure la promotion bien mieux que n’importe quel tour opérateur ; le quartier de Sankt Pauli où vit l’auteure et sa Reeperbahn, artère principale du célèbre quartier des loisirs de la ville, est un lieu assez remarquable pour y planter le décor d’une intrigue criminelle.

Chose promise, chose due, voici les liens vers les chroniques de Pierre et de Claude :

https://blacknovel1.wordpress.com/2015/12/06/quartier-rouge-de-simone-buchholz-piranha/

http://www.action-suspense.com/2015/11/simone-buchholz-quartier-rouge-black-piranha-2015-coup-de-coeur.html

Quartier rouge

Revolverherz

Traduit de l’allemand par Joël Falcoz

Éditions Black Piranha, 2015

Publié dans polars allemands

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Commenter cet article

Jean (jackisbackagain) 01/05/2016 17:46

Mon ami Pierre,

Comme tu le dis, une héroïne hors norme et surtout tellement attachante. Un superbe portrait de femme.

Pierre FAVEROLLE 01/05/2016 16:44

Merci pour le clin d'oeil, mon ami. Je suis heureux de te voir conquis par ce personnage féminin hors norme. Je suis comme toi, j'adore les personnages pleins de contradictions. Amitiés

La Petite Souris 01/05/2016 16:26

décidement, le rouge est tendance en ce moment ;)

Jean (jackisbackagain) 01/05/2016 16:31

Absolument, mon mulot, et je peux t'assurer que ce polar t'en fera voir de toutes les couleurs !

Vincent 01/05/2016 11:19

Il me semblait bien que ce titre me disait quelque chose... C'est sûrement sur le blog de l'ami Pierre que je l'avais aperçu. Et ta chronique vient me faire une piqûre de rappel. Les personnages me paraissent tout à fait atypiques et prometteurs d'un bon moment de lecture.
Je prends note, mon ami...

Jean (jackisbackagain) 01/05/2016 16:34

Mon ami Vincent,
Ça va être dur, un coup de coeur de Claude, je ne dis pas l'enthousiasme de Pierre et quant à moi, les mots me manquent pour glorifier ce premier volume. Amitiés.

Claude LE NOCHER 30/04/2016 20:39

Merci pour le lien, ami Jean !
J'espère bien que nous aurons la suite des aventures de Chastity traduites en français, car c'est remarquable !
Amitiés.

Jean (jackisbackagain) 01/05/2016 16:36

Avec plaisir, Claude et j'espère que nous n'aurons pas à attendre trop longtemps. Car le manque de Chastity deviendrait trop cruel. Amitiés.