Lynwood Miller - Sandrine Roy

Publié le par Jean Dewilde

Lynwood Miller - Sandrine Roy

Elle est jeune, belle et capable de déplacer des objets à distance et de guérir par l'imposition des mains. On cherche à la tuer. Il est beau, américain, et coule une retraite paisible et prématurée dans les montagnes françaises. C'est un ancien membre des forces spéciales. Il veut la sauver. Ils se sont rencontrés dans des circonstances peu communes : deux malfrats avaient kidnappé la belle et projetaient de l'exécuter. Pas de chance, ils opéraient à deux pas de la bergerie de l'ancien soldat... Gravitent autour de ce duo deux psychiatres allemands au passé chargé ; un jeune hacker un brin introverti partageant son temps entre balades dans ses Pyrénées natales et curieuses missions à travers le monde ; une brigade de policiers d'outre-Rhin ; un commissaire français débonnaire, et un sacré nombre de gens bien décidés à faire disparaître définitivement l'héroïne.

Telle est la quatrième de couverture. Ce premier roman de Sandrine Roy fait quasi l’unanimité et ma chronique n’ira pas dans une autre direction tant j’ai dévoré cette intrigue. L’auteure remplit à la perfection la mission première de la littérature : distraire. Elle le fait avec une histoire bigrement originale, parfaitement maîtrisée ; et pourtant, je dois avouer que j’ai eu quelques craintes quand j’ai su, avant de commencer ma lecture qu’Éli, l’héroïne, était capable de déplacer des objets. Et bon sang, je déteste ça ! Dans le cas présent, ce pouvoir que possède Éli de faire bouger des objets à distance s’intègre à merveille dans cette histoire d’autant que l’auteur n’abuse pas du don de télékinésie conféré à son héroïne.

C’est aussi un peu l’histoire de La Belle et la Bête. Lynwood Miller est un ancien des forces spéciales, nous n’en apprendrons que peu sur lui dans ce premier opus si ce n’est qu’il est hanté par un cauchemar récurrent, celui d’un enfant qu’il abat par maladresse. Sans doute que cet homme était le seul à pouvoir sauver Éli des griffes de ses deux ravisseurs. Seul un homme rompu aux techniques de commando pouvait effectivement venir à bout de ces salopards. C’est néanmoins une jeune femme droguée et violée qu’il ramène à la vie. Le personnage de Lynwood est touchant ; comment un homme aussi terre à terre peut-il tomber amoureux d’une jeune femme douée de télékinésie ? Cela semble difficile à imaginer et pourtant, cette relation qui se noue dans des circonstances extrêmes et tragiques va évoluer toute en nuances et confidences.

Et puis, il y a Simon Borrie, le consultant en informatique, le geek, le hacker de haut vol. Il va devenir l’ami improbable de Lynwood. Insatiable bavard, le cœur sous la main, toujours enthousiaste, il est un personnage-clé tant sa maîtrise des outils informatiques est saisissante ; il est d’ailleurs régulièrement sollicité par des gouvernements étrangers, c’est dire…A mon sens et je peux me tromper, l’auteure ne doit pas être elle-même calée dans ce domaine. Car le lecteur ne sait jamais comment Simon pirate, il pirate, point barre. Cartes de crédit, écoutes téléphoniques, caméras de surveillance, Simon fait tout, sait tout. Il faut prendre cette donnée comme un postulat et cela ne m’a pas gêné le moins du monde. Cela et d’autres choses encore donnent au livre un petit côté Club des cinq que l’auteur ne renie pas puisqu’à la page 273, on peut lire :

« - Par contre, dit Simon, je nous vois bien ouvrir une agence de détectives : Lynwood sur le terrain, Marchand à l’investigation, Éli en profiler, Sasha et moi à la recherche. C’est parfait.

- C’est ça, Le club des cinq ! le chambra Edouard. Mais si un jour j’en ai marre de mon commissariat, et que je veux passer dans le privé, je vous fais signe. »

Éli, Lynwood et Simon sont les trois personnages principaux, vous l’aurez compris et on les retrouvera dans de nouvelles aventures.

Le lecteur qui recherche un suspense haletant, un thriller implacable, pourrait être déçu. J’ai bien senti, moi, que cette histoire qui commence mal, très mal allait bien se terminer, ce n’était pas écrit, mais presque. Plus que l’intrigue policière que l’on ne retiendra peut-être pas, j’ai aimé cette histoire d’amour entre deux êtres qui étaient appelés à se rencontrer et à se rencontrer dans des circonstances exceptionnelles. C’est au travers de cette relation amoureuse qui n’en est qu’à ses débuts que l’auteure écrit ses plus belles pages et donne la pleine mesure de son talent.

J’ai lu pas mal d’avis sur Lynwood Miller. Du fabuleux à incontournable en passant par génial, j’en ai vus des superlatifs qui ne peuvent qu’induire en erreur et surtout qui placent la barre tellement haut que le lecteur lambda qui achète le livre risque de ne pas comprendre cet enthousiasme excessif.

Lynwood Miller est un excellent premier roman que j’ai d’ailleurs englouti et Sandrine Roy a toutes les qualités pour nous faire rêver mais laissons-lui cette part d’imperfection qui fait s’améliorer et grandir un auteur au fil du temps. C’est cela aussi, je pense, respecter le travail d’un écrivain.

Vous trouverez toutes les infos utiles sur le site de La Boutique du Polar. Le lien est :

http://www.laboutiquedupolar.com/bookshop/recherche?controller=search&orderby=position&orderway=desc&search_query=lynwood+miller

Lynwood Miller

Sandrine Roy

Éditions Lajouanie juin 2016

Publié dans polars français

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Commenter cet article

Bob 21/09/2016 21:14

Salut Jean,
J'ai eu, à quelque chose près, le même ressenti. L'aspect polar passe au second et c'est cela qui m'a gêné. Mais Sandrine (avec qui j'avais eu des échanges avant la lecture puisqu'elle vit dans ma région) s'en tire fort bien pour un premier roman malgré quelques imperfections. Et je suis d'accord avec Vincent, il faut encourager mais pas encenser à tout va. D'ailleurs, elle m'a remercié de ma franchise. Amitiés.

Jean (jackisbackagain) 22/09/2016 14:23

Salut Bob,
Je savais que ce n'était pas trop ta tasse de thé, j'avais lu ta chronique mais effectivement, nous ne pouvons qu'encourager Sandrine - avec laquelle j'avais également échangé avant que je ne lise le livre - puisqu'elle sait inventer et raconter des histoires et elle le fait fort bien. Elle n'aura pas de difficultés à trouver un lectorat fidèle. Amitiés, mon cher Bob.

Vincent GARCIA 21/09/2016 19:10

Mon bon ami,
Ça fait déjà quelque temps que ce livre est sur la liste de mes envies. Effectivement la blogosphère abonde de superlatifs. C'est très bien de tempérer un peu l'enthousiasme général, car ce n'est pas rendre service au lecteur, ni à l'auteur d'ailleurs, que de ne pas avoir un oeil critique.
Une très belle chronique, qui me conforte mon envie de lire ce bouquin décidément alléchant.
La bise, l'ami.
Vince the prince (mais en plus clair)
.

Jean (jackisbackagain) 22/09/2016 14:26

Mon cher Vincent,
Tu es certainement moins souvent blessé que Vincent Kompany, tu joues sans doute moins au foot aussi. Je serai vraiment curieux d'avoir ton avis sur ce premier roman de Sandrine. Amitiés.