Ad unum - Didier Fossey

Publié le par Jean Dewilde

Ad unum - Didier Fossey

La justice est-elle trop laxiste, les tribunaux trop cléments ? Nous pouvons ouvrir le débat mais quelqu’un a déjà tranché. Février 2011. Paris. Pluie, neige et verglas. Le corps d’un homme est retrouvé dans un box de garage, pendu, les mains attachées avec cette inquiétante inscription sur le front : Ad unum. Locution latine qui signifie « jusqu’au dernier ». Cet homme n’est pas la première victime découverte avec cette saloperie de phrase sur le front. C’est donc en toute logique que la procureur va saisir la brigade criminelle dirigée par le commandant Boris le Guenn, chef de groupe de la B.A.C. au 36 Quai des Orfèvres. La traque de celui que l’on surnomme désormais « Le Latiniste » commence, elle sera longue, épuisante, effarante.

C’est une enquête ô combien difficile qui attend le Guenn et son équipe. Les trois premières victimes n’ont pas été exécutées à l’endroit où leurs cadavres ont été trouvés. Aucun indice si ce n’est cette sinistre inscription gravée sur le front et le fait que les trois victimes ont été découvertes pendues, les mains attachées dans le dos avec un serflex. Les dossiers de ces trois hommes renseignent qu’ils étaient bien connus des services de police et de la justice. Mais pour le reste, rien ou presque rien. Les enquêtes de proximité et de voisinage ne donnent aucun résultat. Comme si cela ne suffisait pas, le Guenn se voit imposer l’aide d’un profileur nommé Tarnus que le commandant prend tout de suite en grippe. Personne ne le dit à voix haute mais un nouveau meurtre serait susceptible de donner un nouvel élan à l’enquête ou alors un brin de chance.

Cette chance se concrétisera sous la forme d’un appel téléphonique que le commandant le Guenn reçoit en pleine nuit l’informant qu’un piéton s’est fait renversé par un trente-cinq tonnes à l’échangeur de Bercy. L’information pertinente, pour ne pas dire capitale, est que le fuyard avait les mains attachées dans le dos avec un serflex. D’après les dires du chauffeur, l’homme avait la face couverte de sang mais il riait au moment d’heurter le mufle du camion. Ce qui fait dire au commandant  Frédérique Belvet, dite Fred, l’indispensable n°2 de Boris que « …Peut-être qu’il était soulagé d’avoir échappé à quelque chose d’encore plus tragique ? » Quoi qu’il en soit, les membres de l’équipe ont maintenant une idée relativement précise de la direction d’où venait le fugitif, reste à déterminer l’endroit où il était détenu.

L’enquête va prendre une tournure plus personnelle pour Boris. En effet, convaincu par Tarnus, le profileur, de passer sur les plateaux télé pour envoyer un message au « latiniste », il se fera piéger en donnant bien malgré lui des indications sur son état civil. L’enquête déjà stressante et carrément éreintante en deviendra presque insupportable.

Didier Fossey, policier à la retraite, nous rappelle dans ses polars une vérité élémentaire : quand un crime ou délit est commis commence pour ceux qui sont chargés par la loi d’y mettre un terme un compte à rebours qui ne prend fin qu’avec la mise hors d’état de nuire de son auteur. En clair, pour un flic de la criminelle, cela signifie que ses horaires sont désormais liés à la résolution de l’enquête. Il faut bosser dur, vite et bien, quel que soit l’état de fatigue physique et mentale, malgré les pressions qui viennent d’en haut et qui sont de plus en plus fortes car ça ne progresse jamais assez vite, bien entendu. Une des clés du succès est la cohésion du groupe, cette capacité à agir et réagir ensemble. A cet égard, le commandant Boris le Guenn est exemplaire dans la psychologie qu’il adopte vis-à-vis des membres de son équipe.

Didier Fossey place le lecteur dans le siège le plus confortable qui soit, celui d’observateur ; le lecteur a plusieurs coups d’avance, il sait des choses que les policiers ne savent pas ou n’ont pas encore découvertes, il en connaît beaucoup plus sur la personnalité du latiniste que ceux qui le traquent, il voit et sait les dangers qui menacent, une position de confort, certes mais qui génère une angoisse certaine. Si vous n’êtes pas embarqué dans cette histoire, je n’y comprends rien.

En sa qualité d’ancien de la maison, Didier Fossey restitue à merveille l’atmosphère qui baigne une enquête criminelle. Avant la sacro-sainte montée d’adrénaline qui préside à l’interpellation d’un suspect, il met en lumière, nous expose et nous raconte le véritable travail de fourmi accompli par ces policiers, hommes et femmes. Les caméras de surveillance partout, c’est bien, encore faut-il du monde pour visionner les bandes. Des heures, des heures et des heures à regarder des images sans intérêt en espérant isoler un plan, un c liché qui sera exploitable et donc utile. Il en est de même des écoutes téléphoniques, parcourir des listings entiers à la recherche d’une éventuelle info pertinente, une tâche qu’un moine bénédictin n’aurait pas reniée.

En fin de compte, c’est cette somme d’efforts, de recherches et de sacrifices accomplis par chacun qui permettra de mettre la main sur le latiniste. Pas de fulgurance ou de déduction tarabiscotée, l’auteur nous plonge dans la réalité policière. Se moque-t-il gentiment, au passage, de ces profileurs qui éclosent un peu partout et surtout dans les séries télé formatées et interchangeables ? A vous de voir…

J’avais déjà eu beaucoup de plaisir à rédiger la chronique de Burn- out en mai 2015. http://jackisbackagain.over-blog.com/2015/05/burn-out-didier-fossey.html). Sachez que Ad unum a été écrit voilà cinq ans (2011) et publié aux éditions « Les 2 Encres », maison d’édition qui a mis la clé sous le paillasson depuis lors. Didier Fossey a retravaillé le texte pour le proposer aux Éditions Flamant noir. Que du bonheur ! Et la toute bonne nouvelle est que son premier polar Tr@que sur le Web, également publié en 2010 aux éditions « Les 2 Encres » est en cours de réédition chez Flamant noir. Mais n’attendez pas ! Lisez Burn-out ou Ad unum et puisque choisir c’est renoncer, lisez les deux, ils sont excellents.

Ad unum

Didier Fossey

Éditions Flamant noir 2016

 

Publié dans polars français

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Commenter cet article

Jean (jackisbackagain) 14/11/2016 16:53

Salut Pierre,
En lisant entre tes mots, je pense que tu parles d'un excellent polar, non? Amitiés.

PIERRE FAVEROLLE 13/11/2016 16:36

En cours, mon ami. ça envoie, ça frappe, c'est haletant. Amitiés