Wonderland - Jennifer Hillier

Publié le par Jean Dewilde

Wonderland - Jennifer Hillier

Quand Vanessa Castro, inspecteur de police à Seatle, débarque à Seaside, une modeste ville balnéaire du nord-ouest des États-Unis avec bagages et enfants, elle pense avoir fait le bon choix. Son mari, John Castro, un ancien militaire atteint d’un syndrome post-traumatique sévère, s’est donné la mort six mois plutôt. Reconstruire une nouvelle vie dans un lieu vierge de souvenirs trop lourds et trop douloureux semble une option raisonnable même si l’aînée, Ava, quatorze ans, accepte difficilement de laisser derrière elle ses amitiés d’adolescente. Pour John-John, sept ans, ce problème n’existe pas.

Vanessa n’a même pas le temps de vider ses cartons qu’une affaire grave et embarrassante secoue le microcosme local. Le corps sans vie d’un sans abri, le visage à moitié dévoré, est découvert tôt le matin dans l’allée la plus célèbre du parc d’attractions de la ville, Wonderland, qui donne son titre au roman. Comme si cela ne suffisait pas, quelqu’un a eu l’idée du siècle en prenant une photo du malheureux et les réseaux sociaux font le reste, je ne vous apprends rien. Un autre événement troublant survient presque concomitamment et est relayé aussitôt sur ces mêmes réseaux sociaux : On y voit le selfie d’un jeune homme, perché tout en haut de la Grande Roue, en tenue d’employé du parc, un majeur rageur pointé vers le ciel. Il se nomme Blake Dozier. Depuis, il demeure introuvable et surtout, l’heure où il s’est pris en photo correspond à l’heure où le corps du vagabond a été déposé dans l’allée du parc. Qu’a-t-il vu, qui a-t-il vu ?

Il faut bien comprendre que Wonderland est bien plus qu’un parc d’attractions, c’est le véritable poumon économique de la ville. Tous les jeunes qui sont nés et ont grandi à Seaside ont tous passé un ou plusieurs étés à bosser à Wonderland. Certains y ont même bâti leur carrière ; c’est le cas d’Oscar Trejo, le directeur adjoint du parc qui y travaille depuis plus de vingt ans et qui assiste Bianca Bishop, la directrice, trente-six ans, jeune femme séduisante, une main de fer pas forcément gantée de velours.

Vanessa Castro aurait souhaité une entame plus en douceur, moins dramatique pour ses débuts dans la police de Seaside; en plus, elle n’est pas forcément la bienvenue dans l’establishment policier car elle doit sa nomination de chef-adjoint au maire de la ville, un ami de son défunt mari. Forcément, certains grincent des dents. Elle comprend vite que tout ce qui est lié à Wonderland est du ressort exclusif d’Earl Schultz, son supérieur, le chef de la police. Celui-ci ne laisse à personne d’autre le soin de se rendre dans les installations ludiques du parc quand s’y produit un incident. Alors, vous pensez bien, un cadavre doublé d’une disparition.

Le seul policier à l’accueillir favorablement s’appelle Donnie Ambrose, inspecteur. Il semble ravi de pouvoir travailler avec quelqu’un susceptible d’injecter du sang neuf dans un corps de police atteint de léthargie et à la botte d’intérêts supérieurs. Dans ce contexte délétère, Castro, épaulée par Ambrose, découvre avec stupeur d’abord, effroi ensuite que deux autres disparitions de Wonderlandboys ont eu lieu et qu’elles remontent respectivement à huit et trois ans sans que leurs auteurs soient retrouvés. Plus grave, il apparaît à Castro que ces deux enquêtes menées par son prédécesseur, Carl Weiss, l’ont été à tout le moins avec légèreté, au pire bâclées avant d’être classées à la hâte.

Ce Wonderland est une belle réussite à plus d’un titre. Jennifer Hillier n’a pas seulement tissé une intrigue efficace, elle a surtout travaillé la personnalité de ses personnages. Ainsi, Vanessa Castro est tout sauf lisse. A la fois femme, mère et flic, elle porte un lourd fardeau qu’elle confie au lecteur dans le livre, raison pour laquelle je lui laisse le soin de vous en parler. L’enquête prendra aussi un tour plus personnel pour Castro quand Ava, l’aînée, décroche son premier job à Wonderland. En raison des événements qui s’y déroulent, on peut comprendre l’inquiétude qui étreint la mère.

Oscar Trejo est lui aussi un personnage qui capte l’attention. Il est somme toute attachant, complexe, on devine une certaine fragilité chez cet homme qui après vingt ans consacrés à Wonderland, a envie d’ailleurs. Et l’ailleurs n’est pas loin, il rêve d’obtenir son prêt hypothécaire qui lui permettra d’ouvrir son propre resto sur la plage de Seaside.

Que dire de Bianca Bishop, la jeune et belle directrice du site ? Est-elle vraiment cette femme de tête froide et implacable qui inspire le respect et la crainte ? N’est-elle que cela ? Son oncle Nick Bishop n’a-t-il pas surestimé ses compétences en lui laissant les rênes du parc pendant qu’il assouvit ses rêves de voyages ?

Frissons, suspense, terreur, angoisse : autant d’ingrédients propres au thriller et Wonderland en est assurément un. L’amateur pur et dur restera peut-être sur sa faim tant il est vrai qu’il devient difficile d’innover dans le domaine et que l’auteure a recours – ce n’était pas nécessaire, selon moi - à quelques ficelles qui ressemblent davantage à des haubans. Wonderland reste cependant un suspense très recommandable ; la couverture est absolument splendide avec ce clown au regard menaçant qui trône au-dessus de la Grande Roue et des Montagnes russes.

Wonderland est le premier roman de Jennifer Hillier traduit en français. Elle est l’auteure de trois autres thrillers Creep, Freak et The Butcher dont je pronostique une traduction rapide tant je ne doute pas du succès de Wonderland.

 

Wonderland

Jennifer Hillier

Traduit de l’anglais par Claire Desserrey

Éditions Hugo et compagnie

Collection Hugo Thriller

Publié dans polars américains

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Commenter cet article

PIERRE FAVEROLLE 28/11/2016 20:38

Salut mon ami, pas encore lu car ce n'est pas le genre de lectures que je cherche pour le moment. Et puis, décembre pour moi, c'est séance de rattrapage pour les romans que je n'ai pas eu le temps d'ouvrir pendant l'année. Et il y en a plein ! Amitiés

Jean dewilde 30/11/2016 15:39

Hello Pierre,
Je comprends bien que tu prennes le temps pour d'autres lectures. Celle-ci n'est pas du tout indispensable, distrayante, certes et c'est déjà pas mal mais pas vraiment ton genre. Amitiés.