Le canal des innocentes - Hervé Huguen

Publié le par Jean Dewilde

 

Cette chronique est une invitation pressante à découvrir Hervé Huguen et son héros récurrent, le commissaire Nazer Baron. La toute bonne nouvelle est que vous allez adorer le bonhomme, sa personnalité, ses méthodes et quand vous aurez terminé ce Canal des innocentes, vous allez vous ruer sur les neuf autres enquêtes de Nazer Baron parues à ce jour.

Le canal des innocentes est le quatrième volume de la série et ne me demandez surtout pas pour quelle raison je n’ai pas commencé avec le premier ; c’est un fait, c’est comme ça, je n’y peux plus rien  changer. Ce quatrième opus peut se lire - et c’est là un des talents de l’auteur - de manière tout à fait indépendante. L’histoire, sombre et tendue, est celle-ci :

1988. En six mois, trois jeunes femmes mystérieusement disparues furent retrouvées le long des berges du canal de Nantes à Brest, victimes d’un tueur maniaque qui ne sera jamais identifié. Vingt-trois ans plus tard, un corps sans vie est abandonné sur les mêmes rives, le long du seuil de partage de Bout-de-Bois. Puis c’est au tour d’une cinquième jeune femme d’être découverte à proximité de l’écluse de la Prée. Toutes deux présentent exactement les mêmes blessures que les disparues de 1988. Ce tueur a été baptisé le Prédateur du canal.
 

L’homme qui était en charge de l’affaire en 1988 s’appelle Nazer Baron. Pour l’heure, le commissaire Nazer Baron est en convalescence. Il boîte et souffre de douleurs très violentes à la hanche ; la presse qui a eu vent de son retour au premier plan le décrit comme… Policier au parcours atypique et au palmarès incontestable, cultivant volontiers la retenue et le flegme anglo-saxon d’un Sherlock Holmes échappé de Baker Street, le commissaire Baron n’en reste pas moins aujourd’hui un homme encore handicapé par les suites d’une intervention chirurgicale lourde, consécutive aux blessures par balle provoquées par un forcené…Malgré son échec d’il y a vingt-trois ans, c’est quand même lui que les plus hautes autorités judiciaires viennent chercher. Réactiver, dynamiser et se réapproprier le dossier ne lui demandera effectivement que très peu de temps. Il a choisi comme bras droit le lieutenant Connie Nochet, la trentaine solide, en jean et chandail tricoté main, une dégaine d’éleveur de poule.

Je ne vous parlerais certainement pas de cet ouvrage s’il ne s’agissait que d’un énième polar sur un tueur en série. C’est peut-être toujours tendance, les tueurs en série mais perso, ils ne m’intéressent plus. D’ailleurs, hormis la scène initiale, qui n’a pas de quoi heurter les sensibilités, même les plus épidermiques, peu ou prou de violence explicite. C’est toute l’atmosphère créée par l’auteur qui pèse sur chaque page comme une chape de plomb. Mais qui cherchent-ils ? Un homme qui connaît la région, les cinq victimes ayant été découvertes le long du canal, dans sa partie est ; comme l’assène le commissaire, l’homme ne s’aventure pas au-delà de Blain parce qu’il ne connaît pas. Il est d’ici ! Autrement dit, dans un rayon de trente kilomètres d’est en ouest, et probablement beaucoup moins du nord au sud. Pour celles et ceux qui connaissent ou aimeraient situer précisément le cadre, Nort-sur-Erdre à l’est, Blain à l’ouest, Nozay au nord, Nantes au sud.

D’aucuns pourraient penser que la résolution de ces meurtres trouve son épilogue à la page 147 quand un dénommé Philippe Barbier déboule en toute fin de journée au commissariat de Nantes et demande à parler au commissaire Baron. A l’agent de garde qui lui demande distraitement quelles révélations il souhaite partager avec le commissaire, l’intéressé lui répond qu’il connaît le nom du Prédateur du canal. Comme pour appuyer ses dires, il remet au planton médusé le portefeuille contenant les papiers de l’une des deux dernières victimes. Il déclare les avoir trouvés dans la propriété d’un ami qui n’est autre que son employeur. Celui-ci s’appelle Michel Duale et devient en un instant l’homme le plus recherché du territoire. Tout semble dit, pesé, écrit, fermez les volets et le livre…Sauf que Duale se présente un peu plus tard spontanément au commissariat et que lui aussi a des révélations à faire, à propos de… Philippe Barbier. Baron cherchait le Prédateur du canal depuis vingt-trois ans, en moins de vingt-quatre heures, on venait de lui en offrir deux sur un plateau. Il n’aimait pas cela du tout.

Voilà donc un excellent polar, superbement écrit, solidement bâti, mettant en scène ce personnage de commissaire diablement attachant pour ne pas dire irrésistible. Le suspense et la tension ne faiblissent jamais et le dénouement vous laissera coi. L’auteur plante le décor dans sa Bretagne, ajoutant une petite touche régionale qui n’enlève évidemment rien au côté universel de l’intrigue et de ses personnages. Je me ferais bien volontiers une petite balade sur les chemins de halage du canal de Nantes à Brest…mais pas tout seul. 

Je vous mets deux liens ci-dessous qui vous permettront d’apprendre un peu sur l’auteur et sa bibliographie et sur la maison d’édition du Palémon qui nous propose une très chouette gamme de polars au prix démocratique de 10 euro.

http://hervehuguen.weebly.com/bibliographie.html

 

http://www.palemon.fr/392-herve-huguen

Le canal des innocentes

Hervé Huguen

Éditions du Palémon

 

Publié dans polars français

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