Fallait pas... - Olivier Maurel

Publié le par Jean Dewilde

 

Olivier Maurel n’est assurément pas une figure de proue du nouveau romantisme français, si tant est que ce mouvement littéraire existe. La violence est partout, tout le temps et le lecteur sera attentif à respecter la posologie affichée sur la quatrième de couverture qui invite les âmes sensibles à s’abstenir. Pour dissiper tout doute, vous lirez à la page 14 : « …Il bâillonna sa victime, la retourna face contre terre et la mit torse nu. Il sortit un burin, le plaça entre deux vertèbres, puis l’enfonça à coups de marteau. Du sang gicla un peu quand la lame de métal rentra dans la chair. De douleur, le policier reprit connaissance. »

Mais qui est la victime ? Il s’appelle Stan Da Silva et est capitaine de police à la brigade des stups. Il est marié à une jeune interne en médecine, de dix ans sa cadette. En ce 24 décembre 1999, une fois de plus, Stan assouvit  sa passion pour les femmes faciles et son penchant pour la coke et l’alcool dans un troquet glauque de Pigalle. Il ne le sait pas encore mais sa vie va se transformer à 23h58’ précises en un calvaire qu’il n’aurait même pas souhaité à son pire ennemi. Quelques heures plus tard, soit le 25 décembre à 07h30’, c’est au tour du lieutenant Langmann de disparaître dans les allées du bois de Vincennes alors qu’il y faisait son footing. Personne n’entendra jamais plus parler de lui, pourtant, quand un flic disparaît des écrans radars, on met le paquet.

Stan Da Silva reprend connaissance quinze ans plus tard dans un hôpital parisien ; abasourdi et complètement hébété, il apprend qu’il est paraplégique du sternum jusqu’aux pieds. Son agresseur lui a sectionné la moelle épinière au niveau de la dernière vertèbre dorsale. Épouvanté, il gueule, crie, hurle, injure et invective le personnel présent à son réveil, la réalité est tout simplement inacceptable. Quinze ans, c’est aussi le temps qu’a attendu sa femme ; elle aurait pu se casser, la ravissante Marie, mais non, elle a attendu tout ce temps et en ce 1 juillet, elle le fait sortir de l’hosto pour l’installer dans un lit médicalisé au premier étage de leur villa, avec vue sur la piscine et le jardin.

C’est aux commissaires Zac Bechler et son second, le commissaire Franck Thibault qu’échoit la double enquête Da Silva/Langmann. Ce qui n’enchante pas Zac Bechler qui invoque l’enquête en cours sur la disparition de six jeunes filles, rien que ça ! Zac Bechler, 46 ans, est un personnage hors du commun. A l’exception du cou, des mains et des bras, son corps est entièrement recouvert de tatouages réalisés à l’encre de chine noire ; il ne picole plus depuis quelques semaines. Celles et ceux qui le découvrent dans cette enquête doivent savoir que le matin de ses dix ans, à son réveil, il a trouvé sa mère abattue de trois balles dans la tête, sa petite sœur étouffée sous un oreiller et son père qui s’est suicidé après son double forfait. Ça laisse des traces. Zac a une fille, Lucie, qu’il a eue avec Guadalupe, une Mexicaine retournée depuis lors dans son pays sans préavis et sans explication.  Vous dire aussi que Lucie a été précédemment séquestrée, torturée et violée par un affreux répondant au nom de Stetchkov que Zac a presque réduit à l’état d’homme-tronc en lui roulant dessus à seize reprises, marche avant, marche arrière.

Olivier Maurel n’épargne pas son lecteur qui, dès la première page, est littéralement happé dans une spirale de violence ; il aimerait tant sortir la tête un instant hors de l’eau mais c’est impossible tant les événements s’enchaînent à une allure folle. Dans son lit tout confort mais pas anti-escarres, Stan Da Silva déguste et n’en peut plus de ne rien pouvoir. Son épouse Marie est aux petits soins, lui prépare des petits plats et s’occupe seule de l’ensemble des soins à lui prodiguer y compris la toilette. Stan a un mal fou à être ne fut-ce que poli avec sa femme, il se nourrit de rancœur et d’amertume, s’alimente de regrets et de remords qu’il n’éprouve même pas vraiment. Peut-on vraiment lui reprocher cet auto-apitoiement qu’il cultive un peu plus chaque jour ?

Dans Au-dessus des horizons verticaux, les en-têtes de chapitres se coloraient de citations provenant de l’apocalypse selon Saint-Jean. Elles font ici place à des paroles de musiciens et groupes, c’est peut-être là que se situe la minuscule bulle d’air que le lecteur recherche tant, encore que…

Comprendre la noirceur et la violence qui transpercent les ouvrages d’Olivier Maurel n’est possible que si on se donne la peine d’écouter l’auteur. A cet égard, l’entretien auquel il s’est prêté sur le divan du concierge masqué est formidablement éclairant et instructif ; indispensable pour appréhender que derrière cette débauche de violence se profile le parcours d’un homme qui possède une solide expérience de ce que l’humanité peut engendrer de pire.

http://www.concierge-masque.com/2016/01/07/au-dessus-des-horizons-verticaux-de-olivier-maurel-chez-lajouanie-edition/

Vous l’aurez compris, ce Fallait pas…n’est pas un remerciement balbutié du bout des lèvres mais une sentence qui claque comme un coup de fouet, immédiate et irrévocable.

Je ne peux que chaleureusement vous conseiller de lire Au-dessus des horizons verticaux (http://jackisbackagain.over-blog.com/2016/03/au-dessus-des-horizons-verticaux-olivier-maurel.html) avant ou après Fallait pas… (Je vous ai donné assez d’éléments pour que vous puissiez les lire indépendamment l’un de l’autre, le mieux étant toujours de commencer par le commencement).

Fallait pas…

Olivier Maurel

Éditions Lajouanie (décembre 2016)

 

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Bob 07/02/2017 17:11

Salut Jean,
Je ne pense pas l'avoir dans mes livres à lire. Ce que tu en dis donne à réfléchir car ce thriller hyper violent ne m'attire pas au premier abord. Mais parfois il faut franchir le pas... Amitiés.