Cécile et le monsieur d'à côté (Les trois visages de la vengeance 1) - Philippe Setbon

Publié le par Jean Dewilde

 

Avec ce titre, Philippe Setbon inaugure sa trilogie dont les trois volumes ont comme thème central la vengeance. Trois intrigues qui peuvent se lire indépendamment les unes des autres, pas de personnages récurrents, le seul point commun étant le quartier des Batignolles comme unité de lieu.

Preuve que je ne vous raconte pas de bobards, j’ai commencé par le deuxième volume, T’es pas Dieu petit bonhommehttp://jackisbackagain.over-blog.com/2016/06/t-es-pas-dieu-petit-bonhomme-philippe-setbon.html, j’ai poursuivi par le troisième, Un avant-goût des anges http://jackisbackagain.over-blog.com/2016/11/un-avant-gout-des-anges-philippe-setbon.html et j’ai terminé avec Cécile et le monsieur d’à côté.

Monsieur Marcuse est un vieux bonhomme, il vit une vie paisible dans son petit appartement avec son chat, Fiona et traîne ses cent cinquante kilos avec plus ou moins d’entrain selon les jours. Le jour où Cécile Segal emménage dans l’appartement voisin du sien, il retrouve des sensations et des émotions qui l’avaient déserté depuis bien longtemps. Il pourrait être son père, largement et il développe d’ailleurs cet instinct paternel avec un zèle immense. Cécile traverse une période difficile et s’en ouvre à Monsieur Marcuse ou plutôt à Servais car il insiste dès leurs premiers échanges pour qu’elle l’appelle par son prénom. Lui ne demande qu’à l’écouter. C’est suite à une rupture qu’elle a dû chercher à se reloger dans la précipitation. Alain, son ex, a même refusé qu’elle emmène son chat, Bruce. Côté professionnel, cela ne se passe pas trop bien avec le patron de l’agence bancaire dans laquelle elle travaille. Cécile trouve en Servais tout à la fois une oreille attentive, un père, un confident, un conseiller. Elle éprouve rapidement de l’affection pour ce vieux bonhomme débonnaire et serviable dans la bouche duquel le mot extraordinaire sonne délicieusement shrorninère ; c’est shrorninère à quelle vitesse on s’habitue à tout.

Curieusement, les problèmes de Cécile trouvent une solution sans qu’elle  doive lever le petit doigt. C’est d’abord son chat Bruce qu’elle découvre un soir en rentrant du boulot. Servais lui explique que c’est Alain lui-même qui l’a ramené. Peu de temps après, son patron est retrouvé mort chez lui, apparemment victime d’un cambriolage qui a mal tourné. La série ne s’arrête pas là et à force, la police pourrait bien s’intéresser à Cécile, vu que le lien qui existe entre tous ces décès accidentels, c’est elle. La police va d’ailleurs pointer son nez chez elle en la personne du capitaine Antoine Natividad. Une visite plutôt informelle. Un type sympa, cet Antoine, juge Servais qui assiste par hasard à l’entrevue ;  Les regards que se sont échangés Antoine et Cécile ne lui ont pas échappé ; ruse de flic ou attirance mutuelle, il hésite à se prononcer. Le vieux Marcuse aime les situations sous contrôle, sous son contrôle ; dans sa vie active, prévoir, anticiper, mesurer et contrôler étaient synonymes d’assurance-vie. Il ne peut hélas pas savoir que Natividad fait équipe avec le lieutenant Lasalle, Nicki de son prénom et que cette dernière, non seulement est amoureuse de son collègue – l’inverse n’est pas vrai - mais qu’en plus, elle est maladivement possessive et jalouse. Et c’est bien connu, qui jalouse espionne et qui espionne constate et…ça fait très mal !

Philippe Setbon est évidemment un scénariste hors pair (il est l’auteur des scénarios de Détective de Jean-Luc Godard ou Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni), entre autres réalisations. Il sait mener un récit et l’amener brillamment jusqu’à son terme sans jamais se perdre. Ça, c’est pour le savoir-faire. Mais un roman bien construit ne suffit pas à emporter le lecteur. Il faut des personnages qui vivent, qui bougent, qui souffrent, qui rient, bref, qui dégagent des émotions et des sentiments ; dans ce registre, l’auteur excelle également. Impossible de ne pas s’attacher à ces personnages puisqu’ils portent tous ces faiblesses et ces contradictions que l’on n’a aucun mal à identifier en nous-mêmes.

Dans la commission d’un meurtre, la vengeance, à n’en point douter, est le mobile le plus puissant ; elle requiert patience, détermination, entretien et  persévérance. Ce n’est pas pour rien que le proverbe affirme que la vengeance est un plat qui se mange froid. Dans Cécile et le monsieur d’à côté tout comme dans les deux autres volets de cette somptueuse trilogie, un événement est à l’origine de la vengeance ; l’événement doit être suffisamment bouleversant et traumatisant pour enclencher le mécanisme vengeur qui n’intervient que bien plus tard après l’événement lui-même. Il n’est pas rare que le vengeur doive rappeler à sa victime l’historique de l’acte qu’il s’apprête à commettre.

Dans Cécile et le monsieur d’à côté, l’auteur nous entraîne sur la délicieuse pente de l’immoralité. Il cajole ses personnages, nous les rend infiniment proches et sympathiques. L’humour, noir évidemment, tantôt discret, tantôt aux avant-postes imprègne le texte et rend jouissif ce que la morale et la justice condamnent.

Je ne peux que céder au plaisir de vous proposer ce court extrait (qui figure sur la quatrième de couverture) dans lequel intervient un personnage que je n’ai pas cité. Il s’appelle Charley et est, pour ainsi dire, le factotum de Monsieur Marcuse.

_ Pas de panique, le rassura Servais. Il en a pour une minute grand maximum…

Et effectivement, trente secondes plus tard, l’occupant des lieux s’affaissa comme un tas de chiffons dans le vestibule, les jambes secouées de soubresauts. Charley fixait le corps, puis M. Marcuse, puis encore le corps…Il n’avait plus une goutte de salive dans la bouche, ses mains s’étaient glacées, son cœur lui était remonté contre le palais.

_ Qu’est-ce que vous avez fait, chef ?

_ Ça paraît pourtant clair, Charley…Qu’est-ce que tu n’as pas compris ?

 

Cécile et le monsieur d’à côté

Les trois visages de la vengeance (1)

Philippe Setbon

Éditions du Caïman

 

 

Publié dans polars français

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Commenter cet article

Vincent GARCIA 22/03/2017 18:00

J'ai moi aussi lu, apprécié et chroniqué ce petit noir... J'ai beaucoup aimé, et il me reste à lire les deux suivants, dans l'ordre...
Amitiés...

Jean dewilde 24/03/2017 14:36

Y a pas d'ordre mon ami Vincent, y a pas d'ordre ! T'es pas Dieu petit bonhomme...! et Un avant-goût des anges sont, à mon sens, plus dramatiques que Cécile et son voisin. Il y a un petit second degré dans Cécile et le monsieur d'à côté qui n'est pas présent dans les deux suivants que j'ai adorés. Mais ru as raison, pour l'ordre, hé,,hé: Un personnage fait une apparition très furtive, deux lignes tout au plus dans Cécile...et est le personnage principal personnage dans Un avant-goût des anges. Amitiés.

La Petite Souris 22/03/2017 14:44

je note ce bouquin , j'aime bien son pitch !!! :) et les histoire de vengeance j'aime !!!! :)

Jean dewilde 24/03/2017 14:38

Mon mulot,
Nous sommes bien d'accord, la vengeance apporte beaucoup au polar. Je suis étonné que tu ne te sois pas encore approprié cette trilogie qui est formidable. Amitiés.