Retours amers - Fabrice Pichon (une enquête de Marianne Bracq)

Publié le par Jean Dewilde

 

Une enquête de Marianne Bracq

Après Le complexe du prisme et Le mémorial des anges, Retours amers est le troisième livre de l’auteur mettant en scène la séduisante Marianne Bracq. Pour ma part, c’est avec ce titre que je fais sa connaissance et il n’est pas indispensable, même si c’est toujours mieux, d’avoir lu les deux premiers pour apprécier Retours amers.

Nous sommes au mois d’août, Marianne Bracq, commissaire de police judiciaire, est encore en disponibilité pour quelques mois. Elle n’a pas quarante ans, n’est pas très grande, cheveux bruns courts, une mèche lui retombant régulièrement dans les yeux, des yeux capables d’exprimer tout autant la douceur que la dureté. Séduisante, assurément. Elle a deux filles, de deux maris différents et elle ne vit avec aucun d’eux ; la plus jeune, Oriane, a treize ans et sa demi-sœur, Julia, dix-sept. Pour l’heure, elle « squatte » avec sa bénédiction la maison de son ancien patron, Maxence Laurençon. Cette maison est située en Bretagne, à Concarneau.

Marianne n’est pas au mieux de sa forme, le lecteur s’en rend compte après quelques pages. Elle fume beaucoup et la bouteille de Big Peat n’est pas loin. Elle a en effet grand besoin de retrouver un calme intérieur et de faire un point sur sa vie mais est-ce possible alors que le capitaine Patrick Atzori est sur le point de lui révéler les secrets de ses origines familiales et de son frère en particulier ? Deux ans d’enquête pour Atzori, deux années de sa vie qu’il a consacrées pour retrouver la trace d’enfants, devenus adultes, enlevés à leurs parents dès leur naissance. Une sombre, une très affaire.

Au même moment, à Besançon, le fief de Marianne, la mort frappe et de bien horrible façon. Le cadavre d’un homme est retrouvé quai de Strasbourg, les poignets ont été sectionnés, le sexe et les testicules ont disparus. Le lecteur sait, les policiers, eux, ne tarderont pas à comprendre que derrière cet acte barbare se cache une terrible vengeance. Le responsable d’enquête est le commissaire William André. Il a sous ses ordres, outre sa garde rapprochée constituée des lieutenants Simon et Delzongle, le lieutenant Goncalves et le capitaine Abdel Alaoui, deux « fidèles » de Marianne Bracq. Tiraillements et tensions en vue.  

Comme de bien entendu, l’enquête s’enlise, pas de témoins ; il faudra un nouveau meurtre, quasi authentique au premier, pour que les enquêteurs  commencent à tisser des fils et examiner ce que les deux victimes, Olivier Bourrier et Pierre Farelle pouvaient bien avoir en commun pour connaître un tel sort.

Tandis que les nuages s’amoncellent sur Concarneau et que Marianne, encore une fois, doit faire face à un destin bien cruel, à Besançon, on craint la panique, un tueur en série ne constituant pas la meilleure publicité pour le tourisme au beau milieu du mois d’août.

Fabrice Pichon est un romancier et un artisan. Avec beaucoup d’habileté, il fait se croiser les meurtres de Besançon avec les secrets de famille de Marianne. Si elles ne sont pas jumelées, Concarneau et Besançon se découvrent des airs de ressemblance au travers des péripéties et rebondissements imaginés par l’auteur. Un crochet à Itaguai au nord-est de Rio de Janeiro est également au programme.

L’intrigue est donc classique et faire se croiser deux enquêtes n’est pas vraiment une innovation. Mais quand c’est bien fait, discret et que les disques s’emboîtent sans bruit, alors on se tait, on applaudit et on apprécie. Il n’y a pas de bons livres sans bons personnages. Et de ce point de vue, l’auteur soigne la partition. Il y a Marianne Bracq bien sûr, dont je ne suis pas certain qu’elle soit un cadeau au quotidien pour un compagnon potentiel ; Rebelle comme sa mèche, lunatique, elle est du genre à n’en faire qu’à sa tête ; une obstination qui lui réussit plutôt bien côté professionnel même si elle agace parfois ses supérieurs. Maxence Laurençon, commissaire divisionnaire, est très justement dépeint ; une fonction difficile entre procureur et policiers, entre le marteau et l’enclume. Goncalves et Alaoui, les deux fidèles de Bracq se chamaillent pas mal mais forment un duo franchement attachant. Et il y a les personnages dont je ne peux évidemment rien vous dire sous peine d’en dire trop.

J’ai un ami blogueur qui a tout lu de Fabrice Pichon depuis ses débuts. Il s’agit de Pierre de Blacknovel, un inconditionnel de l’auteur. Je vous mets les liens vers ses chroniques des deux premières enquêtes de Marianne Bracq :

https://blacknovel1.wordpress.com/2014/11/09/le-complexe-du-prisme-de-fabrice-pichon-citron-bleu/

https://blacknovel1.wordpress.com/?s=le+m%C3%A9morial+des+anges

 

Quant à l’auteur lui-même, il dit à propos des enquêtes de Marianne Bracq : « Cette série se construit autour d’elle, mais je n’ai pas la prétention de faire autre chose qu’un livre divertissant où l’on passe un bon moment, où on se laisse prendre, un « roman de gare » en fait. »

Plutôt qu’un bon moment, c’est un excellent moment que vous passerez avec Retours amers et pour la gare, permets-moi, Fabrice, de choisir. Ce sera la gare du musée d’Orsay !

Retours amers est préfacé magistralement par Danielle Thiéry.

 

Retours amers

Fabrice Pichon

Éditions Lajouanie 2017

 

Commenter cet article

Vincent 07/03/2017 15:33

Mon ami Jean,
J'ai un avantage sur toi, j'ai lu les deux premières aventures de Marianne. Il ne fait aucun doute que ce troisième opus dont tu dis le plus grand bien, ira s'ajouter aux deux premiers. Il est prévu de rencontrer l'auteur au Lavandou pour parler bouquins, autour d'une bonne table. J'ai déjà eu l'occasion de passer une soirée avec lui et autant te dire que ce garçon n'engendre pas la mélancolie.
Amitiés.

Jean dewilde 12/03/2017 16:26

Certes, mon ami. Il est vrai que Fabrice réussit à faire en sorte, brillamment d'ailleurs, que cette troisième enquête puisse se lire indépendamment des deux premières enquêtes. Mais avoir en tête les sensations précédentes est toujours préférable. Je ne doute pas un instant du plaisir qu'il y a de converser avec l'auteur. Amitiés.

PIERRE FAVEROLLE 07/03/2017 06:42

Salut mon ami Jean le Belge. J'en parle demain, et moins bien que toi. Fabrice Pichon montre tout son savoir faire dans ce roman, et c'est excellent, comme tu le dis. Amitiés

Jean dewilde 07/03/2017 15:01

En moins bien, en moins bien, c'est toi qui le dis, mon ami. Comme tu aimes énormément les romans de Fabrice, ton billet sera de feu car on ne parle bien que de ce que l'on aime. Je te lirai attentivement. Amitiés.

Pichon 06/03/2017 18:39

Merci Jean pour cette chronique qui me touche avec beaucoup d'émotion ( mais c'est un peu mon état actuel...en mode à fleur de peau pour le meilleur)

Jean dewilde 07/03/2017 15:09

Je suis très heureux d'avoir provoqué chez toi une" bouffée émotionnelle", Fabrice. Pourtant, le succès ne te boude pas. C'est donc fort bien de garder cette capacité de réaction spontanée. Si le futur proche de Marianne semble s'éclaircir quelque peu, je te soupçonne déjà de la plonger dans des situations que je ne souhaite pas pour moi-même. Amitiés.