Dieu pardonne, lui pas! - Stanislas Petrosky

Publié le par Jean Dewilde

 

Nos églises sont vides, on n’y entend plus guère que le coassement de quelques grenouilles. Les serviteurs de Dieu ne savent plus à quels saints se vouer tandis que Requiem, de son vrai blaze Estéban Lehydeux, sait très bien à quels seins se dévouer. Prélat, curé, diacre, missionnaire, vicaire, exorciste, confesseur, il est tout ça, Requiem, et plus encore.

Allez savoir comment Requiem choisit ses missions divines ! Partout où il flaire une bonne et grosse injustice, il se précipite sans avoir demandé au préalable l’aval du Tout-Puissant. En l’occurrence, il débarque au Havre, là où un syndicaliste, Jules Durand, est soupçonné d’avoir poignardé à mort son supérieur, le laissant à quai, pour ainsi dire et si j’ose me permettre. Dans ce port serein et havre de paix, il ne tarde pas à infiltrer, grâce à Elena, une connaissance syndicaliste, la société Ody-Art, spécialisée dans l’achat, la revente, la négociation d’objets d’arts auprès des collectionneurs privés. A bien y regarder, l’objet social de la boîte décrit ci-dessus, pourrait de très loin s’apparenter à de l’art et de très près à de l’art dégénéré. Elle est la propriété de Jean-François Roy, qui, pour faire court, est le prototype type de l’archétype de l’extrême droite, le bras tendu bien devant lui, comme il faut, brassard rouge avec un cercle blanc et une croix gammée ou svastika à l’intérieur ; éminemment sympathique d’emblée. Parmi ses tout proches collaborateurs, aucun ne mérite d’être cité, leurs seuls dénominateurs communs étant une bêtise profonde et cultivée et un attachement viscéral aux valeurs de la boîte et de leur mentor. Ah si, il me faut quand même mentionner Jésus Embarck qui, outre les qualités énoncées ci-dessus, plus haut et susmentionnées, émet quand il ouvre la bouche l’exquise odeur du chameau en décomposition doublée du doux fumet de l’opossum femelle ménopausée. Le mec auquel il ne faut surtout pas dire de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, vous comprenez pourquoi.

Trêve de bavardages, la mission de notre héros s’annonce particulièrement périlleuse. Pour en assurer la réussite, Requiem doit pouvoir s’appuyer sur une base arrière solide et sans faille. Sandy sera celle-là. L’habit fait-il ou ne fait-il pas le moine ? Avant de lapider notre émissaire du Tout-Puissant, reconnaissons qu’en ce qui concerne Sandy, Requiem est parvenu à dépasser les apparences, à aller au-delà du paraître pour découvrir la beauté intérieure de la demoiselle. Collants en laine vert bouteille, jupe violette égayée de petits motifs jaunes illustrant des abeilles qui butinent et chemisier rouge coquelicot, la belle fait à la fois tout pour attirer le regard et l’en détourner. Requiem, en fin connaisseur de la création, a vite fait de découvrir le dessous des cartes et des fringues. Débarrassée de ses atours, Sandy est une jeune femme absolument délicieuse.

Amateur de bonnes bières, de bonne chère et de bonne chair, Requiem ne perd pas pour autant de vue les raisons qui l’ont amené au Havre. Il bosse comme manutentionnaire dans la boîteàRoy (attention à la prononciation) et découvre un odieux trafic dont toi, lecteur n’a même pas idée (heureusement, sinon, tu ne lirais pas le bouquin).

Il est tout bonnement impossible de ne pas sourire, voire rire à gorge déployée tant ce nouvel opus des aventures de Requiem propose en continu un humour communicatif, pas toujours d’une finesse extrême, mais tellement visuel et direct qu’il en est irrésistible. San Antonio et son père spirituel, Frédéric Dard, ne sont jamais loin, Michel Audiard non plus. Cependant, l’auteur a sa propre griffe et si son écriture rappelle celle de ses illustres prédécesseurs, c’est davantage parce qu’il leur rend hommage que parce qu’il s’en inspire. Il nous rappelle aussi toute l’importance qu’il y a à rester vigilant face à ces nazillons bêtes mais dangereux qui hélas ne figurent pas que dans ce Dieu pardonne, lui pas ! Vous l’aurez compris, il n’y a que de très bonnes raisons pour découvrir ce deuxième volume des aventures de Requiem après Je m’appelle Requiem et je t’…

Un extrait dans lequel Requiem se confesse au Tout-Puissant : « Bon d’accord, deux femmes en même pas vingt-quatre heures, des choses vraiment sales pour vous, mais divines pour nous pauvres humains. Juste un détail, je veux bien me faire sermonner et reconnaître mes péchés. Je  vais même vous dire Patron, je les assume. Oui je reconnais devant vous, devant mes frères que j’ai péché, et pas qu’un peu ! J’ai péché avec ma gaule. Oui, mon Dieu, je suis curé et j’aime les femmes ! Oui, je suis excité à la vue d’un joli cul féminin qui ondule, j’avoue… »

 

Dieu pardonne, lui pas !

Stanislas Petrosky

Éditions Lajouanie, avril 2017

 

 

 

Publié dans polars français

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Vincent 01/05/2017 12:30

Mon ami Jean,
Moi qui suis un agnostique convaincu (grâce à Dieu!), tu me donnes envie d'aller voir de plus près ce que fabrique ce cureton. Les références à Dard et Audiard sont déjà une belle carte de visite...
Une petite note pour ne pas passer à côté de ce roman apparemment jubilatoire.
La bise, l'ami.

Jean dewilde 01/05/2017 15:33

Vincent mon ami,
Il est évidemment préférable d'avoir l'esprit espiègle et facétieux au moment d'ouvrir le livre. Tu me répondras à juste titre que c'est un remède à la morosité. Dans les deux cas, le lecteur est donc gagnant. L'auteur, pour ta gouverne, est thanatopracteur de profession, ce qui n'ajoute et n'enlève rien à ma chronique. Amitiés.

Stanislas 30/04/2017 21:40

Merci pour cette belle chronique...

Jean dewilde 01/05/2017 15:43

Stanislas,
Pour écrire une belle chronique, il faut évidemment un bon livre. Et ton bouquin, je l'ai lu à un moment politiquement délicat pour tous mes amis français Mise en garde, avertissement, un océan d'humour, intelligent et drôle. Requiem prend position sans détour et prend le contre-pied du pape François qui avoue ne pas bien connaître la politique française. J'espère que tu vas lui mettre le grappin à celui-là dans Requiem III. Amitiés. Jean.

PIERRE FAVEROLLE 30/04/2017 18:17

Salut mon ami, j'ai encore un peu de retard dans la lecture de tes billets. Celui ci, je l'ai lu avec délectation, oubliant presque que c'est un curé qui parle ... Du rire à toutes les pages, c'est excellent ! Amitiés

Jean dewilde 01/05/2017 15:48

Mon ami Pierre,
Crois-moi, il a du talent, l'ami Stanislas. Tu ne pourras qu'apprécier cette parenthèse drôle et intelligente. Parenthèse parce que son bouquin se lit quasi d'une traite. Mais il reste dans nos esprits car il épingle tout ce qui de près ou de loin évoque cette extrême-droite détestable. Amitiés. Jean.