Comme de longs échos - Elena Piacentini

Publié le par Jean Dewilde

 

Je ne vais pas attendre les dernières lignes de cette chronique pour vous dire tout le bien que je pense et même plus de ce nouveau roman de l’auteure. Il est formidable. Deux changements notoires avec ce titre : nouvelle maison d’édition (Fleuve noir) et nouveau personnage, une femme, le capitaine Mathilde Sénéchal. Ce qui ne signifie en aucun cas la retraite de Pierre-Arsène Leoni et de son équipe, je vous en dis un mot plus loin.

Mais de quoi cela parle, ces longs échos ? L’intrigue est à la fois simple et terriblement complexe. Nous sommes à Lille. Vincent Dussart rend visite à sa femme dont il est provisoirement séparé, à l’initiative de celle-ci. Ce qu’il découvre le plonge presque instantanément dans un état de choc. Sa femme a été abattue d’une balle dans la tête et leur fils Quentin, trois mois, a disparu. C’est lui-même qui prévient la police.

Pour l’équipe du commandant Lazaret, une véritable course contre la montre s’engage, une course contre la mort car un mioche de trois mois ne peut pas endurer grand-chose, ne peut résister très longtemps éloigné du cocon maternel. C’est la raison pour laquelle la pression sur Vincent Dussart, le père, est maximale. En toute logique, il est leur premier suspect même si les enquêteurs doivent attendre très longtemps, trop longtemps pour l’interroger. Mais Vincent Dussart ne dit rien ou si peu. Sans aveux et sans cadavre, ils n’ont finalement pas grand-chose contre lui mais suffisamment pour le maintenir en garde à vue. Il faut chercher ailleurs, vite et il faut surtout retrouver le petit bonhomme d’autant que des traces de son sang ont été identifiées dans la maison. Un rapt d’enfant justifie la mise en œuvre de moyens exceptionnels, les enquêtes en cours sont reléguées au second plan. Urgence, urgence.

Arrêtons-nous sur ces nouveaux personnages à propos desquels l’auteure ne nous dit pas tout dans ce premier opus mais qu’elle fait bien plus qu’esquisser. Le chef de groupe se nomme Albert Lazaret. A un an de la retraite, il porte tous les stigmates d’une carrière aux horaires infernaux, malbouffe, consommation excessive de tabac et je ne vous parle pas de l’usure psychologique née de la promiscuité avec les tordus de toutes sortes. Le lieutenant Damien Delage, cinquante et uns balais, crâne dégarni et bedaine naissante n’est pas au mieux. Sa femme l’a quitté il y a une dizaine de jours pour un financier et il en bave car, des sentiments, il en a toujours ; il est aussi le père de deux petites filles. Il laisse désormais son arme de service dans le tiroir de son bureau, il connaît trop de collègues qui dans un moment difficile comme celui qu’il vit se sont fait sauter le caisson. Le lieutenant Franck Sqalli a la trentaine, tout en nerfs et en muscles. Et pour clore la composition de l’équipe « Lazaret », le brigadier Sylvie Muller, la petite nouvelle.

Le capitaine Mathilde Sénéchal a rejoint le commandant Lazaret alors qu’elle était en poste à Paris et lui à Lille. Huit ans plus tôt, ils avaient déjà collaboré sur un quadruple homicide. Entre eux est né un respect doublé d’une tendresse et d’une intimité qui ne doit rien au sexe. Je ne peux pas écrire que Mathilde évoque spontanément la sympathie. Elle est abrupte, sèche, cassante. Une carapace indispensable pour masquer ses blessures et fêlures dont on n’apprendra pas grand-chose mais dont le lecteur devine qu’elles sont dévastatrices et tétanisantes. A trente-huit ans, cheveux bruns coupés à la garçonne, elle ne fait aucun effort pour séduire, le boulot est pour elle la meilleure et la seule thérapie. Mathilde vit dans un univers olfactif, elle a développé depuis l’enfance une phobie sévère des odeurs de menthe. Les personnes, les lieux, tout évoque d’abord et surtout des odeurs, des parfums.

Hors champ apparaît un personnage qui a été flic dans une vie antérieure. Cet homme, c’est Pierre Orsalhièr, un Ariégeois qui mène une vie solitaire. Cette affaire d’enlèvement l’a littéralement plongé dans un examen de conscience. Vingt ans plus tôt, il a enquêté sur une affaire qui à première vue présente des similitudes avec le rapt du petit Quentin. Une affaire non résolue, une femme exécutée, un bébé enlevé et jamais retrouvé. La culpabilité du père n’a jamais pu être établie. Orsalhièr a démissionné. Mais aujourd’hui, doit-il monter sur Lille, y a-t-il la moindre et infime possibilité que deux affaires, espacées de vingt ans, recèlent des points communs ?

Je m’en voudrais de ne pas vous dire un mot d’Adèle, la petite voisine de Mathilde. Une ado tout en trompe-l’œil qui voue à la capitaine de police une admiration sans borne. Dès qu’elle le peut et à sa façon, Mathilde l’entoure de son affection.  

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce polar, c’est le travail d’écriture de l’auteure. On aurait pu s’attendre à une écriture très factuelle, étroitement liée aux événements et rebondissements. Elle l’est mais la poésie est omniprésente dans ce texte et notamment lorsque le capitaine Mathilde Sénéchal est assaillie par ces perceptions olfactives que l’auteure restitue merveilleusement bien, c’est un régal.

Le dénouement de cette affaire éprouvante pourrait irriter les plus cartésiens d’entre vous – et j’en fais partie. C’est sans compter sur la note de l’auteure au lecteur qui nous informe qu’elle s’est inspirée d’un fait divers survenu le 14 février 2000 dans l’Aveyron. Une fois encore, la réalité dépasse et de loin la fiction.

Grâce soit aussi rendue à Pierre qui m’a permis de découvrir cette nouvelle série. Pierre est un fan et spécialiste d’Elena Piacentini et vous pouvez lire sa chronique ici, https://blacknovel1.wordpress.com/2017/09/06/comme-de-longs-echos-delena-piacentini/.

Sa chronique s’enrichit d’un échange passionnant avec l’auteure et dans sa chronique, Pierre renseigne également un entretien tout aussi captivant d’Yvan du blog Emotions avec Elena. Vous aurez ainsi appris beaucoup de choses et surtout l’envie de découvrir ou de continuer de découvrir une œuvre littéraire qui compte dans le monde du polar.

 

Comme de longs échos

Elena Piacentini

Fleuve noir 2017

 

Publié dans polars français

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