La menace Blackstone - Sylvain Pavlowski

Publié le par Jean Dewilde

 

Quand vous commencez d’écrire, écrivez sur ce que vous connaissez. Il ne l’a pas dit comme cela mais en substance, c’est l’un des conseils de Stephen King. Sylvain Pavlowski l’a bien compris. Qui est-il ? Il a été vice-président international d’un grand groupe informatique. En charge du secteur bancaire, il a contribué à la mise en place de solutions d’analyse en temps réel des flux boursiers ; autrement dit, il a doté cette entreprise d’armes informatiques de données financières lesquelles permettent de repérer parmi les millions d’ordre passés, ceux qui sont réels afin de pouvoir agir ensuite sur les cours d’achat ou de vente. Il nous parle de la financiarisation du monde, des superordinateurs, il dresse un portrait glacial et terrifiant d’un monde à part, auquel nous n’avons pas accès, que nous n’imaginons ni ne pouvons imaginer mais dont nous avons déjà entendu parler à maintes reprises.

Sylvain Pavlowski a choisi le roman (c’est son premier) pour nous décrire  cet univers et il s’avère un excellent pédagogue. Honnêtement, j’avais hésité avant de dire oui à cette proposition de lecture. Je craignais en effet de tomber sur un truc un peu lourdingue auquel je n’aurais pas compris grand-chose. Mais pas du tout, mon intérêt n’a pas faibli un instant et j’ai appris énormément.

L’auteur a choisi trois lieux stratégiques pour planter son intrigue. Paris, New York et Zurich. Les faits, on le devine, se déroulent en 2017.

Paris. Un attentat terroriste ensanglante la capitale entre les deux tours de l’élection présidentielle. Un kamikaze s’est fait sauter. L’enquête échoit à la commandante Pauline Rougier, proche de la quarantaine, seule femme à avoir un poste de direction à la brigade anti-terrorisme. Veuve depuis deux ans, elle ne se remet pas de la mort de Laurent, survenue dans des circonstances tragiques. Dans le même temps, toujours à Paris, on assiste à l’émergence de Tarek Laïd. Cet imam et prêcheur se profile comme la seule personnalité susceptible de fédérer la communauté musulmane dans sa grande majorité. C’est à tout le moins ce que pensent certains dirigeants occupant des postes haut placés  et, derrière le soutien qu’ils sont prêts à lui apporter, se profilent des objectifs beaucoup plus troubles.

New York. Jack Campbell, quarante-trois ans, est journaliste économique au New York Times. Un journaliste chevronné qui s’est bâti une solide réputation en 2008 en couvrant dans un édito quotidien la crise des subprimes consécutive à la chute de Lehman Brothers. Ce géant, un mètre quatre-vingt-quinze, est aussi un colosse aux pieds d’argile. Fragilité qui remonte à la fin de l’année 2000.Il est au volant de sa voiture quand un camion le percute. Sa petite fille, Hailey, âgée de six mois, décède dans l’accident et son mariage avec Jenny n’y résiste pas. Insidieusement, il commence à boire et même s’il est aujourd’hui un alcoolique repenti ou en sursis, il éprouve une véritable terreur à la seule perspective de devoir entrer dans un bar. A la demande de Thomas Delvaux, un ami et mathématicien franco-suisse de renom, il décide d’enquêter sur un fonds d’investissement opaque Millenium Dust dont le siège social est situé dans la Grosse Pomme. Il ne le sait pas encore mais il vient de mettre la main dans un engrenage dans lequel ses doigts ne sont pas les seuls à courir le risque d’être broyés.

Zurich. Thomas Delvaux. La cinquantaine. Génie des maths, il a passé trop de temps selon son propre aveu à les enseigner dans les amphithéâtres universitaires. Retraité de l’enseignement, le bonhomme a mis toute son énergie à créer sa propre boîte, la Franex, spécialisée dans le développement d’algorithmes ultra-performants permettant l’analyse des transactions financières à haute fréquence. Marié à Hanna, rencontrée à la Franex, de cinq ans sa cadette, il est le père de deux filles Lola et Rebecca. C’est lui qui va mettre au jour un complot visant à déstabiliser l’économie mondiale via des volumes de transactions financières sans précédent repérées sur le Net.

Trois personnages aussi différents qu’ils puissent l’être pour tenter de porter à bout de bras ce thriller qui brasse des thèmes aussi glaçants que bien réels. Manipulation des opinions politiques, communautarisme, suprématie absolue de l’informatique sur l’économie, entre autres.

Si l’aspect didactique, je l’ai dit plus haut, m’a pleinement convaincu, le volet fiction ne résiste pas à une analyse minutieuse que je ne ferai pas car tel n’est pas l’objectif d’une chronique ou de mes chroniques en tout cas. Je ne serai pas aussi dur qu’un certain nombre de chroniques que j’ai lues et dont je comprends le bien-fondé mais qui oublient un élément essentiel, c’est que l’auteur signe ici son premier roman. D’expérience, j’ai déjà rencontré des auteurs dont le premier roman ressemblait à un gentil galop d’essai qu’ils ont brillamment transformé dès leur deuxième parution. Par contre, je ne serai pas aussi tendre que les vingt-huit commentaires laissés sur Amazon, dont vingt-six attribuent cinq étoiles au roman et deux autres, quatre étoiles. Probablement s’agit-il de la garde rapprochée de l’auteur, amis et connaissances mais n’est-ce pas un mauvais signal envoyé à celui-ci ?

L’auteur a mis un soin particulier à configurer ses trois personnages principaux. A leurs côtés, les autres personnages semblent bien fades et le lecteur ne leur prête très vite que peu d’intérêt voire de crédibilité. Un bel exemple est celui des deux méchants chargés d’exécuter les basses besognes. Ils m’ont presque fait rire tant ils sont caricaturés. Par contre, il y a un personnage qui est presque comme une étoile filante et que j’ai  pourtant ressorti de ma lecture. Elle s’appelle Linda, est réceptionniste dans une petite boîte à New York. L’auteur, en quelques lignes, réussit à en dresser le portrait d’une femme banale, peut-être même à la limite vulgaire mais sincèrement soucieuse d’autrui. Un peu à l’image du livre, l’auteur alterne le bon et le terne et l’ouvrage dans son ensemble manque d’un minutieux travail de relecture, de réécriture et d’écrémage. C’est un grand classique que de dire qu’il y a cent pages de trop mais c’est le cas ici. Comme si Pavlowski n’avait pas pris le recul et la hauteur indispensables pour jeter un œil critique sur son texte. C’est d’autant plus regrettable car j’ai bien perçu que l’auteur a travaillé très dur. A certains moments, le lecteur sent bien que l’auteur a du mal à choisir entre celui qui sait et celui qui raconte, en d’autres mots, entre le spécialiste des thématiques abordées et le romancier. Enfin, je regrette une ponctuation vraiment lourde où le point d’exclamation se substitue abusivement et systématiquement au point, c’est très désagréable.

Rappelez-vous, c’est un premier roman, publié en autoédition de surcroît. C’est peut-être ce manque d’encadrement dont souffre ce premier opus car je reste convaincu que le potentiel est bien présent. Et une prochaine enquête mettant en scène Pauline Rougier est prévue.

 

La menace Blackstone

Sylvain Pavlowski

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Publié dans Le noir français

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