Bretzel Blues - Rita Falk

Publié le par Jean Dewilde

 

Bienvenue en Bavière ! Après Choucroute maudite publié aux éditions Mirobole en 2016, voici le deuxième volet des aventures de notre héros antihéros, j’ai nommé Franz Eberhofer, policier de son état et Commissaire, de son grade. Un policier mutin muté pour raisons disciplinaires à Niederkaltenkirchen, un petit village perdu et reculé dans le sud-est de la Bavière.

Tout va assez bien pour Franz qui n’est plus contraint de dormir sous le même toit que la Mémé et le Papa. Enfin, il ne crèche pas bien loin. La rénovation de l’ancienne porcherie est pratiquement terminée, suffisamment confortable pour accueillir Franz et son chien Louis II, race : Cavalier King Charles. Mais pas assez loin cependant pour ne pas entendre la musique des Beatles que le Papa met à fond à toute heure. Le Papa qui a une dent contre Franz depuis ce fameux accident de jardinage dans lequel il a perdu trois orteils avec la fâcheuse et irrémédiable conséquence qu’il ne pourra plus jamais glisser ses panards dans des tongs. De toute façon, Franz n’est pas le fils préféré. L’élu, c’est le Léopold : il tient une librairie à Münich, est en couple avec une Thaïlandaise et est tout fraîchement papa d’une petite-fille, prénommée Uschi comme sa grand-mère maternelle (la maman de Franz et Léopold). Franz, bien entendu, préfère l’appeler Sushi. « …Sushi lui va impeccablement, parce qu’il s’agit bien d’un petit rouleau asiatique ».

Franz déteste cordialement le Léopold. « …Si l’on pense qu’au fond il est juste un libraire minable sans cesse largué par les femmes, tout ça a l’air ridicule, bien sûr. Mais quand il s’agit d’impressionner le Papa, tous les moyens sont bons à ce lèche-bottes. C’est simple, une trace de bave aussi large qu’un tank mène direct du Léopold au Papa… »

La Mémé tient l’église au milieu de village grâce à sa divine cuisine. Une cuisine riche puisque bavaroise sans point commun aucun avec la gastronomie moléculaire. Pour que Franz se sente bien, vraiment bien et qu’il puise exercer son métier de policier efficacement, les conditions suivantes doivent être réunies : la cuisine de la Mémé, les promenades avec Louis II, les petits pains au fromage de foie de chez Simmerl, le boucher-charcutier, les bières chez Wolfi et évidemment la Suzi, pour laquelle son cœur bat.

Tout cela est bel et bien mais je vous ai dit que Franz Eberhofer était policier et que fait un policier, il enquête. A Niederkaltenkirchen, il ne devrait jamais rien se passer mais le fait est qu’il s’y passe toujours quelque chose. Pour le coup, ça commence doucement. Notre Franz est appelé avant son petit-déjeuner pour constater un gribouillage obscène et menaçant barbouillé sur la façade de la maison de Höpfl. Il est écrit : « CRÈVE, SALE PORC ! » en gros, en rouge, avec des coulures. Franz n’est pas inquiet plus qu’il n’en faut compte tenu de la profession de la victime. Le Höpfl est directeur de collège. Mais quand le Höpfl disparaît, la machine policière incarnée par un seul homme se met en branle. Une machine vite arrêtée puisque le Höpfl réapparaît, certes avec des hématomes et ecchymoses sur tout le corps mais il réapparaît quand même avant de disparaître à nouveau et de réapparaître sous la forme de tout petits morceaux disséminés le long de la voie de chemin de fer. Ça, ça inquiète Franz autant que ça le fout en rogne car il sait que son quotidien, source d’harmonie, s’en trouvera bousculé jusqu’à élucidation du meurtre car c’est bien d’un meurtre qu’il s’agit.

Je vous ai dit que Franz avait été muté à Niederkaltenkirchen pour raisons disciplinaires. Quand il patrouillait à Münich, il formait un duo de feu avec son collègue avec Rudi Birkenberger. Alors qu’ils effectuaient le transfert d’un pédophile de la prison vers le tribunal, le Rudi n’a rien trouvé de mieux que d’éclater les couilles du pervers au pistolet. Un motif de licenciement non discutable et une mutation pour Franz. Le Rudi est devenu détective privé et ils s’échangent de temps à autre des tuyaux puisqu’ils sont restés amis.

Il n’a l’air de rien comme ça, le Franz, mais c’est un besogneux, un opiniâtre, un têtu. Pourtant, sa hiérarchie lui met des bâtons dans les roues sous la forme de missions diverses et variées. Quand il ne doit pas assurer la sécurité de Buengo, le nouveau transfuge angolais de l’équipe de foot de Niederkaltenkirchen, il est sommé de se rendre à Landshut car une épidémie de grippe cloue au lit tout ce qui ressemble de près ou de loin à un poulet. Et ce en pleine fête des Noces, l’une des plus grandes fêtes médiévales d’Europe.

Sur tous les fronts, le Franz ! Mais ce qui l’inquiète vraiment, c’est que la Suzi a planifié des vacances avec ses collègues en Italie. Je ne vous l’ai pas encore dit mais la Suzi est employée à la mairie et son bureau est quasi attenant à celui de Franz. Là, il se sent mal, le Franz ! Sa Suzy en Italie ! Mais pour quoi faire, bon sang ! S’il est vrai qu’ils se sont disputés, Franz ne comprend pas pourquoi elle a pris la mouche. Je vous laisse juge. « Là voilà qui se réveille. Je l’ai vraisemblablement arrachée au sommeil à force de la pincer. « Qu’est-ce que tu regardes comme ça ? » demande-t-elle en retirant ma main de sa cuisse. Moi, comme je sais bien sûr que le mot « cellulite » est particulièrement atroce pour les femmes, je préfère laisser tomber. Au lieu de ça, je dis : « Tu as déjà une jolie petite peau d’orange sur les guiboles, hein ! » Pauv’con est la dernière chose qu’il entend.

La toile de fond de ce Bretzel Blues est évidemment drôle. Le bon sens, souvent, le dispute à l’absurde. Mais ce qui est aussi très réussi selon moi, c’est que Rita Falk parvient très habilement à insérer une intrigue policière qui tient extrêmement bien la route. Et pour le coup, elle est même assez glauque.

La série des Commissaire Eberhofer compte déjà huit titres. Bretzel Blues est le deuxième titre traduit en français. Une place de choix est déjà faite dans ma bibliothèque pour accueillir les suivants. Un grand coup de chapeau aux traductrices, elles sont deux : Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux. Il n’est jamais facile de restituer l’humour sans le dénaturer et elles s’y emploient à merveille.

 

Bretzel Blues

Titre original : Dampfnudelblues

Traduit de l’allemand par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux

Éditions Mirobole, 2018

Publié dans polars allemands

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Commenter cet article

Yv 23/04/2018 16:27

Excellente cette série, j'ai fait de la place moi aussi pour la suite

Lili 13/02/2018 15:19

Merci pour cette critique, j'ai découvert une auteure dont j'ignorais l'existence ! Ça à l'air d'être complètement barré, j'adore !

Jean dewilde 13/02/2018 15:41

Merci pour ce commentaire rapide et éclair. Barré, ce l'est mais pas que... Joyeuse lecture.
Amitiés. Jean.