Ciel de traîne - Gilles Vidal - Zinedi Éditions

Publié le par Jean Dewilde

 

Gilles Vidal a déjà commis de très nombreux romans et pourtant, c’est ma première rencontre avec une plume très particulière. Je remercie Fabienne Germain d’avoir eu l’excellente idée de me proposer en lecture ce Ciel de traîne.

Le titre du livre est particulièrement bien choisi. La définition telle que définie par Wikipédia est la suivante : Un ciel de traîne est un état du ciel observé après une perturbation. Il se montre particulièrement changeant et peuvent s'y succéder des averses, des éclaircies et des passages nuageux, voire de l'orage et de la foudre.

C’est précisément ce qu’il se passe dans ce polar atypique dont on devine que les événements qui se produisent aujourd’hui trouvent leurs racines dans une perturbation antérieure. L’épigraphe en tête de l’ouvrage est éloquente : « Sous vide, les aliments maintiennent longtemps l’intégrité de leurs propriétés. Il en est de même des rancoeurs. »

Manifestement, l’auteur aime nous perdre et en toute franchise j’ai adoré ça. Les chapitres (courts) se succèdent et semblent n’avoir rien en commun si ce n’est l’atmosphère pesante et oppressante qui les imprègne. Les personnages ont tous des fers aux pieds, ils luttent vaille que vaille pour garder ou regagner un semblant de dignité et d’estime de soi. L’auteur situe le cadre de son intrigue dans une petite ville fictive, Virelay, en Languedoc-Roussillon.

Le prologue relate la séquestration d’une femme qu’on suppose jeune. Nous faisons ensuite la connaissance d’Antoine Rouvier, à l’aube de la quarantaine, complètement anéanti par la disparition de sa compagne, Josy. C’était il y a trois semaines et lorsqu’il s’est présenté au bureau de police pour signaler sa disparition, les flics lui ont quasiment ri au nez. Il n’avait même pas une photo à leur montrer. Certes, il la connaissait depuis fort peu de temps mais surtout elle avait une sainte horreur d’être photographiée. Rouvier est dans le commerce des meubles anciens, il repère les bonnes affaires et les revend à d’authentiques collectionneurs.

Franck Kamensky est lieutenant de police. Il est seul, vit seul et mal dans un appartement des faubourgs. Nous le retrouvons sur une scène de crime dans le bois de Blancpain. Il s’agit d’un homme âgé de vingt-cinq à trente ans, égorgé, portant d’innombrables ecchymoses et tenant un os dans sa main droite. De Kamensky, nous savons qu’il a connu un traumatisme sévère lié à un attentat terroriste dans un gymnase. Lui et ses hommes étaient le plus près lorsque l’alerte avait été donnée et ils avaient été les premiers au contact des victimes hurlant, pleurant ou se taisant à jamais. Nous savons aussi qu’il n’a ni frère ni sœur, que sa mère est morte lorsqu’il avait trois ans et que son père s’est éteint à cinquante-sept ans. Franck a eu une longue liaison avec Élodie dont il était éperdument amoureux. Cela fait douze ans qu’elle l’a quitté alors qu’elle était enceinte. Franck a épuisé toutes les ressources pour la retrouver. Demeurent les questions.  

Vincent Appert, quant à lui, revient à Virelay. Il hérite de la maison d’Éric Sauvard. Les Sauvard, famille d’accueil pour Vincent et sa sœur, Anka. Il emménage dans cette maison qui est un puits de souvenirs heureux et douloureux. Il est séparé d’Aline avec laquelle il a eu un fils, Adrien. Vincent Appert voulait être écrivain, il est scénariste.

Et puis, il y a Alice Lassale qui se fait tant de soucis pour son fils, Pierre-John Rashford, dont le père anglais s’est barré juste après l’avoir reconnu.

C’est un polar peu conventionnel que nous propose Gilles Vidal. Il y a bien un meurtre qui justifie l’entrée en scène des policiers, un meurtre qui en cache et en appelle d’autres mais l’essentiel n’est pas là. Les personnages que l’auteur fait vibrer sous sa plume ont tous une part d’ombre. Cette part d’ombre, ce sont nos mauvais choix, nos petites faillites et lâchetés. Ce sont elles qui reviennent nous hanter alors même que nous pensions les avoir enterrées à tout jamais. Ce peut être un regard que nous avons jeté ou évité, une raillerie collective à laquelle nous avons pris part, un mot qui a blessé, tous ces micro-événements qui émaillent une vie. On ne sait jamais dans quelle mesure ils ont porté préjudice mais il est une certitude : certains de nos actes ou de nos non-actes reviennent tels des boomerangs. C’est précisément ce qui se produit dans Ciel de traîne.

Ce pourrait être un livre désespérant et désespéré et il l’est, à bien des égards. Mais Gilles Vidal a décidé de créer une brèche dans la noirceur. La vie peut aussi réserver des surprises dans l’autre sens. Ça ne se refuse pas, bien sûr.

Je vous laisse avec un proverbe africain, une citation de Rousseau et un dicton qui s’invitent dans la réflexion d’Antoine Rouvier. « Si l’arbre savait ce que lui réserve la hache, il ne lui fournirait pas le manche ». «Rousseau a écrit que la patience est amère, mais que ses fruits sont doux. Antoine, lui, n’attendait rien de bon de son futur proche et pensait plutôt à ce dicton qui disait que tous les jours il y a un pigeon qui se lève et que tous les soirs il y a un con qui se couche. La soirée s’annonçait bien lugubre. »

Ne manquez surtout pas les billets de Pierre : https://blacknovel1.wordpress.com/2018/05/09/place-a-loriginalite/

Et de Claude qui a beaucoup chroniqué l’auteur :

http://www.action-suspense.com/2018/02/gilles-vidal-ciel-de-traine-editions-zinedi-2018.html

Quatrième de couverture

Un cadavre est retrouvé en lisière de forêt, un os d’oiseau dans une main. La victime a visiblement été torturée pendant plusieurs jours avant d’être égorgée. Mais qui est-elle ? Aucune disparition n’a été signalée récemment. Une jeune femme disparaît du jour au lendemain laissant son compagnon désespéré. Est-elle prisonnière de cet homme qui prétend la détenir et le harcèle au téléphone ? Un scénariste revient dans la maison de son enfance dont il a hérité. Ce n’est pas sans réticence qu’il entreprend ce retour aux sources. Qu’a-t-il à se faire pardonner ? Quel est le lien, et y en a-t-il un, entre ces personnages ? Le lieutenant Kamensky saura-t-il assembler les pièces du puzzle ?

 

Ciel de traîne

Gilles Vidal

Éditions Zinedi 2018

Publié dans polars français

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Commenter cet article

Vincent GARCIA 26/05/2018 08:36

Bonjour mon ami,

Je n'ai pas le plaisir d'avoir lu cet auteur. Je le note dans un petit coin de ma mémoire. En tout cas, ton billet donne sacrément envie. Et avec le double parrainage de Pierre et de Claude, tu enfonces le clou.

Amitiés.

Jean dewilde 26/05/2018 13:03

Bonjour Vincent,

Quand je vois le nombre de romans qu'il a publiés, je suis étonné qu'il ne soit pas davantage lu. C'est une plume singulière et une façon de penser autrement. C'est ce qui m'a plu. Apparemment, c'est sur le blog de Claude que tu trouveras le plus grand nombre de chroniques de l'auteur. Amitiés.

PIERRE FAVEROLLE 26/05/2018 08:16

Salut mon ami, Quel auteur ! J'avais lu une interview où il disait qu'il voulait écrire des histoires qui surprennent les lecteurs et qui laissent une trace dans leur imaginaire (ou quelque chose de proche). C'est exactement le cas. On ne sait jamais où Gilles VIdal va nous emmener et on se rappelle longtemps de ses livres ou de certaines scènes. A mon vis, c'est un auteur trop injustement méconnu. Amitiés

Jean dewilde 26/05/2018 13:07

Salut mon pote,
Je ne peux qu'être d'accord avec toi. Le marketing ne s'encombre pas de livres comme celui-ci. As-tu à tout hasard d'autres titres à me conseiller? Amitiés.

Fabienne Germain 25/05/2018 21:18

Quelle chronique ! L'éditrice rougit de plaisir et enfle de fierté à vous lire. Quel bonheur d'apprendre que vous avez aimé Gilles Vidal et que c'est pour vous une belle découverte. Merci :-)

Jean dewilde 26/05/2018 13:11

Bonjour Fabienne,

Je vous remercie infiniment de m'avoir proposé cette lecture. N'hésitez pas à m'en proposer d'autres. Amitiés.