Funestes randonnées - Patrick Nieto (Éditions Cairn - septembre 2018)

Publié le par Jean Dewilde

 

C’est avec le plus grand des plaisirs que je retrouve Patrick Nieto avec ce nouveau polar. Il m’avait bluffé lors de la sortie de son premier roman, Toutes taxes comprises. C’était début 2017, me semble-t-il. J’en avais écrit une chronique enthousiaste à l’époque. http://jackisbackagain.over-blog.com/2017/02/toutes-taxes-comprises-patrick-nieto.html

Il nous revient avec un ouvrage à l’intrigue sans doute moins originale par sa thématique mais toujours nourrie de cette plume élégante et littéraire. Si je vous parle de tueur en série, vous prenez vos jambes à votre cou ? Hé ho, revenez, que je vous explique !

Il y avait un sacré bout de temps que je n’avais pas côtoyé de tueur récurrent. Les tueurs en série sont le cauchemar de tout enquêteur. Non seulement, ils sont difficiles à attraper et certains sont d’une intelligence diabolique, mais surtout, ils foutent en l’air ce qui fait la routine du métier de flic. Dès lors que la traque est lancée, elle ne s’arrête qu’avec la mise hors d’état de nuire du tueur. Les policiers dorment peu, la pression qui repose sur leurs épaules est énorme, les faux pas interdits et bien entendu, ils n’avancent jamais assez vite.

Le capitaine Philomène Garcia prend ses fonctions au SRPJ de Toulouse sous la direction du commissaire François Lemoine que nous avions découvert dans le premier opus. Un homme fait d’habitudes et qui abhorre l’imprévu. Ce n’est donc pas lui qui s’empresse de parler d’un tueur en série ; en son for intérieur, il sait que ce serait ingérable. Et pourtant…on ne choisit pas ses criminels.

Font partie de l’équipe : le lieutenant Vincent Lambourde, grand costaud au crâne rasé, le brigadier Solange Loiseau, rousse trentenaire qui affectionne les tenues multicolores, le major Karim Louari aux yeux d’un noir profond et Fabrice Doublet, féru d’armes à feu et incollable sur le sujet.

Des femmes sont assassinées, massacrées. Le seul point commun qu’elles partagent entre elles, c’est qu’elles ont rencontré leur tortionnaire alors qu’elles randonnaient. Et ce ne sont pas les chemins pédestres qui manquent dans la région occitane. Des milliers et des milliers de kilomètres de sentiers de randonnées. Elles ont toutes été retrouvées mortes, ensevelies sommairement et à la hâte à quelques dizaines ou centaines de mètres du sentier ou du chemin qu’elles arpentaient. Certains corps sont découverts dans un état de décomposition avancé. Ce qui laisse à penser que le tueur est en activité depuis bien longtemps. Qu’ont-elles fait pour provoquer un tel déferlement de sauvagerie ? Car de cela, les enquêteurs sont certains : ils ont à faire à un homme en colère et qui perd tout contrôle lors de ses face-à-face avec ses victimes. D’où l’acharnement dont il fait preuve. Les enquêteurs sont convaincus aussi que les femmes qui croisent sa route ne se méfient pas. Les coups sont portés de l’avant vers l’arrière, l’assassin regarde ses victimes. Mais après ? Le terrain de jeu choisi par l’assassin n’est pas vraiment truffé de caméras de surveillance.

Dans toute enquête criminelle, il y a une part de chance. Elle se concrétise par un témoignage que l’on n’attend pas, une erreur de l’assassin, un événement fortuit. Les enquêteurs vont croire et espérer plus d’une fois. Le tueur n’est pas invisible, il doit forcément laisser des traces. L’ADN, ce foutu ADN, l’assassin en est pourvu, c’est une évidence. Carte bancaire et téléphonie mobile sont d’autres pistes à explorer et exploiter, à moins que le tueur n’utilise ni l’une ni l’autre.

Vous l’aurez compris, c’est une enquête extrêmement complexe et pénible qui attend l’équipe de Philomène Garcia. Des enquêteurs sur la brèche, éreintés, les nerfs à fleur de peau, manquant de fraîcheur et donc de lucidité, écrasés par la pression. Des hommes et des femmes desquels on attend l’impossible, c’est-à-dire réussir là où tout le monde a échoué avant eux. Car un monstre ne devient pas monstre du jour au lendemain, n’est-ce pas ?

Philomène aura l’idée d’appeler le fugitif le Sphinx. Rappelez-vous Le Sphinx qui protégeait la ville de Thèbes. Il posait une énigme aux voyageurs. Seuls ceux qui la résolvaient pouvaient entrer dans la ville, il tuait les autres. Philomène est intimement persuadée que c’est en répondant à une question complètement anodine que les randonneuses signent ou non leur arrêt de mort.

La question que j’aurais aimé poser à l’auteur est la suivante : pourquoi un millionième polar sur un tueur en série, sujet surexploité ? Il y répond dans un entretien que je vous invite à lire sur le site Crimino Corpus. https://criminocorpus.hypotheses.org/55209

A toutes fins utiles, je rappelle aux lecteurs que Patrick Nieto a 55 ans et qu’il est commandant de police fraîchement retraité ou sur le point de l’être. Il sait ce dont il parle.

Un auteur est attendu au tournant lorsqu’il publie son deuxième roman. C’est ce que l’on dit et c’est ce que j’entends. Alors, pari réussi ? Oui, sans aucun doute même si je me suis fait un peu tirer l’oreille pour entrer dans cette traque, car c’est bien d’une traque et d’une course contre la montre qu’il s’agit. L’intrigue peut paraître simple mais en réalité, elle ne l’est pas du tout. L’auteur l’a rendue complexe à souhait de par la personnalité du tueur et par l’espace quasi illimité dans lequel il évolue. Autant d’obstacles pour les enquêteurs et pour l’auteur.

Déjà remarquée dans son premier roman, la qualité de la plume. Patrick Nieto a un style très littéraire pour un auteur de polars et cette singularité m’enchante.

Ce que j’aimerais retrouver à l’occasion du prochain roman qui est en cours d’écriture, ce sont tous ces détails relatifs aux personnages que j’avais tant aimés dans Toutes taxes comprises.

Quatrième de couverture

Marciac. Été 2016. Le corps mutilé d’une randonneuse est découvert aux abords d’un chemin. Les policiers retiennent leur souffle car il porte la même signature que celle de deux autres crimes perpétrés dans la région récemment.
La psychose d’un tueur en série arpentant les sentiers de randonnée d’Occitanie s’étend peu à peu. Philomène, jeune capitaine nouvellement affectée au SRPJ de Toulouse, devra faire ses preuves sur cette enquête. Fausses pistes, malchances, évènements inattendus, ou encore bizarreries de la nature jalonneront la traque de ce prédateur…

 

Funestes randonnées

Patrick Nieto

Éditions Cairn (septembre 2018)

Publié dans polars français

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