Déraison d'État - Jean-François Pré - Éditions Eaux Troubles (octobre 2018)

Publié le par Jean Dewilde

 

Divertissement de haut standing, ce sont les mots qui me viennent spontanément à l’esprit. Un divertissement qui n’oublie pas d’égratigner la politique et ceux qui la pratiquent, les médias de tous bords et le monde du cheval qui draine une faune très particulière. A priori et je dis bien a priori, je n’étais pas trop emballé. Avec sa belle gueule d’aristocrate un peu dandy, je doute fort que Jean-François Pré vienne grossir les rangs des gilets jaunes. Si ça, ce n’est pas un délit de sale gueule ! Le seul moyen pour dépasser ce cliché était de lire le bouquin et bien m’en a pris.

Votre serviteur s’est dit qu’un petit tour sur Wikipédia ne peut jamais pas faire de mal. Bingo ! Une page pleine et dense est consacrée à l’auteur. J’y lis que Jean-François Pré est tombé amoureux du cheval à l'âge de quatorze ans. Après des études supérieures de langues, il décide d'assouvir sa passion par le biais du journalisme. Entré à Tiercé Magazine en 1975 et au Parisien un an plus tard, Jean-François Pré intervient pour la première fois à la télévision le premier mai 1983, sur TF1 dont il fut ensuite le "Monsieur cheval" jusqu'en 2012.

De 1983 à 1992, il y a commenté toutes les courses en direct, d'abord aux côtés de Léon Zitrone et d'André Théron, puis seul à la tête de son équipe.

En 1994, Jean-François Pré crée « La minute hippique », émission quotidienne de vulgarisation du cheval qui, pendant deux ans, sera un grand succès d'audience.

Son premier roman paru en 1997 s’intitule sans surprise (pointe d’ironie) Le cheval du Président. Si vous souhaitez consulter sa bibliographie complète, vous savez où aller. Ce qui nous occupe ici, c’est ce titre, Déraison d’État, troisième opus d’une série mettant en scène le commissaire Georges Langsamer. Il n’est nullement besoin d’avoir lu les deux premiers pour apprécier celui-ci, même si l’auteur vous dira à juste titre que ce serait beaucoup mieux.

La première partie du livre m’a littéralement happé, un mot que je n’utilise quasi jamais. Une invitation dans les ténèbres les plus sombres. Un fait hélas divers qui ne réclame même pas un « pourquoi ? »

C’est ce fait divers qui va faire se rencontrer les trois héros du roman. Alexander Rigaud, journaliste d’investigation au journal « Le Busard », Jean-Pierre Rigaud, oncle d’Alexander, commandant à la DGSI et Georges Langsamer que certain d’entre vous connaissent déjà. Ancien commissaire de Deauville, aujourd’hui à la retraite, fou de golf et de bonne chère, il n’a pas vraiment coupé les ponts avec la maison poulaga. Même s’il se fait presque toujours un peu tirer l’oreille, il aime exercer son esprit brillant à la résolution d’enquêtes sur lesquelles de soi-disant fins limiers se sont cassé les dents. Pour le coup, l’enquête pour laquelle le commandant Rigaud lui demande son aide (officieuse) semble être à la hauteur de ses talents.

La trame de fond du roman de Jean-François Pré est une élection présidentielle qui présente d’étranges et solides similitudes à la dernière échéance de mai 2017. Nous sommes à trois mois de l’élection, ne restent que deux candidats en course, le Président en exercice, Philippe Jocelyn du Parti du Peuple et du Progrès versus Léon Derieux, leader charismatique du parti d’opposition dont le nom est l’acrostiche de son prénom : LEON comme Liberté, Égalité, Ordre, Nation. Tous les sondages donnent Léon Derieux vainqueur et très largement.

Personnages interlopes, manigances, sales coups, duperies, DÉRAISON D’ÉTAT est une déambulation vitaminée dans les coulisses du pouvoir. L’auteur a fort habilement créé des personnages qui font penser inévitablement à des figures bien réelles. C’est le cas pour les deux candidats à la présidentielle. Le lecteur ne sait jamais très bien s’il doit rire, s’offusquer ou hurler sa rage car le ton est badin, espiègle et facétieux. Certaines situations, certains dialogues font penser au père de San Antonio, Frédéric Dard. Sacrée référence, me direz-vous.

D’autres personnages sont des caricatures, drôles ou inquiétantes et font penser aussi à des personnalités qui ont défrayé la chronique ces derniers mois ; Patrick Chose m’a spontanément évoqué Alexandre Benalla, homme de l’ombre, muet, violent, nervi.

Et puis, il y a le cheval, le seul animal auquel l’homme a donné des jambes plutôt que des pattes. Un univers où le pognon se ramasse à la pelle mais ce sont toujours les mêmes qui le ramassent. Les pur-sang sont de la partie, ils sont arabes et appartiennent à des Qataris. Il faut être très fort pour ne pas penser au PSG.

L’atout majeur de cette comédie grinçante, c’est la plume de l’auteur. Ce mec écrit bien, très bien et c’est un ravissement. Il a une connaissance approfondie de l’histoire de France, de sa culture, de sa gastronomie, du fonctionnement de la Cinquième République, de ses ors et paillettes. Il met tout ça dans un shaker et nous sert un divertissement de haut standing  comme je l’écrivais en début de chronique et politiquement très incorrect. Le prix du livre, lui, est assez exceptionnel : 14 euros.

Quatrième de couverture

Quel rapport y a-t-il entre le viol d'une mineure et un énorme scandale politique ? Pas celui que vous croyez.... Déraison d'Etat va beaucoup plus loin qu'une simple affaire de moeurs. Après Double JE et Vingt briques pour un pantin, la nouvelle enquête de Langsamer pousse le héros récurrent de Jean-Francois Pré dans la tourmente d'une élection présidentielle. Se sentant coupable de n'avoir su prévenir un drame de l'adolescence, l'ex-commissaire vole au secours d'un commandant de la DGSI pour déjouer une sanglante machination. Mais le neveu du commandant, un jeune journaliste d'investigation en mal de scoops, mène une enquête parallèle.... Sur tes traces d'une âme perdue, le commissaire Langsamer se retrouve dans le maelstrom d'une gigantesque machination politique.

 

Déraison d’État

Jean-François Pré

Éditions Eaux Troubles (octobre 2018)

Publié dans polars français

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