Le squelette de Rimbaud – Jean-Michel Lecocq (Éditions Lajouanie, janvier 2019)

Publié le par Jean Dewilde

 

Début 2018, j’avais eu le plaisir de vous faire partager mon enthousiasme à la lecture de Un charmant petit village : http://jackisbackagain.over-blog.com/2018/01/un-charmant-petit-village-jean-michel-lecocq.html.

L’auteur nous revient avec une fantaisie littéraire articulée autour du squelette du célèbre poète. Avant d’entrer tête baissée dans le contenu, attardons-nous un instant sur le contenant, la couverture. Elle est absolument splendide et nous la devons à Caroline Lainé, passée maître dans l’exercice.

Ce livre est un délice, une invitation au voyage, l’occasion, pour moi en tout cas, d’en apprendre un peu plus sur l’auteur du Dormeur du val ou du Bateau ivre. Une comédie douce avec un zeste de folie.

On sait l’être humain bizarre, capable d’idées étranges, excentriques et farfelues. Celle qui a germé dans l’esprit de Georges Hermelin, l’adjoint au maire de Charleville-Mézières et en charge de la culture, est à la fois originale et audacieuse. Exhumer le squelette de Rimbaud, prélever le fémur et l’exposer. Une valse à trois temps : exhumer, prélever, exposer. Quand il dévoile son projet - qui déjà n’en est plus un dans sa tête – aux principaux concernés, il ne pense pas rencontrer de fortes réticences. Pour lui, il s’agit de donner un nouvel élan, une nouvelle impulsion au musée de l’illustre poète. Un coup de jeune.

Mais pourquoi le fémur ? Il se fait que Franz Barthelt (que certains ont découvert avec L’hôtel du grand Cerf) a écrit un roman intitulé Le fémur de Rimbaud. Hermelin souhaite mettre en vitrine, côte à côte, un exemplaire du livre et le fémur de Rimbaud, le vrai, le seul, l’unique.

Pierre Bourgeois, le bibliothécaire en chef, Maxime Rousseau, le directeur des archives départementales et Paul Leterrier, conservateur du musée Rimbaud sont atterrés, abasourdis. Certes, ils sont habitués aux saillies et aux délires d’Hermelin, mais là, ils sont sur le cul, pensant qu’ils sont victimes d’une mauvaise blague grossière et indécente. De blague, il n’en est pourtant pas question et le mécontentement des trois hommes n’altère en rien la détermination du maire-adjoint qui bénéficie, il est vrai, du soutien inconditionnel du maire carolomacérien*.

Lecteur, vous vous dites certainement qu’une telle incongruité n’a pu se concrétiser. Je me le disais aussi. Pourtant, après une guerre opposant à  peu près tout ce qui peut s’opposer, l’autorisation d’ouvrir le tombeau d’Arthur est accordée, au grand dam de certains, à la grande joie d’autres.

C’est par une journée caniculaire qu’un cercle restreint d’édiles assistent à la délicate intervention sous les yeux d’un commissaire de police. En ouvrant le tombeau de Rimbaud, ils vont surtout ouvrir la boîte de Pandore. Consternation, sidération, incompréhension, stupeur. Voilà quelques mots que l’on pouvait lire sur les lèvres, aucun des présents n’étant encore capable de parler à haute et intelligible voix.

Une cellule de crise voit le jour, bien évidemment. Quand on ne comprend plus rien, on crée une cellule de crise, ça rassure. Parmi ses membres, le lieutenant de police Pierre Vidal. Un flic sensible à la poésie de Rimbaud qui va nous servir de guide tout au long de ce mystère captivant. Pas de chance pour lui, il doit rendre compte des avancées de son enquête au juge Julien Molinier, qui tient Rimbaud en piètre estime, lui préférant Apollinaire et Baudelaire.

« …Vous verrez, lui avait-il confié, cette affaire est foireuse dès le début. C’est une illusion, comme Rimbaud. Ce type était un tricheur, il a baisé tout le monde, jusque dans sa mort… »

Pierre Vidal est un policier méticuleux et minutieux. Puisqu’il doit enquêter, il enquêtera. Même s’il doit pour cela éplucher les archives départementales. Travail colossal, d’autant plus qu’il ne sait pas exactement ce qu’il cherche. Des trous, des irrégularités, des falsifications ? Vidal fera le déplacement jusqu’à Marseille, à l’hôpital de la Conception. Il y prendra connaissance d’un journal de bord tenu par Sœur Angèle, qui couvre pile-poil la période d’hospitalisation du poète, de mai 1891 à novembre 1891. Passionnant !

En remontant vers le Nord, Vidal s’arrêtera à Roche, un hameau dans les Ardennes qui a abrité la ferme de la famille Rimbaud. Il y rencontre Célestin Brunet, un vieillard désabusé qui a consacré toute sa vie à la recherche de la tombe du poète. Car Brunet en est convaincu, Rimbaud a été mis en terre quelque part non loin de la ferme familiale.

L’enquête du lieutenant Vidal, qui s’apparentait jusque-là à l’examen fastidieux mais paisible de documents officiels et officieux, va prendre une tournure plus grave, voire dramatique. Quand on déterre le passé, il vous saute à la figure, tout le monde sait cela.

Alors, roman pas policier mais presque ou roman policier mais pas que ? Pas de quoi provoquer une polémique rimbaldienne. Reste le plaisir immense que j’ai éprouvé à la lecture de ce roman. J’ai appris beaucoup sur la vie agitée du poète, il ne tenait pas en place, Arthur !

Tous les chapitres commencent par quelques vers puisés dans l’œuvre du poète et à la fin de l’ouvrage, vous retrouverez la liste des poèmes desquels ils ont été tirés. Une vraie belle idée pour ceux qui aiment la poésie en général et celle de Rimbaud en particulier. Le Dormeur du Val est une pure merveille.

* C’était le mot à placer impérativement dans cette chronique.

Quatrième de couverture

Plus d’un siècle après sa mort, Arthur Rimbaud sème le chaos dans le département qui l’a vu naître, les Ardennes. Le maire de Charleville-Mézières, voulant fêter dignement le poète, décide de redonner un peu d’éclat au musée qui lui est consacré. Las, en préparant la nouvelle exposition, l’édile et son conseil provoquent une découverte inouïe qui va révolutionner la galaxie rimbaldienne, mais pas seulement… Une cellule de crise est mise sur pied. On va y croiser, entre autres participants, un officier de police a priori peu porté sur la poésie et un juge d’instruction en fin de carrière qui préfère Baudelaire à Rimbaud. Ce duo improbable va croiser quelques personnages bien étranges, prêts à toutes les extrémités pour éviter que le terrible secret entourant la mort de Rimbaud soit éventé.
Un magistrat aussi désabusé que roublard, un enquêteur aussi entêté que perspicace et un amateur de rimes aussi expert que curieux gravitent autour du cercueil de Rimbaud. Leur intérêt pour ce “
Vilain bonhomme” va-t-il les conduire à vivre Une saison en enfer ?
Jean-Michel Lecocq signe ici une captivante fantaisie littéraire qui ravira les amateurs d’énigmes, de poésie et d’histoire.

 

Le squelette de Rimbaud

Jean-Michel Lecocq

Éditions Lajouanie (janvier 2019)

Publié dans polars français

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