Comme des mouches - Frédéric Ernotte et Pierre Gaulon (Éditions Lajouanie - mars 2019)

Publié le par Jean Dewilde

 

Avertissement au lecteur : ça commence doucement, gentiment, profite à fond de ces premières pages car après commence l’enfer et après l’enfer, c’est encore pire !

D’ailleurs, la façon dont a été écrit ce roman très noir pourrait aussi donner naissance à un thriller. Imaginez un instant que les deux auteurs, au lieu de s’entendre comme larrons en foire, s’entredéchirent et massacrent les héros de papier de leur alter ego. Mais ça, c’est une autre histoire. Pour l’heure, ma mission est de vous donner envie de lire ce bouquin coécrit par Frédéric Ernotte, le Belge et Pierre Gaulon, le Français. Tâche d’autant plus aisée – j’ai adoré - que Comme des mouches est intentionnellement écrit pour se lire d’une seule traite et je l’ai lu quasi d’une traite. Un page turner comme disent les Anglo-Saxons avec un dénouement que la perspicacité des plus sagaces d’entre vous n’aura même pas effleuré.

Cette appellation, page turner, qui résonne assez négativement à mes oreilles, est un fameux compliment pour nos deux auteurs. Qui a écrit quoi, telle est la question que le lecteur ne se pose plus dès qu’il a ouvert le livre. C’est d’autant plus remarquable que c’est la première fois que nos deux lascars se livrent à ce genre d’exercice. Pour complexifier encore leur forfait, ils ne sont jamais rencontrés dans la vraie pendant l’écriture de Comme des mouches. Tout s’est fait via les réseaux sociaux et via Skype. Incroyable, non ?

Et comme s’ils n’avaient pas placé la barre assez haut, ils confient les clés à deux héroïnes. Ce sont les lectrices qui détermineront si les auteurs ont réussi à cerner la psychologie féminine ; de ce point de vue, je suis mal placé.

Venons-en au fait. Leila, trente-trois ans, ne se remet pas d’un échec sentimental qu’elle n’a pas vu venir. Heureusement, elle peut compter sur l’amitié indéfectible de Gwen. Les deux jeunes femmes se connaissent depuis très longtemps. Pour remettre Leila sur de bons rails, Gwen a une idée, qu’elle impose plus qu’elle ne propose à Leila : ressusciter un faux profil qu’elles ont créé il y a dix ans et le soumettre aux âmes en peine sur un site de rencontres baptisé par Gwen Love Corner. Pseudo : Regina Phalange, jeune femme célibataire, cheveux longs et noirs, les yeux verts, 1m65 pour 55kg, aimant les groupes de rock, les séries TV et les beaux gosses. Leila n’est pas plus emballée que cela, les années ont passé mais elle est tout bonnement incapable de dire non à Gwen. Gwen lui rappelle leur devise à l’époque : « Tous les mecs veulent une Regina, mais sans les champignons. » Le jeu imaginé par Gwen est de sélectionner huit candidats et de les faire participer à différentes épreuves ;  l’objectif et la récompense tiennent en un prénom, Regina.

Le quartier général des deux filles est un pub irlandais, le O’Neils. Elles y ont leurs aises et sont copines avec la serveuse Géraldine. Nous avons tous en mémoire un lieu où nous avons fait les quatre cents coups et élaboré les projets les plus fous, les plus cons aussi. Pour Leila et Géraldine, ce lieu, c’est le O’Neils.

Si vous pensez avoir entre les mains un roman Feel Good, comme il en pullule, vous vous trompez. Très vite, le roman vire au drame et les candidats sélectionnés tombent… Comme des mouches. La situation échappe complètement aux deux jeunes femmes qui ne savent ni l’une ni l’autre comment désamorcer l’engrenage. Jeux de mains, jeux de vilain, jeux virtuels, jeux mortels.

Même si Leila et Gwen sont convaincues qu’un tueur est à l’oeuvre, l’option police est difficilement jouable dans la mesure où les victimes paraissent être décédées accidentellement. Officiellement d’ailleurs, c’est la thèse de l’accident, plutôt des accidents, qui est retenue par les autorités. En effet, aucun élément ne justifie l’ouverture d’une enquête pour homicide. Ces accidents à répétition n’éveillent pas les soupçons des enquêteurs car rien ne relie les victimes entre elles. Seules Leila et Gwen le connaissent, ce lien. Si Leila est tentée d’aller trouver les flics, Gwen, elle, à tort ou à raison, ne l’est pas. A juste titre, elle répond à Leila que ce sont elles qui sont à l’origine de ce désastre. Alors, que faire ?

Rappelez-vous, au départ, Gwen voulait simplement que Laila puisse oublier quelque peu ses amours déçues. Pour le coup, elle a fait fort mais n’imaginait pas les précipiter toutes deux dans une affaire aussi sordide. Vous allez sans doute faire comme moi, lire, lire, lire, et mettre un nom, des noms sur le ou les meurtriers et tout comme moi, vous allez vous tromper et vous allez recommencer tout en lisant et désigner un autre ou d’autres coupables et vous tromper encore. Tout au plus peut-on affirmer qu’il s’agit d’une vengeance. Quand les cadavres s’entassent, on ne parle pas de crime passionnel.

C’est en se lisant l’un l’autre que Pierre et Frédéric ont noué un premier contact. Pierre a lu C’est dans la boîte de Frédéric, lauréat du prix du Balai de la découverte 2013 et Frédéric a lu La mort en rouge de Pierre. Ils ont apprécié leurs livres respectifs, en ont discuté et petit à petit l’idée d’écrire une fiction à quatre mains est née. Le résultat est diaboliquement séduisant.

Le fin mot de cette chronique, je le laisse à Frédéric qui déclare dans un entretien : « La plus grande énigme à mes yeux, c’est d’avoir écrit le mot fin de cette histoire sans jamais se rencontrer ! »

Quatrième de couverture

Ça ne devait être qu’un jeu pour oublier la rupture. Une manière pour deux amies déçues par l’attitude des hommes de se venger en orchestrant le canular de leur vie : sélectionner huit candidats sur un site de rencontres, le Love Corner, et les mettre à l’épreuve pour une récompense en or  : Regina. Mais lorsque le faux profil conçu pour être un redoutable appât devient une cible et que les prétendants disparaissent les uns après les autres, les demoiselles réalisent que l’amour 2.0 est une arène impitoyable.

Émoticônes troublants, clics assassins, hashtags ravageurs, profils douteux… la vengeance est un plat qui se mange désormais sur le Net.

 

Comme des mouches

Frédéric Ernotte et Pierre Gaulon

Éditions Lajouanie (mars 2019)

Publié dans polars belges

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