L’affaire Perceval – Pascal Martin – Éditions Jigal 2019

Publié le par Jean Dewilde

 

Auteur d’une quinzaine de romans, Pascal Martin publie avec ce titre son deuxième polar chez Jigal. Souvenez-vous, c’était il y a moins de deux ans, souvenez-vous de La Reine noire (http://jackisbackagain.over-blog.com/2017/10/la-reine-noire-pascal-martin.html), un polar atypique qui empruntait allègrement les chemins de traverse.

Avec L’affaire Perceval, l’auteur nous plonge une nouvelle fois dans une intrigue extraordinaire au sens littéral du terme. Une imagination folle et débridée, des personnages troubles, contradictoires et ambigus, des faits sur lesquels l’auteur nous force à nous interroger. Perceval est une star du petit écran, La Grande Tchatche, son émission en prime time remporte un énorme succès. Adoré, adulé, starisé, parce que tout va bien ! Il est en couple avec la productrice de l’émission, Sandrine Chandernagues. Ils occupent un vaste et luxueux appartement en plein Paris et emploient une femme de ménage japonaise prénommée Aïko. Pas banal, vous en conviendrez. Tout roule donc pour Sandrine et Perceval, le succès de l’un fait le bonheur des deux. Un bonheur sans nuage mais une série d’événements étranges et inquiétants vont mettre à mal leurs sentiments.

Quand Perceval percute un camion avec son scooter, c’est une première entaille dans la mécanique bien huilée de leur relation. Perceval s’en sort bien. Cheville cassée, contusions et ecchymoses. Pour Sandrine, son compagnon a tenté de se suicider ; Perceval a beau lui assurer que ses freins ne répondaient pas alors qu’il était quasi debout à enfoncer la pédale, Sandrine n’en démord pas, Perceval a tenté de mettre fin à ses jours. Elle lui explique avoir pris contact avec le garagiste qui a récupéré l’épave du scooter et que ce dernier lui a certifié que les freins étaient en parfait état. Alors,…Perceval prend lui-même contact avec le garagiste qui lui confirme que les freins étaient nickel. Le garagiste lui demande s’il a essayé de remettre du liquide dans le système hydraulique. Évidemment que non. Pourquoi aurait-il fait cela ? Parce qu’il arrive que des motards ajoutent eux-mêmes du liquide quand le niveau est trop bas, au risque d’introduire des bulles d’air dans le circuit, lui répond le garagiste. Perceval n’a rien fait de ce genre. Mais alors, quelqu’un aurait-il saboté ses freins ?

Le germe du doute est semé. Perceval ne vit que pour ses apparitions quotidiennes dans La Grande Tchatche, cette émission est sa raison de vivre. Et le voilà sur la touche pour la première fois ! Pire, le remplaçant que lui a trouvé Sandrine est un nommé Gamelin qu’il déteste cordialement. Son ego est malmené.

Survient un autre incident domestique. Le genre de truc pas grave, objectivement, qui fait marrer tout le monde à l’exception de celle ou celui qui en est victime. En l’occurrence, les conséquences de cet incident sont dévastatrices pour Perceval. Il est sur la touche jusqu’à nouvel ordre et les ordres, qui les donne ? Sandrine, sa compagne et productrice de La Grande Tchatche. Encouragé par celle-ci, qui lui trouve mauvaise mine et petit moral, Perceval décide de se mettre au vert quelques jours. Quand ça ne va pas, un petit bonjour à Papa et Maman, ça revigore. Ses parents habitent dans le Berry, à Issoudun, petit village discret non loin de Vierzon.

Reste à convaincre Maman de ne pas ameuter tout le village et les alentours de son arrivée. Car Maman est fière, très fière de son rejeton qui a réussi dans la capitale. Son père, un peu moins, pour ne pas dire pas du tout. Perceval, de son vrai prénom Gérard, espère mettre un peu d’ordre dans ses idées, loin de sa vie frénétique et trépidante. Du repos, de bons petits plats, des gens simples, cela devrait suffire à le remettre sur pied. Vous y croyez, vous ?

Pascal Martin s’amuse à nous balader et nous perdre. Le lecteur ne sait que penser des déboires de Perceval ; paranoïa ? Coup monté ? En veut-on réellement à sa vie ? Incapable de prendre parti pour l’une ou l’autre option, le lecteur tourne les pages avec des sentiments mêlés et c’est évidemment tout l’art de l’auteur que de le laisser dans cet entre-deux, dans ce malaise permanent. Le malaise, c’est bien évidemment toute cette zone grise dont le lecteur ne connait pas les codes ; oui ou non, vrai ou faux valent toujours mieux que des hypothèses et des peut-être à répétition.

Ce que l’auteur pointe du doigt en appuyant bien fort, c’est cette culture du succès instantané, immédiat et des efforts à consentir pour gagner toujours plus d’audience. L’audimat, le sacro-saint audimat ! Pascal Martin fustige ces animateurs éphémères qui se croient irremplaçables, ces producteurs qui se voient indispensables ; il pourfend la télé réalité, un monde en trompe l’œil, théâtre de faux-semblants, de fourberie et de politesse feinte. Une mise en scène permanente et changeante, il suffit de modifier  l’orientation des spots pour plonger qui dans la lumière, qui dans l’ombre. L’affaire Perceval, c’est une satire féroce et jubilatoire, un pamphlet au vitriol de nos vanités érigées en émissions-cultes. On nous fait vraiment prendre des vessies pour des lanternes.

Noir et salutaire, grinçant et caustique, L’affaire Perceval est de ces romans que l’on n’oublie pas parce qu’il y a autant à lire entre les lignes que dans le texte. Pascal Martin raconte des histoires incroyables avec une conviction et une fougue extraordinaires qui emportent tout. Quelle plume ! Trempée dans l’arsenic et le curare réunis, elle fait un bien fou.

Je n’évoque pas souvent la biographie des auteurs. Ça allonge les chroniques et puis vous pouvez chercher vous-mêmes, si l’envie vous prend. Dans ce cas précis, je trouve que le parcours de l’homme mérite qu’on s’y arrête.

Pascal Martin est né en 1952 dans la banlieue sud de Paris. Après une formation en œnologie, il devient journaliste, fonde sa boîte de production et parcourt le monde comme grand reporter. Ses reportages, très remarqués, sont alors diffusés sur toutes les chaînes de TV. En 1995 il crée les " Pisteurs ", des personnages de fiction qui reposent sur son expérience de journaliste d'investigation, pour une série de films diffusés sur France 2. Après avoir enseigné quelques années au Centre de formation des journalistes, il développe avec Jacques Cotta une série de documentaires " Dans le secret de... " qui compte aujourd'hui plus de 40 numéros. Il réalise à cette occasion Dans le secret de la prison de Fleury-Mérogis et Dans le secret de la spéculation financière. C'est sur la base de ces deux enquêtes qu'il crée le personnage de Victor Cobus, jeune trader cousu d'or qui se retrouve du jour au lendemain dans l'enfer d'une prison. Pascal Martin s'est toujours inspiré de ses enquêtes journalistiques pour nourrir ses personnages de fiction en les inscrivant dans une dimension sociale et environnementale.

 

L’affaire Perceval

Pascal Martin

Éditions Jigal 2019

Publié dans polars français

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Commenter cet article

Jean dewilde 05/06/2019 18:44

Mon ami,

Sans les comparer, les intrigues de Pascal Martin font penser un peu à celles de Jacques Bablon. Des intrigues improbables et hors pistes qu'ils réussissent tous deux à rendre drôlement crédibles. C'est tout le talent, évidemment. Ce pourrait être plat comme une sole limande et ce ne l'est pas. Je me comprends. Bises.

Vincent GARCIA 05/06/2019 10:42

Bonjour l'ami Jean,
J'avais beaucoup aimé son précédent roman, et si je t'en crois, celui-ci est de la même eau. Je le note pour une prochaine lecture.
La bise...