Toi – Zoran Drvenkar – Éditions Sonatine 2012 et Le Livre de Poche (août 2013)

Publié le par Jean Dewilde

 

N’allez surtout pas penser que je ressors toutes les vieilleries de ma bibliothèque. Mais il y a un peu de vrai quand même. Je m’étais déjà retrouvé avec ce pavé dans les mains à plusieurs reprises mais sans aller plus loin que la quatrième de couverture. Cette fois, c’était la bonne et j’ai pris un pied immense à lire ce thriller qui ne ressemble à rien de ce que j’ai déjà lu. Et j’ai déjà lu beaucoup…

Zoran Drvenkar s’est fait connaître avec son thriller Sorry, publié un an auparavant, soit en 2011. Je ne vais rien vous en dire puisque je ne l’ai pas encore lu mais Sorry avait fait grand bruit lors de sa sortie. Je crois que Toi n’a pas eu le même succès car bâti un peu sur le même moule et sorti à peine un an après Sorry.

Toi raconte une histoire extraordinaire, et pourtant, les ingrédients sont a priori banals. Après trois pages, j’avais l’impression d’être dans un étau. Et la sensation d’étouffement et d’oppression allait s’intensifier comme si une main invisible serrait d’un cran de manière aléatoire.

Quatrième de couverture 

Imagine une tempête de neige sur l'autoroute, un bouchon de plusieurs kilomètres, aucune visibilité. Un homme sort de sa voiture et assassine froidement et méticuleusement, à mains nues, vingt-six personnes dans les véhicules alentour. C'est le début d'une série de meurtres sans mobile apparent commis par celui que la presse surnomme bientôt « le Voyageur ». Imagine cinq adolescentes. Cinq amies – avec leurs espoirs et leurs peurs, leurs envies et leurs problèmes – que rien ne peut séparer et qui vont devoir affronter le pire. Prises en chasse par un homme à qui tu ne voudrais pas avoir affaire, elles se jettent dans une fuite en avant désespérée. Imagine enfin un hôtel isolé en Norvège, où se déroule l’ultime confrontation dans un dénouement qui te laissera sans voix.

Pourquoi ça marche ? Tout d’abord, l’auteur tutoie le lecteur et ses personnages, la proximité en devient presque physique. Ensuite, il y a ces cinq filles âgées de seize et dix-sept ans, soudées comme les doigts de la main, cinq fortes têtes, cinq personnalités qui parfois s’écharpent et s’étripent mais qui, ensemble, forment un quintet quasi indestructible. Une pour toutes, toutes pour une pour reprendre la devise des Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas.

Je les aime tellement que je vous les présente. Elles ont toutes un surnom, leurs patronymes complets ne vous seront pas d’une grande utilité. Des cinq, Rute est indéniablement la plus sage, celle qui a la tête sur les épaules, elle est capable d’évaluer les risques et de ramener les autres à la raison quand elles partent dans un délire qu’elle ne sent pas. Il y a une chose qui différentie fondamentalement Rute de ses amies, une chose qu’elles ne soupçonnent même pas : la faim. Une faim qui ne s’apaise jamais, une faim qui la réveille en sursaut la nuit. Elle en veut toujours plus. Plus de musique, plus de bêtises, plus de temps et plus de sexe, et surtout plus de vie. Car Rute a pleinement conscience que le temps de l’insouciance et de l’amusement a une fin. Elle a l’intention de faire des études après le lycée et se garde bien de le dire. Les quatre autres péteraient un plomb.

Stinke est ce genre de fille qui n’a peur de rien, pour laquelle les obstacles sont simplement là pour être surmontés et de préférence dans la joie et les rires. Elle possède une énergie et une rage inépuisables. Son projet : ouvrir son propre salon de beauté comme si c’était le top du top de lisser les rides des retraitées.

La mère de Schnappi est vietnamienne, son père s’appelle Edgar et est conducteur de métro à Berlin depuis trente ans. Il a rencontré la mère de Schnappi en vacances. Elle tient beaucoup à cette version. Elle ne veut pas qu’on croie que son père a commandé sa mère sur catalogue. Elle est d’une loyauté sans faille, possède une résistance étonnante, serait parfaite si elle parlait moins. Un vrai moulin à paroles. Schnappi n’a pas de projet mais une envie, une seule : mettre le plus de distance possible entre elle et sa cinglée de mère, qui veut absolument retourner avec elle au Vietnam pour lui trouver un mari.

Nessi est probablement la plus sensible de la bande, la plus chaleureuse aussi. Elle semble aussi la plus mal dans sa peau. Son plan à elle, c’est de s’installer à la campagne avec la bande. Peut importe l’endroit. Nessi, c’est l’écolo de service, elle rêve d’une communauté où elles cuisineraient ensemble, où elles discuteraient sans fin, où elles seraient si heureuses que le monde extérieur disparaîtrait. Une rêveuse, une idéaliste.

Taja, c’est la fille dont tout le monde veut être l’amie. Elle a hérité du côté artiste de son père. Son rêve, après le lycée, est de sillonner l’Europe pour jouer dans la rue, ce qui est encore plus idiot que d’ouvrir un salon de beauté. Est-ce qu’on a envie de voir les gens traîner dans la rue à gratter la guitare ? Et il y a pire encore : ceux qui veulent mettre de l’ambiance dans les rames de métro.

Mais voilà, Taja a disparu. Six jours que les filles n’ont plus de ces nouvelles. Elle pourrait être partie avec son oncle avec lequel elle habite mais ça ne tient pas la route. Les examens sont proches. Elle ne répond ni aux appels téléphoniques, ni aux SMS. Stinke est même venue sonner à sa porte, sans succès.

Et puis, il y a celui que les médias ont surnommé le Voyageur. Une machine à tuer. Il ne tue ni par haine ni par vengeance, il n’a aucun mobile. Il n’est pas omniprésent dans le roman mais ses apparitions sont effroyables et se soldent par un carnage, à chaque fois. Il est le Mal à l’état pur et c’est d’ailleurs ce qu’il recherche. Faire le mal pour le mal. Aucun état d’âme, aucun lien d’aucune nature avec ses victimes.

Se mettre en danger, voilà bien une attitude propre à l’adolescence. On a toutes et tous fait des conneries sans bien en réaliser la portée. La bande va faire très fort, trop fort. Agacer la pègre berlinoise passe encore, la provoquer est une erreur. Persévérer en la défiant relève de la folie. Et pourtant, au nom de je ne sais quoi, la bande s’entête et s’obstine. Elles ont mis le doigt dans un engrenage que rien ni personne ne peut arrêter.

Par un de ces fils invisibles que peut réserver l’existence, les filles vont croiser la route du Voyageur. Un concours de circonstances exceptionnel, un mauvais alignement des planètes. Elles pensaient avoir affronté le pire, le pire est à venir.

Zoran Drvenkar est né en 1967 en Croatie. Il n’a que trois ans lorsque ses parents déménagent à Berlin. Ce qui explique qu’il écrit en langue allemande. La traduction est assurée par Corinna Gepner et elle fait un boulot remarquable.

 

Toi

Zoran Drvenkar

Titre original : Du

Traduit de l’allemand par Corinna Gepner

Le Livre de Poche

Publié dans polars allemands

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