Anacostia river blues - George Pelecanos

Publié le par jackisbackagain

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Faut-il encore présenter cet immense auteur ? Cela ne peut nuire, en aucun cas. Anacostia River Blues – George Pelecanos

 

Titre original: Down by the river where the dead men go

 

 

Notre ami Pierre Faverolle nous a déjà proposé l’an passé comme lecture commune « Un nommé Peter Karras » qui avait séduit celles et ceux qui l’ont lu.

 

Pelecanos est né en 1957 à Washington de parents grecs. Il y a grandi mais pas dans les quartiers huppés sis près du bureau ovale. Non, son enfance et adolescence, il les a passées dans les quartiers noirs et déshérités de la capitale américaine.

 

Pelecanos ne serait sans doute pas Pelecanos s’il n’y avait eu cette tragédie alors qu’il était âgé de 17 ans : il blesse accidentellement un ami avec une arme à feu, ce dernier en réchappera de justesse. A moins d’avoir une sensibilité proche d’un lémurien de Bornéo pendouillant depuis plusieurs jours à la même branche d’un palétuvier, je pense que l’événement est assez marquant pour orienter votre existence ou, à tout le moins, vous faire prendre conscience que votre vie ne tient qu’à un plomb.

 

L’intrigue ne devrait pas provoquer de nœuds dans vos cerveaux. Nick Stefanos, ancien flic reconverti en détective privé, quitte le « Spot », bar où il travaille comme serveur. En réalité, il fait la fermeture et boit comme un trou. Il se retrouve, complètement saoul, au bord de la rivière Anacostia (affluent du Potomac pour les férus de géographie), allongé dans les hautes herbes. Il ne dort pas. Une voiture, soudain, s’immobilise : des voix, un « pop » facilement identifiable. Nick, cloué au sol par l’alcool, perd connaissance. A son réveil, au petit matin, gueule de bois et cadavre d’un ado noir sur les bras.

 

N’allez pas croire que Nick soit particulièrement affecté par ce meurtre, il estime simplement que son seuil de tolérance est bafoué. Et comme la flicaille classe trop rapidement l’affaire – le meurtre d’un ado black ne remue pas les consciences – il va tenter de donner un semblant de sens à son existence d’alcoolo drogué en recherchant les auteurs de cette exécution sommaire.

 

Dans son enquête arrosée, il sera flanqué d’un détective engagé par la mère de la victime, un nommé Jack LaDuke. Jack ne fume pas, ne boit pas. Ce qui ne veut pas dire que c’est un mec équilibré. Il est tout aussi dingue que Nick.

 

Et à deux, ils vont effectivement faire des trucs complètement dingues.

 

Les personnages créés par Pelecanos sont toujours à la limite de l’implosion, ils évoluent en permanence sur un fil tendu à l’extrême prêt à se rompre. Nick n’a pas peur de la mort, il s’en fout parce qu’il crève de solitude et qu’il est déjà mort quelque part. Même constat pour Jack LaDuke.

 

Nick ne se pose jamais la question de savoir ce qui est bien de ce qui ne l’est pas. Il observe et constate. Le Washington dans lequel nous entraîne Pelecanos est un vaste bourbier. Une ville où la came, la prostitution et la pornographie enfantines donnent l’illusion aux ados qui s’y adonnent de pouvoir sortir la tête des sables mouvants. Crasse, misère, puanteur dans le désordre. Un immense dépotoir, un immense désespoir.

 

Dans ces quartiers paupérisés, on se révolte un peu, on se résigne beaucoup.

Une gigantesque onde de fatalité traverse le livre de part en part. Nick a une relation quasi normale avec une prénommée Lyla. Elle aussi a tendance à lever le coude un peu trop facilement. Son père confie à Nick qu’il n’est pas le genre d’homme qui convient à sa fille. Message reçu. Il envoie balader sa copine sans éprouver grand-chose. Après tout, il était déjà seul quand il était avec elle.

 

Révolte, résignation, tristesse voilée, destin, fatalité sont des composantes que l’on retrouve dans ce livre comme c’est également le cas dans « Un nommé Peter Karras ». Toute l’œuvre de Pelecanos est-elle bâtie dans ce moule ?

Je n’en serais pas surpris, l’auteur s’étant fait le chantre de la black-exploitation.

 

L’écriture simple, dure et sans fioriture de Pelecanos donne à ce roman une dimension formidable. Sa construction – et c’est peu de le dire – est épatante.

 

 

 

 

Anacostia River Blues

George Pelecanos

Pocket 1995

290 pages

 

 

 

 

Publié dans polars américains

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Commenter cet article

Foumette 22/07/2012 15:09

Vais-je résister??? Oui...euh..non pas possible avec une telle chronique de feu!!Je note...Foumette n'a aucune mais aucune volonté!!!

Carie 21/07/2012 19:09

Il est tout à fait utile de présenter "cet immense auteur" puisque je ne l'ai pas encore découvert mon cher Jean ... Après la lecture de ta chronique on ne peut qu'avoir envie de le découvrir ...
bises !

Vincent Garcia 21/07/2012 18:36

Je vois que tu as aimé... Je te suggère de te pencher sur l'oeuvre complète de Pelecanos, dans sa chronologie. Tu y retrouveras tout ce que tu as aimé dans cet opus.

La Petite Souris 21/07/2012 17:53

très belle chronique mon ami ! moi qui dois avouer lamentablement n'avoir jamais lu Pelecanos, tu me donnes envie d'y goûter ! Amitiés