Hortensias blues - Hugo Buan

Publié le par Jean

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Voici un auteur que beaucoup d’entre vous n’ont probablement pas (encore) lu. Peut-être même n’en avez-vous jamais entendu parler ?

Je ne peux que le déplorer, ce n’est pas bien mais vous avez le bonheur de pouvoir combler cette lacune. Ceux qui ne s’exécuteront pas seront confiés pour interrogatoire au commissaire Lucien Workan, héros récurrent des polars écrits par Hugo Buan et, croyez-moi, ce n’est pas un cadeau.

 

Lucien Workan, commissaire de son état, est un cauchemar pour tous ceux qui le fréquentent. Plus particulièrement pour le commissaire divisionnaire Prigent et la procureur Sylviane Guérin. Systématiquement et délibérément en retard aux réunions, un homme incontrôlable, insolent, de mauvaise foi ; il a réponse à tout et prend à tout bout de champ des initiatives sans en aviser sa hiérarchie. Une calamité, un boulet mais un flic hors pair à l’intuition aussi aiguisée que les incisives d’un castor. Sous ses allures d’ours mal léché, il est capable de sentiments.

 

Il est secondé par le capitaine Lerouyer et le lieutenant Leila Mahir, une bombe berbère au physique et caractère d’enfer. Ces deux-là ne s’entendent pas.

 

Dans cette première enquête, le commissaire Workan enquête sur une série de meurtres qui ont pour cible les praticiens d’un centre médical, « L’Albatros », dans la ville de Rennes. Le dénominateur commun de ces meurtres est que toutes les victimes sont masculines, retrouvées occises, dans leur cabinet ou en extérieur, le calebar et pantalon au niveau des chevilles. Un « artifice floral » planté au milieu des fesses.

Si vous avez bien suivi, l’artifice floral en question se trouve dans le titre du livre. Si vous me demandez pourquoi un hortensia et non une rose trémière, vous m’agacez…Mais je vous réponds : l’hortensia est très répandu en Bretagne, tout au moins dans la région rennaise et puis, il se maintient mieux qu’un coquelicot à l’endroit précité.

 

Ce polar est un régal. Maintenir le suspense mâtiné d’un humour féroce, jubilatoire sur plus de trois cent pages est un tour de force.

 

Les joutes verbales opposant Workan à la proc et au divisionnaire, entre autres, sont des pépites. En réalité, chaque fois que le commissaire Workan s’adresse à quelqu’un, on éprouve un peu de compassion pour son interlocuteur, perdant à tous les coups et prenant tous les coups.

 

De surcroît, l’intrigue est à la hauteur, le tueur fait preuve d’une ingéniosité diabolique et notre Workan a pas mal de soucis à se faire.

Il est même question de le dessaisir de l’enquête mais avant d’en arriver là, les séquoias auront envahi les plages du Morbihan et la canopée celles du Finistère.

 

L’enquête piétine tout comme le commissaire divisionnaire Prigent. Ce dernier est au comble du désespoir comme en atteste cet extrait de la lettre qu’il se prépare à envoyer à :

 

Monsieur le GGPN 1

Monsieur le directeur général

 

« Pour Workan, il ne fait nul doute que notre mystérieux assassin va exécuter les trois médecins restants. Actuellement, ils sont mieux surveillés qu’une pendule dans un bureau du Trésor public. Donc pour Workan, ce n’est qu’une question de temps, l’assassin peut se mettre en sommeil, six mois, un an, et dès le relâchement de notre surveillance : boum ! C’est Workan qui le dit. Ma proposition est la suivante : afin d’en finir une bonne fois pour toute avec cette histoire dont le dénouement sera le même, je ne vois qu’une solution : faire descendre les trois derniers toubibs par nos propres hommes. Évidemment, cette lettre doit rester confidentielle… ».

 

Avant de vous quitter, vous devez savoir que Lucien Workan est un admirateur inconditionnel du peintre anglo-irlandais Francis Bacon dont des reproductions tapissent les murs de son bureau. Les visiteurs qui y rentrent, ses collaborateurs qui n’ont d’autre choix que d’y faire rapport, ses supérieurs qui y passent en coup de vent se sentent très, très mal à l’aise, oppressés. Jugez plutôt :

 

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Il s’agit d’un autoportrait. Moi, ça me fout les jetons, alors imaginez quatre murs d’un bureau, hormis la porte capitonnée, saturés de Bacon !

 

Ruez-vous sur ce polar, histoire de vous aérer la tête, les pieds en éventail, enfin, pour vos pieds, vous les mettez comme vous vous voulez, ça ne me regarde aucunement.

 

 

Hortensias blues

Hugo Buan

Pascal Galodé éditeurs (2008)

 

Du même auteur chez le même éditeur :

 

1) Cézembre noire (2009)

2) La nuit du tricheur (2010)

3) L’œil du singe (2011)

4) J’étais tueur à Beckenra City (2012)

 

 

 

Publié dans Le noir français

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W
Thanks for introducing a new breed of writer and he has a special skill in choosing the right theme for his writings. He is a writer who deserves more recognition than this and I am sure he will be getting it once his writings get famous.
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C
Tu as raison ce titre m'était sorti de la tête, et je vais on profiter pour le proposer sur la prochaine bibliographie d'à vos crimes.<br /> Merci jean pour cette belle idée que tu vais de me donner.
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J
En voilà une idée qu'elle est bonne. En plus d'une intrigue et d'une verve qui ne faiblissent pas, vous allez beaucoup rire entre vous. A propos, où et comment puis-je m'abonner à &quot;A vos crimes ? Biz. Jean.
J
Hello Christophe,<br /> <br /> Je ne connais pas suffisamment Francis Bacon pour en parler. On pourrait dire avec cet autoportrait, soit qu'il n'avait pas une très belle image de lui, soit qu'il était lucide à l'extrême. Dans<br /> les deux cas, ça ne rend pas le tableau plus attractif. Tu t'es déjà fait mordre par un castor ? Hé bien, crois-moi, taper une chronique avec deux phalangettes en moins, ce n'est pas facile.<br /> Amitiés. Jean.
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J
Coucou Carine,<br /> <br /> Merci pour ton commentaire qui me fait plaisir, bien évidemment. Lis-le sans hésitation, c'est un vrai bonheur simple, rafraîchissant et de toute bonne facture. Bises. Jean.
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J
Coucou Cathy,<br /> <br /> Excellente décision que tu prends. Si tu es déçue, je t'offre une statue en cire de Jack Taylor. Bises. Jean.
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C
Merci de ton conseil Jean,, je vais le suivre durant mes vacances.
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C
Comment donner l'envie ? Lire une chronique de mon ami Jean ! Merci pour cette superbe chronique qui me fait découvrir un auteur dont je n'avais jamais entendu parler ... Amitiés.
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C
Excellent. C'est que le Jean qui à toujours l'art de me faire sourire avec ses images: "l'intuition aussi aiguisée que les incisives d'un castor" J'adore. :-) Je m'incline. Un excellent commentaire<br /> et une illustration finale horrible même si elle vient d'un artiste... He he he !<br /> Porte toi bien Jean !
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J
Éric,<br /> <br /> J'aime ta confiance en mon jugement. Mais je peux commettre une erreur. Ce bouquin est un bol d'oxygène. Un grand auteur chez un petit éditeur, vraiment chouette. Amitiés. Jean.
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E
Ma confiance en ton jugement fait que je vais bien entendu lire ce livre !
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