La mort dans l'âme - Ian Rankin

Publié le par jackisbackagain

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Une enquête de l’inspecteur Rebus

 

En juillet 1984, j’ai passé une quinzaine de jours en Écosse dont deux à Edimbourg.

 

Trois souvenirs : une chaleur torride, un gosse qui s’était coincé la tête entre deux barreaux dans un parc (il s’en est sorti) et un curry de je ne sais plus quoi dans un restaurant indien.

A notre entrée dans l’établissement, j’avais remarqué que tous les clients buvaient de la bière. Je me demandais pourquoi. Je me suis donc penché sur la carte des vins, ai choisi une bonne bouteille de bordeaux.

Grave erreur ! Je n’ai jamais rien mangé d’aussi épicé, Dieu sait pourtant que j’aime ça. Des grêlons de sueur se sont emparés de mon petit corps, j’avais l’impression que mes yeux se trouvaient trois mètres devant moi ! Dans ces conditions, pardonnez-moi, incapable d’apprécier mon bordeaux ni même de le boire. Et je vous épargne les détails de la folle nuit qui s’en suivit.

 

Un périple de 2600 km, fabuleux voyage dans un fabuleux pays, le seul que je veuille absolument visiter une nouvelle fois avant d’expirer.

 

Dans les enquêtes de John Rebus, Edimbourg fait plutôt grise mine, le ciel y est plombé la plupart du temps et la pluie donne le tempo.

 

Il y avait longtemps que je n’avais pas partagé un moment avec l’inspecteur Rebus. Très longtemps puisque je ne me souviens pas du ou des titres que j’ai lus. Alors, ces retrouvailles, me demandez-vous. Un peu de patience, je vous prie. Ah oui, l’intrigue...

 

Les services sociaux installent un pédophile notoire en liberté conditionnelle dans un appartement dont les fenêtres donnent sur… un jardin d’enfants.

Un policier aux états de services exemplaires se jette d’une falaise alors qu’il était promis à un très bel avenir.

Des gosses disparaissent comme par enchantement sans que les familles n’aient aucune explication.

Un tueur en série revient libre des États-Unis après y avoir purgé sa peine. Il se fout de la gueule de John Rebus et des médias ; pervers, intelligent et rusé, dangereux et brillant manipulateur.

 

John Rebus entretient des liens délicats avec son patron, le surintendant Watson, surnommé avec malveillance Le Péquenot. Electron libre, notre Rebus ? Sans aucun doute. C’est un bosseur, un bosseur désabusé, certes, mais il bosse.

  

   Il lui arrive de se laisser emporter et de faire à peu près n’importe quoi. Il ne crache pas sur le whisky qu’il coupe, selon les circonstances, avec un peu d’eau, beaucoup d’eau ou qu’il boit sec. Il boit du thé aussi. Pas franchement alcolo mais c’est limite. Grand amateur de musique pop.

Son mariage a capoté depuis belle lurette, il entretient une relation avec une doctoresse prénommée Patience.

Et puis, il y a sa fille Sammy, en chaise roulante depuis qu’elle s’est fait renversée par un chauffard et qui, à force d’exercices et de sueur dans la « salle de fitness » installée dans son appartement, tente de recouvrer sa mobilité.

Rebus se sent coupable. Il se sent d’ailleurs coupable de tous ces disparus qu’il appelle « ses fantômes ». 

 

Qu’en pense-je ? De très bons ingrédients pour ce polar qui compte 607 pages pour être précis. Ce sont quatre intrigues sans forcément de lien entre elles qui seront brillamment élucidées sans être résolues pour autant. Ne me dites pas que c’est un paradoxe, vous m’agaceriez !

Rankin tient la baraque, belle cohérence, il referme les portes les unes après les autres, rien à dire, du bon boulot.

Au travers de « La mort dans l’âme », Rankin déshabille Edimbourg, stigmatise la bêtise des uns, l’hypocrisie des autres, les destins croisés aux conséquences funestes, il nous plonge dans un univers sombre aux perspectives plus sombres encore. Si vous découvrez une pinte d’espoir dans ce polar, je vous offre l’intégrale de l’auteur, croix de bois, crois de fer, si je mens, je vais en enfer.

 

A ce stade, vous vous demandez- je pense même pouvoir vous entendre, bande de petits lutins capons - quelle(s) restriction(s) je vais apporter à cette analyse. Que manque-t-il à ce bouquin pour que je puisse surfer béatement sur une énorme vague d’enthousiasme ? Un mot, un seul mot : l’émotion, ou plutôt, l’absence d’émotion. Et si ça, ce n’est pas important, alors je vous demande ce qui l’est.

 

En lisant « La mort dans l’âme », j’ai pensé à l’écrivain anglais, lui, Graham Hurley et son personnage récurrent, l’inspecteur Jo Faraday dont le fils est sourd et muet. Les polars de Hurley ont pour cadre la cité portuaire de Portsmouth.

Même constat : intrigues remarquablement élaborées, construction impeccable mais il manque ce petit quelque chose qui nous fait vibrer.

 

 

 A l’inverse, prenez un bouquin de l’Irlandais Ken Bruen et son héros, Jack Taylor : il y a bien une intrigue mais le moteur du roman, c’est Jack, ses sautes d’humeur, ses dérapages, ses conneries, ses abus en tous genres, sa vision du monde et sa conception bien à lui de la justice. Un écorché vif. Emotions pures comme la coke qu'il lui arrive de sniffer.

 

De même, Robin William Arthur Cook et son sergent anonyme qui travaille seul dans le Service des décès non éclaircis sur des affaires dont tout le monde se contrefout. Intensité, émotions en pagaille.

 

Ceci étant dit, je n’aimerais pas que vous passiez à côté d’Ian Rankin ou Graham Hurley. Tous deux sont de formidables narrateurs et nous offrent des intrigues en béton armé. Deux valeurs plus que sûres du polar.

 

Ce n’est pas pur hasard si « La mort dans l’âme » a remporté le Grand Prix de littérature policière en 2005.

 

Une dernière observation avant de vous quitter. Le titre anglais est « Dead Souls » et je ne comprends pas trop pourquoi il a été traduit en français par « La mort dans l’âme ». Même s’il ne faut pas traduire littéralement, j’aurais préféré voir « Les âmes mortes » sur la couverture. Vous saurez ainsi que j’ai une licence en traduction anglais-allemand.

 

Vous dire que je suis très fier de cette chronique est un euphémisme !

 

 

La mort dans l’âme

Une enquête de l’inspecteur Rebus

Ian Rankin

Traduit de l’anglais (Écosse) par Édith Fochs

607 pages

Folio policier - Gallimard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans polars écossais

Commenter cet article

view site 21/11/2013 12:14

This is a very honest blog post. I am glad that the little child escaped without any injury! As for the curry at the Indian restaurant, You have to be careful, because the spices and chillie can be a bit too overwhelming.

jean 26/11/2013 10:45

I mean "Have a nice day", of course.

jean 26/11/2013 10:43

Thanks for your comment, view site. Have a

robert 22/09/2012 18:17

J'ai lu tout Rankin en commencant par A question of blood quand je suis arrive a st Andrews il y a quelques annees de cela. Ensuive, comme j'avais aime ce premier livre, j'ai commence par le
premier Rebus qu'il ait ecrit, Knots and crosses. Je ne peux rien dire des traductions francaises mais les versions originales sont vraiment excellentes. C'est pour cette raison qu'il faut lire
toute la serie en commencant par le premier roman et continuer. Contrairement a beaucoup de series policieres, chaque livre correspond donc a une annee de la vie de Rebus, lorsqu'il etait sergeant,
puis nomme inspecteur, puis sa fille, sa vie etc... Lorsqu'il a ecrit le dernier, Rebus prenait donc sa retraive pares une trentaine d'annees de service (Rankin a quasiment ecrit un roman par ans
pendans 25 ou 26 ans je ne me souviens plus).
Rebis est, avec l'inspecteur Morse, la meilleur serie policiere que j'ai lue. En plus j'ai vecu presque 3 ans a Edimbourg et ca rappelle toujours des souvenirs.

Carine Boulay 12/09/2012 07:39

Je rejoins Cathy et Vincent en te disant combien j'aime tes chroniques Jean ! Tu manipules les mots avec une facilité déconcertante ... et surtout un ton qui n'appartient qu'à toi !Un pur bonheur
pour nous ... merci !!!

Vincent 11/09/2012 23:08

Je rejoins Cathy, concernant le plaisir qu'elle a a lire tes chroniques, avec ce ton qui n'appartient qu'à toi.
Encore merci pour tes analyses pertinentes et ton humour.

Cathy 11/09/2012 20:34

C'est toujours un régal de lire tes chroniques Jean !
Bon alors dis moi, tu m'a mise en appétit avec Edimbourg, Ian Rankin, je connais de nom mais je n'ai encore rien lu, tu me conseille de le découvrir avec lequel ? Les pédophiles je préfère éviter.