Le Roi des mensonges - John Hart

Publié le par chaton

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Premier polar de cet auteur américain et la réussite fut. Je ne peux m’empêcher de vous livrer le premier paragraphe du livre qui vous condamne irrémédiablement à aller jusqu’au bout. Quelle accroche !

 

« J’ai entendu dire que la prison pue le désespoir. Foutaises. Elle pue la peur et rien d’autre : peur des gardiens, peur de se faire castagner ou violer par les détenus, peur d’être oublié par ceux qui vous ont aimé, avant de vous lâcher. Mais surtout la peur du temps qui passe et de toute cette obscurité s’amassant dans les recoins inexplorés de votre esprit. Tirer sa peine, dit-on ; ou encore faire son temps, mais j’ai assez traîné pour savoir ce qu’il en est : c’est le temps qui vous défait. »

 

Ces réflexions sont tenues par l’avocat Jackson Workman Pickens, que tout le monde appelle Work. Il est le fils d’un ténor du barreau en Caroline du Nord, Ezra Pickens, disparu depuis dix-huit mois et dont le corps vient d’être retrouvé. Assassiné.

 

Que s’est-il passé dix-huit mois plus tôt ? Une virulente dispute entre Ezra et sa fille, Jean, sous les yeux de Work et de leur mère. En voulant s’interposer, celle-ci chute mortellement tout en bas des escaliers. Jean, la jeune sœur de Work, est fragile, une candidate déclarée au suicide. Elle vit en couple avec une jeune femme prénommée Alex dont on sait très peu de choses.  

 

Le meurtre d’Ezra fait bien évidemment l’objet d’une enquête pour homicide. L’enquête est confiée à l’inspecteur Mills, une femme obstinée, opiniâtre, résolue à découvrir la vérité coûte que coûte. Sa carrière est en jeu, ni plus ni moins.

 

Quant à Work, il prend connaissance du testament que son père a modifié une semaine avant sa mort : en gros, 15 000 000 $ pour lui, et rien pour sa sœur.

Un putain de testament tordu. Il n’en a rien à foutre de tout ce pognon. Mais il est inquiet, très inquiet pour Jean, déshéritée. Des 2 000 000 de dollars qui lui revenaient dans le testament initial, plus rien, nada. N’est-ce pas un mobile suffisant pout commettre un parricide ?

 

J’en oublie de vous dire que Work est mariée à Barbara, une femme jeune et jolie. Mais le véritable amour de Work s’appelle Vanessa Stolen, rencontrée à l’école secondaire. Et puis, il y a Max Creason, un rescapé du Vietnam, qui ne fait que marcher, marcher et marcher encore. Un sacré bonhomme, celui-là.

 

Entre autres professions, je déteste les avocats et les banquiers. Or, John Hart a été l’un et l’autre. Une des toutes grandes qualités de ce livre réside dans les relations, les échanges et interactions entre les protagonistes. Les dialogues sont, incisifs, tranchants comme une lame et à certains moments d’une cruauté inouïe. A la limite du supportable.

 

Work et son épouse Barbara en sont la parfaite illustration. On ne compte pas les points, on les encaisse à leur place, ce ne sont plus des vannes mais des écluses entières qu’ils s’envoient. Elle et lui connaissent avec une précision diabolique les endroits où ça fait mal, vraiment mal. Des propos distillés avec la juste dose de venin, la méchanceté et la mauvaise foi se volant tour à tour la vedette. Perfidie diabolique. Sous le vernis, l’horreur. Je vous entends dire que je m’emballe mais je relis de ci, de là des passages et ça cogne fort, très fort.

 

Tout cela pour dire que je ne mets pas en cause les compétences de banquier et d’avocat de l’auteur. Mais développer avec un tel savoir-faire et une telle maîtrise les ressorts psychologiques de ses personnages est étourdissant. Ils en deviennent réels, on les touche presque. Banquier et avocat, on peut ajouter grand écrivain et fin psychologue.

 

Je n’en ai pas trop envie mais je dois rester honnête et crédible. L’auteur était peut-être fatigué à force d’avoir tout donné mais le final n’est pas à la hauteur.

Il aurait dû respirer, reprendre son souffle, attendre pour nous porter l’estocade ; d’autres scenarii étaient possibles et plausibles. Dommage car il nous offre un roman noir de toute bonne facture.

 

 

Il est très vraisemblable que je le relise tant la puissance destructrice des personnages est admirablement rendue sous le couvert de mensonges, faux-semblants, hypocrisie, flatterie. Un vrai cloaque. J’ai, par moments, pensé à Thomas H. Cook dans Les feuilles mortes.

 

Je tiens à saluer le formidable travail de traduction effectué par Philippe Rouard.

 

Le roi des mensonges est le premier roman de John Hart, suivi de La rivière rouge et de L’enfant perdu.

 

 

Le Roi des mensonges (2006)

The King of Lies

John Hart

Le livre de poche

 

 

 

 

Publié dans Le noir américain

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D
J'ai lu ce livre sur tes conseils! J'ai aimé! Et comme toi, les dernières pages n'ont pas été à la hauteur du reste. Même si j'ai aimé le dénouement j'aurai aimé qu'il abrège un peu les 30/40 dernières pages :)<br /> <br /> Merci à toi pour ce conseil! ;)
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J
Merci, Démo, pour ton retour. Comme tu l'as lu sur mes conseils, je suis d'autant plus content que tu l'aies apprécié. Amitiés. Jean.