Retour à WhiteChapel - Michel Moatti

Publié le par Jean

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A l’occasion de la sortie de Retour à Whitechapel, j’ai été sollicité par l’attachée de presse, de HC éditions, Agnès Chalnot. Je la remercie pour sa confiance. La bannière en bas de couverture du roman titre La véritable histoire de Jack L’éventreur.

 

Pour moi, il ne s’agissait pas d’un retour à Whitechapel, mais bien d’un aller simple dont je ne suis pas encore revenu. Qu’y n’a pas entendu parler de Jack L’éventreur ? Pourquoi ce tueur en série reste-t-il à ce point présent dans l’imaginaire collectif ? Comment une association, la Whitechapel Society de Londres ou Filebox society, dont l’auteur est membre, continue de rassembler et de drainer de nouveaux membres, de donner des conférences et de s’interroger encore et encore sur la véritable identité de Jack ?

 

La réponse me semble évidente. A l’heure qu’il est, personne n’est en mesure d’affirmer qui était Jack. Apparemment, il est exclu qu’il puisse s’agir d’une femme. L’homme est ainsi fait, tant qu’il n’obtient pas de réponses satisfaisantes aux questions qu’il se pose, il cherche et n’a de cesse de chercher.

Prenons l’exemple de Ted Bundy aux Etats-Unis. Au nombre de victimes, Jack L’éventreur fait pâle figure. Mais Bundy a été identifié et exécuté. Jack, non.

 

Dès lors, vous allez me rétorquer, pourquoi titrer La véritable histoire de Jack L’éventreur ? C’est assurément plus porteur et vendeur que Nouvelle hypothèse sur l’identité de Jack L’éventreur, je vous l’accorde.

 

Michel Moatti ne se prend pas la tête. Pendant près de trois ans, il a dépecé les archives victoriennes : presses de l’époque, dossiers de la Metropolitan Police (Scotland Yard), rapports médico-légaux, témoignages des jurys d’enquête. Il en est arrivé à une intime conviction qu’il nous livre et argumente en dix points, à la fin de l’ouvrage. Est-ce la vraie vérité, la seule ? Personne ne pourra jamais la confirmer.

 

A ce stade, vous vous dites : « qu’est-ce que j’en ai affaire d’une énième enquête sur Jack L’éventreur ? » Et c’est ici que j’interviens. Retour à Whitechapel est avant tout un formidable roman sur ce Londres de 1888 et la société victorienne de l’époque. Tous les personnages du roman ont existé à l’exception de la narratrice. Qui est-elle ? A l’automne 1941, Amelia Pritlowe est infirmière au London Hospital. C’est l’époque du Blitz, des bombardements intensifs de l’aviation allemande. Elle reçoit une lettre posthume de son père qui l’informe que sa mère n’est pas morte d’une maladie pulmonaire comme elle l’a toujours cru. Sa mère, Mary Jane Kelly, a été la dernière victime de Jack L’éventreur. Elle avait deux ans.

 

Amelia Pritlowe va faire tout, absolument tout pour découvrir qui est le meurtrier de sa mère.

 

Il faut une bonne intrigue pour un bon roman mais si l’écriture n’est pas à la hauteur, cela ne sert à rien. Or, la plume de Michel Moatti fait mouche. Je vous donne à lire ici un extrait qui en a impressionné beaucoup et j’en suis. Il s’agit d’une manifestation des allumettières des usines Bryant & May contre leurs conditions de travail. « …Et douze visages d’horreur firent face aux hommes de la police et aux mandataires des fabriques. Douze visages mangés par l’acide, décomposés par le cancer, ravagés par la maladie du phosphore. Les mâchoires de certaines apparaissaient à travers la chair nécrosée des joues, révélant l’émail jauni de dents putréfiées. D’autres n’avaient plus de lèvres, et des gencives gonflées, boursouflées, rouges comme des sections fraîches de betteraves, pointaient vers l’avant, à la manière de monstrueuses figures de proue. L’une d’entre elles…avait un œil exsangue, déplacé vers le milieu du visage, empiétant sur un nez absent et sur l’orbite voisine… ».

 

Description terrifiante mais réaliste. Zola rôde dans les parages. Le terrain de chasse de Jack L’éventreur se situe dans les bas-fonds de l’East End de Londres.

La lumière du jour réussit-elle à s’immiscer dans ces ténèbres, ne fût-ce que quelques instants ? Pour un criminel, cette pénombre, cette obscurité quasi perpétuelle, la pluie, le vent, la boue constituent des éléments naturels de premier choix pour sévir. J’ai le sentiment que tout le monde se déplace tête baissée dans Whitechapel et Spitalfields.  Abrutis de fatigue, assommés par l’alcool, personne ne se préoccupe de personne.

 

Les cinq femmes massacrées par Jack entre le 31 août et le 9 novembre 1888 étaient des femmes de condition très modeste, vivant dans un dénuement total et qui survivaient en se prostituant et vendant leurs charmes. Hormis Mary Jane Kelly, elles n’étaient pas de prime jeunesse et n’étaient pas belles. Mais c’étaient des putains et sans doute Jack les détestait-il.

 

Vous vous demandez pourquoi la police de l’époque n’a pu ni identifier ni arrêter Jack L’éventreur. J’aime beaucoup cette réponse qui figure dans les carnets de Mrs Pritlowe. « …Jack n’était pas un médecin fou, ni un membre de l’aristocratie victorienne ou un haut personnage de la cour d’Angleterre… ». « …Il était simplement dans la place, tout près de ses victimes, invisible à force d’être là… »

 

Michel Moatti réussit là où beaucoup se seraient allègrement plantés. Une enquête rigoureuse dont les déductions sont disséminées tout au long du récit et un portrait fantastique de cette Angleterre fin dix neuvième siècle d’une part et pilonnée par les bombardiers allemands en cette année 1941 d’autre part. Une alchimie parfaitement dosée, un équilibre remarquable. L’ouvrage s’achève par les notes de l’auteur qui sont particulièrement intéressantes

Et comme si cela ne suffisait pas, vous avez droit à un fascicule, Le carnet d’enquête de Michel Moatti. Parcourez-le après avoir lu le roman, vous y serez en terrain connu.

 

Je pressens que Retour à Whitechapel sera fort médiatisé. Laissez tomber vos défenses et votre méfiance à l’égard des « grosses cylindrées ». C’est du tout bon !

 

 

Retour à Whitechapel

Michel Moatti

HC éditions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans polars français

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Commenter cet article

microneedle skin roller 13/03/2014 13:19

I have heard a lot of stories of ripper. Then it would be interesting to read an entire story on the same. Thank you so much for sharing the review of the book. I like such books that deal with mysteries.

christian jannone 19/03/2013 21:37

J'ai l'impression que dans ses descriptions naturalistes et baroques, Michel Moatti imite Gabrielle Witkopp et Jean-Baptiste del'Amo. Ce n'est pas un reproche, mais ça nous rappelle que Jack est un
contemporain de Joris-Karl Huysmans et d'Oscar Wilde, un contemporain du mouvement décadent en quête du roman de la pourriture...

christian jannone 19/03/2013 21:34

J'ai l'impression que dans ses descriptions baroques et naturalistes, Michel Moati imite Gabrielle Witkopp et Jean-Baptiste del'Amo.

Foumette 09/03/2013 10:56

Ben..dis ...donc ça c'est une superbe chronique mon ami des villes!!! Tu arrives à me donner envie de le lire alors qu'au départ il ne me titillait pas! Je le note donc en attendant sa sortie en
poche! Bisous

Jean 05/03/2013 13:13

Bonjour Richard,

Un excellent bouquin, crois-moi. Amitiés. Jean.

Vincent 04/03/2013 22:26

Ta chronique si bien tournée et argumentée fait que je vais sûrement me laisser tenter par cette énième variation sur le personnage de Jack l'éventreur.
Je te fais confiance, mon bon Jean, je sais que ton avis est fiable. Amicalement,

Jean 04/03/2013 18:37

Hello Petite Souris,

Merci pour ton commentaire, si je peux te faire plaisir, dis-le-moi et je te l'envoie en prêt. Amitiés. Jean.

La petite souris 04/03/2013 15:38

Pour être honnête, j'ai refusé la proposition qui t'a été faite et que tu as accepté. Par faute de temps bien sûr, les PAL ont une propension phénomènale à grossir d'elle même, mais aussi, et tu
l'évoques, parce que une énième version de Jack l’Éventreur ne m'emballait pas du tout. Peut petre que si j'avais lu ton article avant.... Donc j'attendrai sa sortie poche pour me faire une idée du
bouquin. L'extrait que tu donnes est assez efficace je l'avoue pour titiller ma curiosité ;) Amitiés

Jean 04/03/2013 15:17

Bonjour Richard,

Je t'avoue que j'avais quelques craintes, très rapidement envolées. Du tout bon travail d'investigation et une plume maîtrisée dans un décor cauchemardesque. J'aimerais avoir ton avis quand tu
l'auras lu. Amitiés. Jean.

Richard 04/03/2013 15:05

Ouf !!
Ça semble fort intéressant!
Je vais le lire très bientôt ...encouragé par ton excellente chronique .
Merci !
Amitiés