Un avant-goût des anges - Philippe Setbon

Publié le par Jean Dewilde

Un avant-goût des anges - Philippe Setbon

Avec ce titre éminemment poétique, l’auteur clôt ainsi sa trilogie intitulée « Les trois visages de la vengeance». Cécile et le monsieur d’à côté démarrait le cycle suivi de T’es pas Dieu, petit bonhomme et enfin Un avant-goût des anges. Je rappelle que ces trois ouvrages peuvent se lire indépendamment les uns des autres ; en effet, le seul dénominateur commun aux trois romans est d’une part, la vengeance comme mobile et d’autre part, le même quartier parisien, les Battignoles,  comme théâtre de l’action.

Je n’ai pas (encore) lu Cécile et le monsieur d’à côté, T’es pas Dieu, petit bonhomme est un condensé de concision et d’émotions (http://jackisbackagain.over-blog.com/2016/06/t-es-pas-dieu-petit-bonhomme-philippe-setbon.html)  et Un avant-goût des anges est un petit bijou.

L’ex-flic, le capitaine Bruno Fabrizio est devenu SDF. Affalé et vautré dans ses cartons humides, il se fait tabasser une nuit par une bande de jeunes alcoolisés déchaînés. Il ne doit la vie sauve qu’à un appel au 17 par une parfaite inconnue. Elle viendra d’ailleurs le voir à l’hôpital et lui proposera l’hébergement à sa sortie. Mais qui est-elle ? Elle s’est présentée comme étant France Léonard, un prénom et un nom que Fabrizio n’a jamais pu oublier. Il a cette réflexion à la page 17 : « L’ange était venu et reparti. L’ange était craintif. L’ange s’appelait « France Léonard » et Bruno savait qu’il n’existait pas de telles coïncidences. Il avait maintenant un but dans l’existence : attendre qu’elle revienne et comprendre le message qui lui était adressé ». Tout est dit dans ces quelques mots sibyllins.

Un prénom couplé à un nom peut-il être l’élément déclencheur d’une folie meurtrière ? Petit à petit, Bruno découvre le passé de la jeune femme, un passé qui le replonge dans sa vie de flic, jusqu’à cette affaire qui l’a vu littéralement imploser, mon Dieu, quelle tragédie ! Bruno tombe rapidement et éperdument amoureux de cette jeune femme séduisante, fragile, singulière et énigmatique.  Il découvre par hasard – mais peut-on parler de hasard ? – que la jeune femme a été violée et agressée bien des années plus tôt. Sans rien lui dire, il va entreprendre de retrouver ses bourreaux, de la venger et sans doute aussi exercer sa propre vengeance. Cinq noms, cinq inconnus, cinq hommes. Chemin vers la rédemption ? Rien n’est moins sûr.

Mais on ne se venge pas impunément et certainement pas sans éveiller l’attention des flics. Ils sont deux à avoir bien connu Bruno Fabrizio et à vouloir faire quelque chose pour lui aujourd’hui. Le lieutenant Alex Novak qui a bossé avec lui deux ou trois semaines lors de sa première année au 36 et surtout Anne-Laure Simonet, sa coéquipière lors de cette funeste intervention dans un pavillon en banlieue, un vilain petit cube beige, un chicot dans l’environnement rénové.  Novak parce qu’il aimerait  comprendre comment ce type qui l’a tant impressionné une quinzaine d’années auparavant,  ait pu devenir une telle loque. Est-il lui aussi susceptible de devenir ça ? Simonet, qui a démissionné de la police et est devenue éducatrice pour enfants handicapés mentaux, a au fond d’elle beaucoup de compassion et d’empathie pour son ancien supérieur. Mais n’est-il pas trop tard ?

En 195 pages, Philippe Setbon nous livre un polar abouti, une intrigue épatante et noire à souhait ; un polar à la construction remarquable avec des personnages qui ont une vraie épaisseur et qui dégagent une incroyable énergie.  Je connais peu d’auteurs capables d’arriver à ce résultat sans rien sacrifier ;  en l’espèce, il réussit non seulement à aborder mais surtout à développer des thèmes universels tels que l’amour – aveugle, en l’occurrence, la déchéance, physique et morale, la manipulation, la folie.

En puisant les racines de ses intrigues dans les affres et les tourments de l’âme humaine, l’auteur réussit un autre pari, celui de nous toucher et de nous émouvoir. Il est impossible, je pense, de ne pas retrouver une partie de nous-mêmes dans ces personnages qui sont en permanence dans le doute, vulnérables et donc terriblement humains. Il y a des accents de tragédie grecque chez Philippe Setbon. Magistral !

Les trois volets de ce triptyque sont tous disponibles aux éditions du Caïman. https://www.facebook.com/Editions-du-Ca%C3%AFman-127467187360963/?fref=ts

 

Un avant-goût des anges

Philippe Setbon

Éditions du Caïman 2016

 

 

Publié dans polars français

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Commenter cet article

Jean (jackisbackagain) 17/11/2016 15:15

Mon cher Vince,
Point de culpabilité, veux-tu ! Setbon a une maîtrise impressionnante du récit et réussit en finalement peu de pages à créer une atmosphère et des personnages marquants. Un auteur dont je lirai vraisemblablement tous les bouquins. C'est aussi un observateur très aiguisé de la psyché humaine. Amitiés, mon prince. Jean.

Vincent GARCIA 16/11/2016 09:59

Mon cher Jean,
Je n'ai lu que le premier de cette trilogie "Cécile et le monsieur d'à côté". J'aime beaucoup le style de cet auteur, ses personnages avec leur côté un peu "rétro". Ton billet très enthousiaste me fait me sentir encore plus coupable de n'avoir pas encore lu le suivant, et à plus forte raison le troisième.Il faut que je me débrouille à les intégrer sans délai dans ma Pal.
Amitiés.